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Anne-Sophie : Elle est devenue professeur de chant et interprète après avoir quitté un CDI dans le marketing

femme professeur de chant et interprète

Après avoir quitté un CDI, Anne-Sophie Deregnaucourt a choisi de suivre ses envies et est devenu slasheuse musicale. Aujourd’hui, elle est professeur de chant et interprète. Dans cette interview, elle nous parle de croyances limitantes, de liberté, d’épanouissement personnel et de lâcher-prise, mais aussi de rupture conventionnelle ! Si vous aussi, vous souhaitez vivre de votre passion et en faire votre métier, aucun doute, l’interview d’Anne-Sophie est faite pour vous !


Bonjour Anne-Sophie, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Mon goût pour le français et l’envie de m’inscrire à une option théâtre, m’ont guidée vers les portes de la Sorbonne en Lettres Modernes. La connotation prestigieuse du nom de cette université contentait mes parents ; tout allait bien dans le meilleur des mondes sauf pour moi…

Car coup du sort, je n’ai pas pu m’inscrire à l’atelier théâtre que je convoitais puisqu’il était complet et ça a suffi à me faire tout arrêter. Ce faux départ fut pour moi l’objet d’une quête de sens assez précoce. J’étais partagée entre des envies artistiques très floues et le fait de me résigner à faire comme mes parents, qui travaillent tous les deux dans la banque.

Ne sachant pas comment faire des choix pour moi après des années sur un chemin tout tracé et voulant me resocialiser après quelques mois à rester sans rien faire chez mes parents, j’ai trouvé une mission d’intérim, je vous le donne dans le mille…dans la banque ! 

J’avançais donc dès 19 ans avec un profond manque de sens et une certaine forme de résignation, puisqu’à la rentrée scolaire d’après je me suis inscrite de mon plein gré en DUT Techniques de Commercialisation avec pour seule ambition d’obtenir un diplôme court et de rentrer dans le moule.

Je ne me sentais tellement pas à l’aise avec ce choix, qui était une abnégation totale de qui j’étais, que j’ai passé un deal avec moi-même en me disant « OK pour ce sacrifice mais récompense toi avec quelque chose qui te fait vraiment plaisir et qui va te permettre de tenir la distance sur ce chemin déplaisant».

Et j’ai trouvé cette chose qui m’a directement reconnectée à qui je suis et à mes rêves de gosse : LE CHANT 

J’ai décidé de prendre un premier cours de chant individuel à Paris et… révélation totale en sortant de cette session. C’était ça ! Je venais de découvrir et de toucher du bout des doigts ma passion. Depuis ce jour jusqu’à aujourd’hui (donc un peu plus d’une dizaine d’années), j’ai oscillé entre des missions d’intérim diverses et variées et des cours de chant, danse et théâtre, financés par les postes « conventionnels » que j’occupais.

Tu avais un CDI, comment s’est passée la négociation de ta rupture conventionnelle ? 

Elle s’est bien passée dans la mesure où j’ai fait preuve de patience et de stratégie.

En effet, j’avais pris ma décision de me lancer dans ma nouvelle activité environ 8 mois avant le démarrage souhaité de celle-ci. La condition sine qua non pour me sécuriser et démarrer mon projet de microentreprise en toute sérénité était d’obtenir les allocations de Pôle Emploi, qui avouons-le, est le meilleur incubateur des microentreprises en France et permet de ne pas être paralysé par une anxiété accrue et un stress préoccupant par rapport à l’aspect financier.

Sachant cela, deux options s’offraient à moi :

  • Démissionner, faire mes deux mois de préavis et enchaîner ensuite une mission d’intérim ou un CDD d’une durée de 4 mois minimum pour ouvrir des droits d’aide de retour à l’emploi. (Note de Charlotte : d’ailleurs n’hésitez pas à aller lire mes conseils pour annoncer sa démission dans les meilleures conditions possibles.)
  • Proposer à mes supérieurs la signature de cette fameuse rupture conventionnelle pour un départ mieux préparé, plus loin dans le temps et surtout après une période de collecte de fonds dont j’étais la principale responsable et exécutrice.

Le fait d’exposer en toute transparence ces deux options à mes supérieurs en argumentant en faveur de la deuxième option qui présentait des avantages gagnant-gagnant, a joué en ma faveur.

Prévenir ma hiérarchie bien en amont de mon départ en leur laissant finalement la main sur le choix final, a permis que tout se passe bien. Ils ne se sont pas sentis pris en traître et se sont même montrés encourageants quant à mes futurs projets.

Le but était aussi pour moi de garder des relations cordiales et sympathiques avec les personnes avec qui j’avais collaboré ces trois dernières années. J’ai simplement dû faire preuve de patience, de confiance et de lâcher-prise car j’ai eu leur parole assez rapidement sur l’accord pour la signature d’une rupture conventionnelle mais dans les faits nous avons signé les documents dans les délais légaux impartis les plus courts avant mon départ (soit une confiance aveugle de cinq mois environ).

Comment as-tu vécu le fait de quitter ce CDI pour te lancer ? 

« LIBÉRÉE, DÉLIVRÉE. » et oui c’est une interview en chanson !

En fait, je suis passée par différentes phases, la première étant un sentiment de liberté d’avoir pris la bonne décision ; me sentir heureuse de m’offrir une opportunité, du temps et un retour à mes aspirations profondes. Je l’ai vécu comme une véritable délivrance de mettre fin à plus de 10 ans de vie en inadéquation avec qui je suis.

J’ai vécu les premiers mois en harmonie, reconnaissant chaque jour la chance que j’avais d’occuper mes journées comme bon me semble. Cela n’a pas été la période la plus productive mais cette période, pendant laquelle je suis notamment partie en vacances et durant laquelle j’ai fait le vide, m’a été très bénéfique pour reprendre des forces, couper certains ponts avec mon ancienne vie et appréhender le début de ma nouvelle activité reposée, sans stress, ni peur paralysante.

Ensuite, j’ai ressenti le besoin de trouver des repères dans ma nouvelle vie. Je me suis alors inscrite à un cours hebdomadaire de chant jazz dans une école renommée ce qui m’a permis d’intégrer un réseau de professionnels dans mon nouvel univers, de recueillir leurs conseils, de trouver des musiciens avec qui collaborer et de continuer à me former.

Dire qu’aucun doute ne vient vous assaillir dans des périodes de baisse d’énergie ou lorsque vous fréquentez des personnes peu encourageantes serait mentir, mais comparé à une quête profonde de sens… C’est un moindre mal car quand les doutes arrivent il suffit de se demander POURQUOI ? Pourquoi je fais ça, pourquoi c’est important pour moi ? Et pourquoi c’est quasi vital ?…Pourquoi je préfère choisir le stress d’un casting plutôt que celui d’un entretien d’embauche ?

Et vous pouvez aussi répondre à cette crainte : « Et au pire, si j’échoue que va-t-il m’arriver ? » par « Et bien au pire je retrouve un boulot comme j’avais avant si j’essuie plusieurs échecs dans mes tentatives de reconversion ».

En quoi consiste ton activité aujourd’hui ?

Je suis une slasheuse musicale : Interprète / Professeur de chant. 

Actuellement, je suis au tout début de ma reconversion, donc je travaille beaucoup sur l’assise de mon activité (ma direction artistique et mes offres de coaching). Je réfléchis à d’autres types d’offres complémentaires comme des ateliers collectifs hebdomadaires ainsi que des masterclass ponctuelles accompagnées par de grands chanteurs et musiciens. 

Et je fais aussi du démarchage dans les bars d’hôtel ainsi que dans les endroits de la capitale dans lesquels je peux me produire et chanter en étant rémunérée (La Bohême disait vrai on propose souvent aux artistes un bon repas chaud en échange de leur prestation).

Je m’inscris à des castings et concours de chant pour gagner en visibilité, étoffer mon réseau et travailler pour des projets qui m’intéressent. En parallèle, je travaille sur la construction de mon site internet et la préparation de contenus audio et vidéo pour l’alimenter.

Je n’ai pas vraiment de journées types mais plutôt des semaines types dans lesquelles je répartie les cours que je donne, les scènes sur lesquelles je me produis, les répétitions, les formations que je suis, mon travail administratif et ma communication, mes sessions de démarchage et deux jours de repos.

Comment as-tu réussi à faire de ta passion ton métier ? 

Ce fut pour ma part un cheminement très long puisque durant 10 ans, j’ai avancé sur deux voies parallèles gardant la foi pour sauter un jour de l’une à l’autre. Ce laps de temps jumelé au fait d’avancer dans ma vie professionnelle et de « prendre » de l’âge m’a aidée à prendre confiance en moi. J’ai pris conscience que j’avais développé de réelles compétences musicales et une expertise dans tout ce qui attrait à la voix. Je me suis enfin sentie légitime.

J’ai, pour ancrer ce choix et faire le grand saut, suivi un programme d’aide à la reconversion, fait appel à des coachs professionnels, me suis entourée de personnes étant dans la même démarche que moi, avec qui nous nous sommes mutuellement boostées et entraidées de façon assidue et régulière.

Je garde tous les jours à l’esprit que je préférais essayer plutôt que d’avoir des regrets et de vivre avec des « Et si…. ? »

Avais-tu des croyances limitantes et comment as-tu fait pour passer outre ?

Là encore, c’est un « travail de longue haleine ».  Je ne sais pas si cette corrélation est systématique mais ma quête de sens et la compréhension que la société nous préfère dans des cases étriquées plutôt que dans nos réels talents et envies, m’a rendue très curieuse de mon propre fonctionnement et de mon pouvoir d’action sur ma vie. Je voulais comprendre comment je marche et comment tourne le monde (oui…plutôt ambitieux !).

J’ai alors commencé à lire, beaucoup et souvent… Des bouquins de psychologie, de développement personnel avec différents points de vue, parfois même des injonctions contraires parmi lesquelles il m’a fallu faire le tri en fonction de mes valeurs et de ma vérité. J’ai commencé par « Imparfaits libres et heureux » de Christophe André ainsi que « L’homme qui voulait être heureux » de Laurent Gounelle puis j’ai continué avec… (non je plaisante je ne vais pas vous dresser la liste exhaustive de mes lectures, à moins que vous ayez quelques heures devant vous…).

J’ai également assisté à des conférences, fréquenté des personnes inspirantes et notamment des personnes qui ont réussi ce que je m’apprêtais à entreprendre. Ma façon à moi de me rappeler chaque jour que c’est possible et de côtoyer des preuves vivantes !

Nous avons tous des croyances limitantes, l’important est premièrement d’en prendre conscience, de les reconnaître, puis de les invalider en trouvant des exemples concrets avant d’en choisir de nouvelles qui servent mieux notre épanouissement et objectifs de vie.

Quelles ont été les étapes de la création de ton activité  ?

Je dois avouer que je n’ai pas fait preuve d’une organisation optimale et je me suis un peu emmêlée les pinceaux sur quelles actions mener et surtout dans quel ordre. J’ai pas mal fonctionné au feeling en fonction de ce qui se présentait. Du coup, j’ai fait les choses de façon spontanée à savoir recevoir les clients qui sont venus à moi grâce au bouche-à-oreille.

Je me suis ensuite renseignée au niveau de ma copropriété quant au droit d’exercer en profession libérale à mon domicile et je me rends également au domicile des mes élèves ou en studio si besoin. Afin d’officialiser mon activité, j’ai pris le temps de m’immatriculer et d’ouvrir ma microentreprise.

La grande difficulté restant pour moi la communication, (le comble quand on a occupé des postes en marketing).

Je travaille actuellement sur la recherche d’une ligne directrice cohérente entre mes activités d’artiste et de pédagogue. Travailler l’image de marque quand on vend ses propres compétences et que nous sommes en quelque sorte notre propre produit requiert une bonne connaissance de soi et une capacité à retranscrire sa personnalité et ses valeurs en divers éléments (codes couleur, photos, ton, discours, contenus…).

Comment as-tu obtenu tes premiers clients ? 

Deux principales choses, mises en place l’année précédant mon départ de l’entreprise, ont beaucoup porté leur fruit lors de mon lancement :

  • Commencer de façon bénévole à donner des cours de chant individuels à des connaissances et amis qui me l’ont demandé, organiser des ateliers de chant collectifs, proposer du coaching vocal dans l’association d’artistes dont je faisais partie
  • En parler, en parler, en parler PARTOUT, un maximum. « Que faites-vous dans la vie ? Je suis professeur de chant et interprète» (au médecin, aux amis d’amis, aux connaissances, à n’importe qui.). D’une part, pour ancrer ma reconversion puis pour profiter de l’effet du « Fake it ‘til it make it real » puisque qu’au début on peut avoir du mal à asseoir sa légitimité mais nos premiers clients et leur feedback positif vont permettre de prendre de l’assurance et de prendre conscience de la qualité de notre travail. Et pour avoir ces premiers clients, il est très utile de parler un maximum de son activité pour que votre réseau proche ou plus lointain pense à vous et vous recommande pour tout cours de chant ou évènements musicaux.

Ton activité te permet-elle de vivre ?

J’ai signé ma rupture conventionnelle le 31 juillet dernier (2018). Pour l’instant, je ne vis que partiellement de mes nouvelles activités. Je peux cumuler les recettes de ma microentreprise à mes aides dans la mesure où elles n’excèdent pas mon précédent salaire (information glanée lors d’un atelier sur la microentreprise délivré par Pôle Emploi). J’ai pour objectif de vivre complètement de mes activités d’ici à janvier 2020. Cette année sera celle de toutes les vérités et de tous les ajustements à envisager pour que mon objectif devienne ma réalité.

Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Les plus grandes difficultés que j’ai rencontrées sont : 

  • La gestion des up and down émotionnels avec notamment l’anxiété qui surgit au moment où toutes nos vieilles croyances ont décidé de venir nous hanter le temps d’une soirée (heureusement elles repartent aussi vite qu’elles ne sont venues).
  • La difficulté d’organisation puisque tous les jours sont potentiellement des jours travaillables et que personne ne vient « contrôler » la bonne gestion de nos tâches (mentalité, réflexe et vision étriquée issus de mes années de salariat, 10 ans ça laisse des traces).
  • Le changement d’une très grosse partie de mes habitudes, de mes repères, de mes fréquentations quotidiennes et des actions à mener chaque jour. 

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite vivre de sa passion mais qui n’a pas encore osé franchir le pas ?

  • Posez–vous la question : Quelle est votre plus grande aversion celle au risque ou aux regrets ?
  • Sécurisez-vous en fonction de votre degré de peur face aux risques pris, s’il est élevé, prévoyez un maximum de choses en amont de quitter votre salariat ou situation actuelle
  • Pour toutes les peurs qui se présentent (qui sont, la plupart du temps, imaginaires), trouver des solutions et réponses dans le cas où celles-ci s’avèreraient vraies (super vidéo de Tim Ferriss à ce sujet qui illustrera très bien mes propos).
  • Faites les choses selon vos propres valeurs. Une de mes valeurs fondamentales est le plaisir et de ce fait je ne suis pas une adepte de planning trop rigoureux sans place à l’improvisation et à la spontanéité. Je mets aussi un point d’honneur à travailler avec des personnes que j’apprécie selon un emploi du temps qui me convient en me récompensant de mes avancées et réussites par des sorties ciné, des resto entre amis ou des soins au spa (et oui si vous êtes votre propre patron : à vous de vous octroyez vos propres bonus et primes sur objectif).
  • Testez-vous, bénévolement ou non, mais il est important de se rendre compte de l’affinité réelle avec son projet avant de se lancer
  • Essayez !… Et au pire ? Souvenez-vous que quoiqu’il arrive soit vous réussissez soit vous apprenez !

Que retenir de l’expérience d’Anne-Sophie ?

  • Si vous avez des doutes demandez-vous : « Et au pire, que se passera-t-il ? ».
  • Pour laisser de côté vos croyances limitantes,  invalidez-les avec des exemples concrets.
  • N’hésitez pas à parler de votre activité autour de vous, cela vous aidera à vous faire connaître.
  • Faire appel à des coachs en reconversion est un bon moyen de commencer tout en étant entouré de personnes dans la même situation. (D’ailleurs n’hésitez pas à aller jeter un œil sur mes programmes d’accompagnement)

 

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