Bénédicte : Professeure de Français, elle a choisi de se reconvertir dans le webmarketing

Professeure de français, Bénédicte a décidé de tout quitter et a choisi de se reconvertir dans le webmarketing. Dans cette interview, elle nous raconte son départ de la fonction publique et détaille ses conseils à ceux qui aimeraient se lancer dans une reconversion mais n’osent pas franchir le pas. Une interview sincère et inspirante à lire et relire sans modération !


Bonjour Bénédicte, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

J’ai eu très longtemps la certitude que j’étais destinée à une carrière littéraire. Après deux années de prépa passionnantes, j’ai enchaîné sans trop me poser de questions sur une maîtrise de lettres en parallèle d’une licence de philo. A ce moment-là, l’issue la plus évidente paraissait être la voie de l’enseignement… Après une mémorable admissibilité à l’agrégation, j’ai réussi le CAPES très bien classée, prête à me lancer dans l’aventure, et je suis devenue… prof de français. 

Aujourd’hui, spécialiste du webmarketing, je gère les sites de e-commerce d’une petite marque de cosmétiques bio en plein boom. Et j’adore ça ! 

Tu étais dans la fonction publique, comment s’est passé ton départ ?

Tout a commencé après ma première année de stage.
Le terrifiant système de mutations actuel consiste à attribuer aux profs « néotitulaires » un poste au hasard sur toute la France, sur la base d’un calcul interne totalement nébuleux, et ce sans recours possible. On m’a donc envoyé au coeur du Jura, dans ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement une « zone rurale isolée ». Je n’avais pas le permis de conduire, qu’une très vague idée de ce que pouvait être la vie dans ces montagnes de la diagonale du vide, et jamais enseigné en collège… 

Inutile de dire que ce fut un fiasco. Koh Lanta, à côté : trop fastoche 🙂 

Recluse dans un deux-pièces sordide littéralement enseveli sous la neige la moitié de l’année, je vivais comme sur une île, entourée de kilomètres de forêts. L’isolement, l’ennui, l’impossibilité de fuir (même quand j’ai pu avoir une voiture, enfin, tout était si loin !) et ce froid permanent… Le métier en lui- même n’avait finalement que peu de chances de pouvoir compenser. Et en effet…

J’ai tout connu : des incivilités les plus classiques aux menaces de mort, les rapports d’incident qui disparaissent des dossiers d’une direction absente ou carrément hostile (« ça se voit qu’elle n’est pas d’ici, celle-là »), les élèves agressifs, les psychotiques, les cas sociaux, les mal élevés, les « il aurait tellement de potentiel s’il voulait » (ou pas).

Et puis aussi, bien sûr, juste des enfants, ni plus ni moins qu’ailleurs, pas franchement concernés par la tonalité lyrique de tel texte au programme, ni par les cas de conscience morale de tel personnage d’époque dont ils ne comprennent pas un mot, malgré toute ma bonne volonté, tout ce que j’y mets de personnel ; et ce feu qui s’éteint en moi, peu à peu. 

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Malgré les bons moments, car il y en a eu, j’exagère à peine en disant qu’après trois ans de ce traitement j’étais proche du stress post-traumatique. A 26 ans, il était devenu clair pour moi que changer n’était pas une option. Encore fallait-il trouver quoi faire d’autre.

Quel a été le déclic ? 

L’idée de partir s’est imposée à moi progressivement, mais la décision a vraiment eu lieu, je pense, quand j’ai reçu mon troisième refus consécutif de mutation. Je me suis vue là, vingt ans plus tard, dans les mêmes salles de classe décrépites, à répéter encore et encore la différence entre « ou » et « où » devant des regards vides. Ce n’était juste pas envisageable. 

Heureusement, j’ai pu faire une demande de mise en disponibilité (l’année sabbatique chez les fonctionnaires) qui a été acceptée, ce qui m’a permis de me lancer avec un filet de sécurité, sans renoncer tout de suite à mon premier métier de façon définitive. 

Comment ont réagi tes proches ?

A vrai dire, je ne me suis pas vraiment posé la question ! Je n’ai pas trop demandé l’avis de mon entourage, d’abord pour ne pas les inquiéter, et aussi, pour être franche, afin d’éviter les bons conseilleurs qui auraient pu m’inciter à me résigner, pour les vacances, pour le confort du statut de fonctionnaire… Surtout, je me suis toujours dit que la seule personne qui pouvait – devait ! – me sortir de là, c’était moi-même. 

Comment as-tu trouvé ta nouvelle voie ? 

D’abord, j’ai cherché par tous les moyens à rester dans la fonction publique, par le biais d’un concours interne, d’un détachement… Après toutes ces années d’examens et de concours, j’avais du mal à me résigner à perdre le bénéfice de ces efforts ! 

Et puis, un jour, je me suis libérée de ma peur. A ce moment charnière de ma vie, j’avais conscience de cette chance, peut-être unique dans ma carrière, de pouvoir librement, sans enfant, sans crédit à rembourser, tenter quelque chose qui m’emballe vraiment, qui me fasse sortir de ma zone de confort, et qui me redonne l’envie d’aller bosser tous les jours. 

A partir de là, je me suis posé les vraies questions. Pour quoi est-ce que je suis vraiment faite ? Est-ce que je suis à l’aise dans le rôle que je me suis donné, ou est-ce l’image que je projetais qui me plaisait ? On ne peut pas indéfiniment forcer sa nature à être cette personne idéalisée, au parcours linéaire, qu’on fantasme quand on est enfant. Sans jugement de valeur, j’ai appris à accepter et à devenir la meilleure version de moi-même, débarrassée de toute culpabilité. 

As-tu suivi une formation pour te reconvertir, si oui laquelle et qu’en as-tu pensé ? 

Avec un diplôme de lettres, pas facile d’intégrer le monde de l’entreprise ! Je me suis donné un an avant de devoir retrouver un vrai salaire. Pas besoin de tout recommencer à zéro, j’avais déjà un master 1 qui me permettait de postuler en master 2 pro : 6 mois de cours, 6 mois de stage. Ça collait ! 

J’ai rapidement repéré le master qui m’intéressait : une formation en partenariat entre le Celsa, une école de communication, et l’école des Mines d’Alès, pour la dimension technique. Il offrait la passerelle idéale entre le monde d’où je venais et celui où je voulais aller. 

Comment as-tu vécu ce retour sur les bancs de l’école ? 

Comme une vraie libération ! Choisir de se reconvertir dans le webmarketing a impliqué quelques changements : j’ai déménagé à Nîmes pour être sur place, où l’ambiance était très familiale, avec une promo moitié étudiants, moitié pros en formation continue. Je ne me sentais pas du tout décalée, ni en âge, ni en parcours. Ca a été une sorte de parenthèse enchantée, un peu hors du temps. Et j’ai découvert que je pouvais réussir dans plein d’autres domaines que ceux auxquels je m’étais conditionnée. 

Le retour à la réalité a été un peu brutal, ensuite, pendant mon stage. Après avoir endossé plusieurs années le rôle de celle qui sait et qui décide, le retour au niveau zéro de la hiérarchie, à un statut encore synonyme dans pas mal d’entreprises de larbin corvéable à volonté, a été un peu éprouvant. Mais rien d’insurmontable, le plus dur était déjà derrière moi ! 

Comment as-tu géré la transition financièrement ?

Je ne vais pas le cacher, ça a été une période de serrage de ceinture. Pour un fonctionnaire en disponibilité, il n’y a ni salaire ni droit au chômage. Heureusement, j’ai passé le concours d’entrée de mon master en formation initiale, je n’avais donc pas à payer le prix exorbitant de la formation continue. J’avais un peu d’économies,et j’ai rationalisé toutes mes dépenses pour tenir 6 mois, jusqu’au stage rémunéré. J’ai été à l’accueil d’une mutuelle étudiante tout l’été, et caissière à la FNAC à Noël. J’ai aussi dû choisir le stage le mieux payé, même si c’était loin d’être le plus palpitant. Qu’importe, ça en valait la peine. 

Quelles sont les difficultés d’une reconversion selon toi, et comment les dépasser ? 

Une remise en question d’une telle ampleur, ça implique forcément une phase de fragilité et d’incertitudes, c’est tout simplement inévitable ! Je crois qu’il y a trois défis majeurs à surmonter quand on entame une pareille transition : 

  • le sentiment d’échec : plus facile à dire qu’à faire, mais la culpabilité n’est ni légitime, ni constructive. Ce qu’on a fait avant n’était pas du temps perdu ou un choix raté : c’était une étape du chemin qui a fait de nous cette personne si géniale 😉
  • le regard des autres : pas facile, quand on n’est déjà pas très sûr de soi, de devoir se justifier continuellement pour satisfaire la curiosité de tous ceux qu’on croise. En soirée comme en entretien, l’éternelle question qui surgit : « Et pourquoi tu as arrêté ?  » L’impossibilité de répondre, en fait. De donner une image fidèle de ce qu’on a vécu, en trois minutes, comme ça, assez convaincante pour ne pas être jugée. J’ai laissé tomber… Et vous savez quoi ? Ca a été beaucoup mieux.
  • la peur du lendemain : l’inconnu inquiète, c’est normal d’être angoissée à l’idée de faire fausse route, de ne pas réussir à trouver sa place ailleurs. Mais ce à quoi on ne s’attend pas, c’est cette incroyable force qu’on se découvre une fois le cap passé, une véritable sensation de puissance, euphorique. Quand j’ai su que j’avais vraiment trouvé ce que je voulais faire, quand j’ai décroché mon premier CDI intéressant, j’ai ressenti une sensation d’équilibre parfait, une forme d’apaisement intense, et j’ai découvert une confiance en moi-même complètement nouvelle, que je garde encore aujourd’hui comme une ressource inestimable. 

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite entamer une reconversion ? 

Ne pas hésiter trop longtemps. Vous ne vous sentez pas bien dans votre job, et ça fait un petit moment que ça dure ? Si l’effort est louable, la persévérance forcenée est usante, et contre-productive.

Au travail comme dans un couple, parfois, quand ça ne marche vraiment pas, il faut juste se résoudre à déployer ses ailes… 

Il faut avoir une organisation sans faille : commencez par ouvrir un tableau excel et faites des listes.

  • La liste des accès possibles aux métiers qui vous plairaient, avec les dates pour candidater, les contacts, les lieux.
  • La liste de vos compétences (refaire un super CV est désormais votre priorité number one).
  • La liste de ce que vous ne voulez plus jamais faire, pour s’assurer que ça ne figure pas dans les prérequis de votre nouveau rêve.
  • La liste des sites qui proposent des cours en ligne pour se former à toutes les compétences indispensables dans votre nouveau job. (Big up à OpenClassrooms et ses ressources d’une qualité hallucinante).
  • La liste des gens à rencontrer dans votre réseau, qui exercent dans la branche qui vous attire.
  • La liste de vos dépenses mensuelles, qui va vous indiquer de combien vous avez besoin pour être tranquille le temps qu’il vous faut. Etc… Les possibilités sont infinies. Et si à un moment les choses semblent ne pas tourner comme vous l’espériez : revenez à votre plan, et recommencez les listes. Ca va le faire. 

Enfin, gardez votre endurance. Consacrez toute votre énergie à des actions constructives, et zéro attention à ceux qui vous prédisent le pire. Non seulement celui-ci n’est jamais certain, mais en plus, de toute évidence, vous le connaissez déjà dans votre emploi actuel. Pensez un jour après l’autre, 

Step by step. Assurez-vous dès que possible que cette nouvelle activité que vous avez choisie vous apporte du plaisir.

Et enfin, assumez vos choix avec fierté : avoir le courage de se lancer dans une dynamique de changement, c’est déjà avoir fait une bonne partie du chemin ! 


Que retenir de l’expérience de Bénédicte ?

  • Comme le conseille Bénédicte : faites des listes ! C’est un bon moyen de se construire une base de réflexion toujours à portée de main et, surtout, de vider votre cerveau 🙂
  • Faites les choses à votre rythme, la méthode des petits pas est essentielle : un pas après l’autre. Réfléchissez dès aujourd’hui à ce que vous pourriez faire pour faire avancer votre projet (même d’un millimètre) et faites-le.
  • Les incertitudes sont normales mais ne les laissez pas vous empêcher d’aller au bout de votre démarche.
  • Le « danger financier » que représente une reconversion professionnelle vous fait peur ? Il y a pourtant des solutions : revoir son mode de vie ou construire un plan sur les 6 prochains mois le temps que votre nouvelle activité vous rémunère. Ne baissez pas les bras !

Vous pouvez retrouver Bénédicte, qui a choisi de se reconvertir dans le webmarketing, sur LinkedIn


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