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Célisiane : Slasheuse après avoir été chef de projet digital RH dans un grand groupe

Après avoir démissionné de son poste de chef de projet digital RH en CDI pour partir vivre dans le sud de la France, Célisiane Rosius se reconnait aujourd’hui dans le terme « slasheuse ». Entre ses activités de consulting en transformation digitale, de professeure et l’évènement WomaPower qu’elle organise, Célisiane multiplie en effet les projets. Dans cette interview, elle nous dévoile les secrets de son organisation et donne de précieux conseils à ceux qui souhaitent se lancer, mais n’ont pas encore osé franchir le pas !


Bonjour Célisiane, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

J’ai eu très tôt l’envie de faire plusieurs choses à la fois, dès mes études j’ai enchainé les petits boulots : de vendeuse de sushi à hôtesse de l’air en passant par hôtesse en boîte de nuit, à côté de mes classes prépa et de mon école de communication. Puis, je suis entrée dans le monde de l’entreprise pour de bon, en commençant par des petites entreprises qui me permettaient de rester très polyvalente. J’ai travaillé 1 an en tant que responsable communication et marketing pour un éditeur de réseau social d’entreprise, puis 3 ans en tant que consultante en transformation digitale. J’ai fini par rejoindre une grande entreprise en intégrant BNP Paribas Personal Finance en tant que chef de projet digital RH. Mon parcours n’a été fait que d’opportunités saisies, parfois même un peu par hasard. Aujourd’hui, je me lance en indépendante suite à un choix de vie personnel : quitter Paris. J’adorais ma vie parisienne et mon job chez BNP Paribas, donc quand il a été question de mes activités professionnelles dans le sud, j’ai fait un blocage : je ne souhaitais pas recommencer la même chose dans une autre entreprise. Donc, j’ai décidé de créer mon propre job.

Aujourd’hui, je suis slasheuse. Je mets mon expertise en transformation digitale au service des entreprises en tant que consultante, et aussi au service des étudiants en tant que professeure. Je m’occupe au quotidien d’un appartement loué sur Airbnb, grâce auquel je rencontre tous les jours des voyageurs du monde entier que j’accueille et oriente dans leur découverte de Marseille. Je suis aussi cofondatrice de WomaPower, un événement dédié aux femmes pour booster leurs talents et leur confiance en elles. Et en parallèle de tout ça, je me forme à la sophrologie pour accompagner les autres dans leur quête de bonheur au quotidien. Ceci est une liste évolutive et non exhaustive, bien sûr !

Tu as quitté un CDI, comment cela s’est-il passé ? 

Quitter Paris a été une décision prise à deux. Mon fiancé a un rapport beaucoup plus « conventionnel » au travail : il a besoin d’une vision long terme et de s’épanouir dans une ambition d’évolution au sein d’une entreprise. Pour ma part, j’ai une relation beaucoup plus « fluide » au travail : j’ai très tôt intégré que j’aurai plusieurs vies professionnelles, et que cela induisait des ruptures et des compromis. C’est d’abord lui qui a trouvé le job de ses rêves dans le sud de la France. Ensuite j’ai présenté la situation à mes responsables chez BNP Paribas. Comme je l’ai dit, j’adorais mon job là-bas et j’avais une super équipe. J’ai donc naturellement proposé qu’on adapte ma façon de travailler, et que je sois à mi-temps en télétravail pour pouvoir continuer mes activités. Cependant, l’entreprise n’était pas encore prête à s’adapter à mon type de profil flexible. J’ai donc dû démissionner, la rupture conventionnelle n’étant pas envisageable puisque l’entreprise ne souhaitait pas me voir partir. Ma démission s’est faite intelligemment, le timing étant serré des deux côtés, nous avons trouvé un accord qui arrangeait tout le monde.

Comment ton entourage a-t-il réagi ?

Ma famille a eu beaucoup de mal à comprendre que je quitte ce que beaucoup estimaient être « une bonne situation » : un job bien placé, bien rémunéré, dans une entreprise aux avantages multiples, avec une carrière toute tracée devant moi. J’ai moi-même dû lutter avec mes croyances et mes peurs à certains moments.

Le cerveau est fait pour nous protéger : dans ce genre de situation assimilée à une mise en danger,  il devient un génie de la dissuasion.

Mais nous étions deux dans ce projet, et nous nous sommes soutenus et encouragés à continuer.

Du côté de mes amis, les choses ont été beaucoup plus simple. Parmi mes amis les plus proches, tout le monde a déjà démissionné d’un ou de plusieurs jobs. Je trouve qu’il y a une vraie démystification du CDI. Autour de moi, parmi mes proches avec le même profil que moi (parisien, Bac+5), il y a une vraie remise en question de nos parcours et aspirations professionnelles : personne n’est choqué que vous quittiez un CDI pour faire un CAP ébénisterie.

Du côté de ma famille, après une première phase d’incompréhension, j’ai obtenu leur soutien. Mes parents me font entièrement confiance : ils savent que si je prends cette décision, c’est que j’irai au bout. Je sais qu’ils ont peur de me voir échouer, mais ils ont tellement confiance en ma capacité à me relever que finalement, ils sont prêts à prendre le risque.

Ce qui est plus difficile, c’est la vision de l’entourage maintenant que mon activité salariée est officiellement terminée. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu la question « Et du coup, maintenant tu vas faire quoi ? Tu cherches du travail ? ». Et la tête de mes interlocuteurs est toujours drôle à voir quand je leur réponds « Non ».  La vision des autres est différente de la mienne. Pour eux « je suis au chômage », alors qu’en fait je suis « en création d’activité ». Mais étant donné que je ne monte pas une entreprise au sens conventionnel, avec des murs et des salariés, c’est difficile pour eux à comprendre.

Le fait de multiplier des activités différentes leur laissent à penser que « je me cherche ». Alors que c’est justement l’inverse : je me suis trouvée.

D’où vient cette envie d’entreprendre après 5 ans de CDI ? 

J’ai toujours été très polyvalente, je m’ennuie vite dans les tâches monolithiques et j’ai besoin de relever des challenges. L’entrepreneuriat n’a jamais été une fin en soi pour moi. Je vois ça plutôt comme un moyen de faire des choses différentes dans un même espace temps. Si les entreprises étaient prêtes à me proposer une façon de travailler aussi fluide, je n’aurais aucun souci à rester salariée ! Depuis que je suis gamine, j’ai toujours dit que je voulais être « mi-temps business woman, mi-temps fleuriste ». J’étais déjà une slasheuse dans l’âme !

Ce qui m’a fait sauter le pas et quitter le monde du CDI a été cette décision de quitter Paris. C’était l’occasion idéale pour moi de commencer autre chose. Même si au niveau timing de vie, c’était tout à fait discutable : un mariage à venir dans 6 mois, un job idéal sur beaucoup de points commencé depuis à peine 1 an et demi… Autant dire qu’on a beaucoup entendu le fameux « ce n’est pas le bon moment » ! Mais en y réfléchissant bien, on s’est dit que ce n’était jamais « le bon moment ». Le bon moment n’existe pas, parce que la vie est faite de plein d’histoires qui se déroule en parallèle, et que donner la priorité à l’une de ces histoires induit forcément de casser ou de mettre sur pause d’autres histoires en cours.

Un autre élément important qui m’a permis de sauter le pas : avoir trouvé un conjoint qui me soutient à 100% dans l’aventure. Nous en avons beaucoup discuté, car c’est forcément un risque pris à deux. Si je n’arrive pas à me payer certains mois, est-il prêt à me soutenir financièrement et à assurer nos charges communes ? Nous avons eu de longues discussions à ce propos, ce que lui était prêt à faire pour me soutenir, ce dont je pensais avoir besoin de mon côté. Son soutien n’est pas que financier évidemment, c’est aussi me soutenir dans une nouvelle organisation de mon temps de travail, de ma présence et de mes déplacements, dans un nouveau rythme de vie complet. Avec mes nouvelles activités, j’ai quitté le rythme 5 jours travaillés / 2 jours de repos. Je travaille quand j’en ai besoin, et je me repose quand j’en ai besoin. Le rythme est plus fluide. Mais parfois cela inclut que je travaille samedi et dimanche, et que je me repose d’autres jours de la semaine. Notre rythme de vie personnel a forcément été impacté. Je n’aurais pas pu me lancer dans l’aventure indépendante sans que les choses soient très claires dès le départ entre nous deux.

Tu multiplies les activités professionnelles, te retrouves-tu dans le terme slasheur ? Pourquoi ?

Oui, je me retrouve tout à fait dans la notion de slasheur ! Et c’est même très rassurant. Cela me permet de « légitimer » mes activités multiples et différentes. Comme si le fait de leur donner un nom reconnu justifiait l’existence de ce type de profil polyvalent. Ces profils ont toujours existé je pense, quelles que soient les époques. Mais leur donner un nom, une étiquette, leur permet d’exister aux yeux de la société de façon légitime.

Comment t’organises-tu au quotidien ? 

Je n’ai pas d’organisation type. Par contre, j’ai tout de suite fait en sorte d’avoir un vrai espace professionnel chez moi : hors de question de travailler sur le canapé ou sur la table de la cuisine ! J’ai besoin d’avoir un espace à moi, qui ne soit que professionnel, afin de ne pas mélanger trop mes 2 vies qui ont maintenant le même espace géographique.

En termes d’organisation, je retrouve certains schémas récurrents, qui me permettent de me sentir bien quotidiennement. Je tiens un bullet journal qui me permet de définir chaque matin quelles sont mes activités et priorités du jour. Je me force chaque jour à sortir de chez moi, même quand je n’ai pas de rendez-vous. Je vais passer mes appels en marchant dehors, pour être sûre de faire au moins une activité physique et de respirer un peu.

J’essaye de ne pas travailler sur plusieurs sujets en même temps : je définis des plages horaires sur lesquelles je ne me concentre que sur un seul sujet. Le risque avec la multiplication des activités est de m’éparpiller et de perdre en efficacité. Je décide le matin, avec mon bullet journal à quoi seront consacrés ma matinée, et mon après-midi.

Le plus dur est de garder un rythme de vie sain car je suis passionnée par tous les sujets sur lesquels je travaille, du coup parfois j’en oublie de déjeuner ! Maintenant je me mets un réveil pour penser à prendre une pause déjeuner et à déconnecter du travail pendant une heure : je regarde une série, je fais du sport, j’écris. L’important est de prendre cette pause salvatrice, de déconnecter au milieu de la journée, sortir la tête de l’eau.

Quelles difficultés as-tu rencontrées dans la gestion de plusieurs activités ?

Pour l’instant, le plus compliqué est de comprendre quelque chose à l’administration ! Je me fais accompagner par une experte comptable, car les activités de consulting et de Airbnb (par exemple) ne demandent pas les mêmes déclarations, les mêmes statuts etc. J’ai essayé de me former pour maîtriser aussi cette partie de mon activité, mais il faut être réaliste : on ne peut pas tout maîtriser. Alors autant laisser faire des professionnels !

Cela rejoint une autre difficulté : pour moi, l’entrepreneuriat est un juste milieu entre la réflexion et l’action. Il faut se poser des questions pour faire une stratégie, trouver des clients, penser des produits. Mais il ne faut pas oublier d’agir. C’est par l’action que l’on avance. Et le fait d’être seule, de ne devoir des comptes qu’à moi-même, peut paralyser à certains moments. Du coup, j’applique au quotidien mon mantra, qui jusqu’ici m’a plutôt réussi : « Au pire, ça marche ».

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer mais n’a pas encore osé franchir le pas ?

Chaque cas est différent : certains vont avoir besoin de tout lâcher, de tout changer pour repartir à zéro. D’autres, vont avoir besoin de faire une transition en douceur, et de cumuler une activité salariée avec une activité entrepreneuriale pour « tester ». En tout cas, il faut se convaincre que TOUT EST POSSIBLE.  Le cerveau est très fort pour se convaincre que les excuses que l’on se donne sont de bonnes excuses. Pourtant, une fois qu’on a fait « le grand saut », on se rend compte que nos pieds touchent toujours le sol, que nous respirons toujours le même air, et que nous avons toujours besoin de nous nourrir. La vie change, forcément. Mais la base reste la même. A nous de construire le reste en fonction de nos attentes, de nos envies, de nos ambitions.

Un autre conseil que j’aurais envie de donner, et que j’essaye de m’appliquer chaque jour : ce n’est pas grave si les choses ne sont pas définitives. Aujourd’hui j’ai envie de vivre cette vie d’indépendante. Demain, j’aurais peut-être envie de retrouver la sécurité du salariat. Et alors ? Les décisions que je prends aujourd’hui n’ont pas valeur de vérité pour le reste de ma vie. Elles peuvent toujours être remises en question, et d’intégrer cela est très rassurant pour ma part.

Mon conseil reste mon mantra : tentez le coup, au pire, ça marche !


Pour en savoir plus sur Célisiane, rendez-vous sur son site internet et sur son blog.


Que retenir de l’expérience de Célisiane ?

  • Ne pas hésiter à se faire aider par des professionnels pour gérer un domaine que l’on ne connait pas.
  • N’attendez pas que le bon moment arrive, il ne viendra peut-être jamais alors lancez-vous !
  • Se créer un environnement dédié au travail est essentiel quand on travaille chez soi.
  • Se forcer à sortir prendre l’air pour pouvoir respirer et changer d’environnement même si ce n’est que le temps d’un appel.
  • Savoir se dire « C’est le moment de faire un pause » et se déconnecter complètement de ses activités.
  • Rien n’est définitif, vous avez le droit de changer d’avis !

Pour découvrir d’autres interviews, c’est par ici !

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