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Charlotte : elle a choisi la vie d’artiste après 8 ans d’associatif

Charlotte a travaillé pendant 8 ans pour Admical, une association qui développe le mécénat. Elle a gravi progressivement les échelons jusqu’à la direction de l’association. Une formidable expérience, mais qui ne lui permettait pas de vivre de ses passions : la littérature et l’écriture. Alors il y a un an, elle a pris la décision de suivre ses rêves en devenant écrivain, chroniqueuse radio et présentatrice télé. Elle nous raconte les grandes étapes de ce changement de vie.

Pas le temps de tout lire maintenant ? Le récap’ est en bas d’article !

Bonjour Charlotte, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Je n’ai pas eu la chance de savoir depuis petite quel métier je voulais faire, contrairement à d’autres personnes. L’école apprend énormément de choses, mais pas les métiers qui existent. En dehors des personnes que l’on connaît et des artistes que l’on admire, on a peu de sources d’inspiration. Et moi, je ne voulais pas faire le métier de ceux que je connaissais. Et j’avais trop peu confiance en moi pour m’imaginer artiste.

Je n’avais pas de vocation, alors je choisissais en fonction des cours que j’aimais. J’étais bonne élève dans toutes les matières, mais j’ai fait une prépa littéraire car j’étais plus passionnée par les lettres que par les maths. Puis je me suis orientée vers Sciences Po Lyon en filière culture. Quand il a fallu choisir un sujet de mémoire, j’ai pris un journal au hasard et j’ai choisi un sujet qui me plaisait. C’est tombé sur le mécénat d’entreprise. En me penchant sur ce sujet, je me suis rendu compte que c’était passionnant, car il y avait à la fois le côté stratégie d’entreprise et l’aspect artistique. J’ai fait mon stage à la Maison de la Danse à Lyon, c’était formidable car j’étais au contact des artistes tout en exerçant un métier plus traditionnel.

Comme j’avais enfin un sujet qui me plaisait, j’ai décidé de creuser. C’est alors que j’ai rejoint Admical, association qui développe le mécénat des entreprises. J’ai eu une chance immense de travailler dans cette association : comme l’équipe ne compte que 10 personnes, j’ai pu y faire des choses très différentes. Communication, lobbying, études, formation, levée de fonds,… j’ai rarement fait plus de 6 mois la même chose ! Je suis quelqu’un d’assez créatif, mon truc à moi c’est d’apporter de nouvelles idées et de nouveaux projets. Et comme dans une association il n’y a pas beaucoup de budget, on a besoin de gens inventifs ! J’ai fini par co-diriger Admical.

J’y suis restée 8 ans au total. La multiplicité des expériences m’a permis d’apprendre énormément, et de me découvrir. J’ai compris ce que j’aimais, ce que j’aimais moins, quels étaient mes points forts et mes points faibles.

Je me disais parfois que ce n’était pas bien de rester aussi longtemps au même endroit, car ça ferme des portes… Et en même temps je ne m’ennuyais pas, il y avait toujours de nouveaux défis, donc je ne voyais pas l’intérêt de partir si c’était simplement pour rajouter une ligne sur mon CV.

Alors pourquoi es-tu partie ?

Je suis partie pour écrire. Je n’ai jamais rêvé d’un métier en particulier, mais j’avais cette passion pour l’écriture, depuis toujours. Je n’aurais jamais réussi à sauter le pas sans cette passion.

Le déclic a vraiment eu lieu lorsque j’ai réussi à écrire un livre. J’avais toujours cru que ce n’était pas possible. J’écrivais des petits textes, mais un livre de 150 pages ? Impossible ! Et finalement, je l’ai fait. J’ai commencé à m’y mettre quand j’étais chez Admical, en parallèle de mon travail. Mon premier texte a été accepté par une maison d’édition. Mais c’était au prix d’un gros travail ! Je me levais à 6h30 chaque jour pour écrire 1h30 avant d’aller au bureau. Sur le coup j’avais trouvé un rythme, mais ça ne pouvait pas durer éternellement comme ça. Je puisais vraiment dans mes réserves !

Donc j’ai pris cette décision radicale. J’aimais ce que je faisais, je gagnais bien ma vie… mais si je continuais, la personne en moi qui avait envie d’écrire allait s’éteindre.

Comment s’est passé ton départ ?

Je n’ai pas voulu faire les choses de façon brutale, donc j’ai annoncé à mon président que je voulais partir, mais que je resterais le temps nécessaire pour trouver quelqu’un pour me succéder et finaliser un événement qui était prévu. Mais en échange, je voulais une rupture conventionnelle. C’est important que les choses se passent bien des deux côtés.

Ca a été dur car il a tout fait pour me retenir, et quand on me prend par les sentiments, je cède facilement ! Mais j’ai réussi à tenir bon.

Comment as-tu fait pour écrire en parallèle de ton job ?

J’ai intégralement écrit mon premier livre en parallèle de mon travail, pendant deux ans et demi. Tous les écrivains que je connais disent qu’il faut écrire tous les jours. C’est une routine, un exercice quotidien, comme pour un pianiste qui fait ses gammes. Dans ce que tu vas écrire au quotidien il y aura des ratés mais ce n’est pas grave ! Ce qui compte c’est de s’y tenir.

Comment s’est fait ton changement de vie ?

Progressivement. J’ai assuré un mi-temps à l’association les derniers mois, l’autre moitié de mon temps étant occupée par la sortie du livre. J’étais publiée chez un petit éditeur qui n’avait pas les moyens pour faire une grosse promotion. Alors, j’ai mis mon ego dans mes chaussettes, j’ai pris mon téléphone et j’ai fait l’attachée de presse pour mon propre livre. C’est super dur de se vendre soi-même !

Grâce à cela, j’ai pu faire des passages télé, de la radio… Plusieurs personnes m’ont dit que le style de mon livre était adapté à l’écriture de chroniques. Et là, ça m’a ouvert un chakra ! J’ai toujours rêvé de faire ça ! Quand j’étais plus jeune, j’écoutais une émission de radio qui me transportait, Le jeu des dictionnaires. La nuit je rêvais (littéralement !) que je faisais partie de l’équipe. Mais pour moi, ça relevait du fantasme, pas du domaine du possible… jusqu’au jour où plusieurs personnes m’ont dit : pourquoi tu ne fais pas de la radio ?

Alors je suis allée frapper à la porte d’une émission que j’aime : C’est presque sérieux, sur la RTBF.

Je me suis dit : s’il y a bien une chose que j’ai envie de faire, c’est ça, alors je m’en fiche, je suis libre, je fonce !

J’ai envoyé quelques textes à l’animateur en lui demandant s’il cherchait de nouveaux chroniqueurs. Il m’a rappelée 5 minutes plus tard : “les textes c’est bien beau mais c’est de la radio, je dois voir ce que tu as dans le ventre, tu viens demain ?”. Heureusement, j’ai eu l’instinct de lui demander un délai d’une semaine. C’était tellement important pour moi, je devais me préparer !

Je suis partie une semaine dans la maison vide de ma grand-mère. Chaque matin j’ai acheté le journal et j’ai écrit une chronique d’actualité. J’ai choisi la meilleure et je me suis pointée dans leur bureau une semaine après. J’ai déclamé mon texte en deux minutes, et il m’a dit, à l’instant où je terminais “bienvenue dans l’émission”. Ensuite, j’ai eu 3 heures pour préparer ma toute première chronique, car j’étais à l’antenne l’après-midi même ! J’ai écrit un sketch, alors que je n’avais jamais fait ça. Quand tu as peu de temps, c’est comme quand tu as peu de budget, tu es créatif !

Je suis tombée amoureuse de cette équipe, de ce pays (c’est en Belgique), de cette radio. J’ai commencé ma carrière en France, mais j’ai toujours eu envie de la Belgique. Ca fait un an que j’y suis, et c’est parfait. J’ai une admiration folle pour les gens autour de moi.

Ce qu’il y a de génial dans le fait de changer de vie à un moment, c’est de capitaliser sur son passé. Certains se dirontsi j’avais su, j’aurais fait ça plus tôt”, mais moi je ne regrette pas, car j’ai eu le temps d’apprendre à me connaître. Je n’aurais jamais osé si je n’avais pas fait des tas de choses avant : de la télé et de la radio en tant que porte-parole pour l’association, des prises de parole en public…

Comment développes-tu ton activité ?

Au début, tu n’as pas grand chose. Mais je crois (enfin, j’espère !) que si tu travailles dur et que tu te comportes bien avec les gens, les opportunités peuvent arriver. Petit à petit, en faisant mes chroniques, d’autres choses sont arrivées.

Grâce aux vidéos que je postais sur Facebook, on m’a proposé de présenter une émission de télé en France. Puis on m’a proposé d’autres chroniques dans d’autres émissions, de l’écriture de textes… Par exemple, la semaine dernière j’ai écrit des textes pour les Magritte du cinéma, l’équivalent des Césars en Belgique. Je n’en reviens toujours pas de m’être retrouvée là-bas, avec tout le gratin du cinéma belge !

Je ne sais pas si j’étais malheureuse avant, mais là, je suis heureuse et je le sais

Alors c’est quoi, le bonheur ? 🙂 

Houlala. J’ai l’impression qu’il n’y a jamais eu autant de gourous qui veulent nous donner des leçons de bonheur, et je dois avouer qu’ils me font tous un peu flipper !

Je peux juste parler de mon propre cas : je suis heureuse parce que je me sens à ma place, je sens que le monde dans lequel j’évolue me correspond, malgré ses défauts et les phases difficiles (l’angoisse de ne pas savoir de quoi demain sera fait, notamment !). J’aime ce que je fais, et les gens qui m’entourent. Mais j’ai mis du temps à comprendre ce qui me rendait heureuse, et à oser travailler pour conquérir ce bonheur. J’y travaille toujours, d’ailleurs.

Parfois on ne s’autorise pas à penser au bonheur, parce que ça remet en cause trop de choses.

Par contre, je ne suis pas du tout en train de dire qu’il faut passer son temps à ne penser qu’à soi. Au contraire, nous devrions tous essayer d’être un peu plus bienveillants et de créer les conditions du bonheur autour de nous. On est clairement plus heureux quand est entouré de gens épanouis !

Au travail, cela passe par le management, et c’est quelque chose qui s’apprend : on ne manage ni avec de l’autorité, ni avec des bonnes intentions. Quand je suis devenue manager du jour au lendemain, j’ai fait beaucoup d’erreurs. J’ai l’impression que beaucoup de managers ne sont pas assez formés : on apprend sur le tas… Sauf que le tas, c’est des gens ! La formation des managers est un enjeu majeur pour l’avenir du travail.

Quelle a été la réaction de ton entourage quand tu as changé de vie ?

Mon conjoint me soutenait à fond. C’était très important pour moi, compte tenu du nombre de fois où j’ai failli renoncer. Il m’a aidée à tenir le coup et à m’en tenir à ma décision. Il croit en moi, il m’a toujours dit : “toi, tu es faite pour l’art ! »

Du côté de mes parents, je leur ai annoncé plus tard, une fois que j’étais partie. Je savais qu’ils seraient inquiets pour moi et je ne voulais pas qu’ils me transmettent leurs inquiétudes, j’en avais déjà suffisamment ! Ils veulent la sécurité avant tout pour moi, c’est normal ! Mais je ne vais pas passer 40 ans en CDI juste parce que c’est la sécurité. Le confort est un ennemi !

Certains de mes amis ont regardé mon choix avec un peu d’admiration. Notre génération n’a pas envie de faire toute sa vie la même chose, de travailler toute sa vie dans la même boîte… Mais je ne dis pas que c’est l’idéal : peut être que nos enfants regarderont nos errances avec horreur et rêveront de stabilité !

Comment gères-tu la transition financièrement ?

Le chômage me donne un complément de revenus les mois où je gagne moins bien ma vie, c’est une chance d’avoir eu un revenu correct avant de sauter le pas. Mais je n’ai pas besoin de beaucoup pour vivre. Il y a certains rythmes de travail où tu as besoin de compenser : sortir plus, aller au resto…

Mais maintenant, je n’ai plus besoin de compenser. Je mange sainement et ça me coûte beaucoup moins cher de manger chez moi. Et faire la cuisine, ça détend ! D’ailleurs c’est une compensation pour mon conjoint aussi puisqu’à la fin de la journée il retrouve quelqu’un de plus heureux qu’avant !

Comment t’organises-tu pour « slasher » entre tes activités ?

C’est simple, je ne m’organise pas ! En tout cas, pas consciemment. Mais je ne rends rien en retard.

En fait, il y a deux choses que je respecte :

  • La première, je connais mes horaires de créativité : en fin de matinée et de la fin d’après-midi jusqu’au soir tard. C’est comme ça, je respecte mon rythme biologique. Le reste du temps, c’est pour les rendez-vous, la préparation des émissions, l’administratif (le nombre de papiers qu’on doit faire quand on est saltimbanque !).
  • La deuxième chose c’est que quoiqu’il arrive, je sors toujours de chez moi au moins une fois par jour. Car si je ne sors pas du tout, tout va mal, j’ai l’impression de ne pas avoir eu de journée. Je marche pour mes déplacements, environ une heure par jour.

Parfois j’ai beaucoup de temps pour réaliser quelque chose, parfois très peu, et selon, je ne travaille pas de la même façon. J’aime les deux expériences.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je pense que l’on ne peut pas savoir à l’avance ce qui va nous plaire ou ne pas nous plaire. Je me rappelle un jour avoir commencé deux projets en même temps. J’étais persuadée que l’un me plairait énormément et l’autre moins, et finalement c’est exactement l’inverse qui s’est passé. Donc mon projet, c’est d’être ouverte et d’essayer un maximum de choses, pour continuer à construire la direction que je prends. Par exemple, hier, j’ai donné une mini-réplique dans une série télé… Et c’était chouette ! Si tu as l’opportunité de redémarrer de zéro, essaie un maximum de choses.

Justement, quels sont tes conseils à ceux qui veulent se lancer ?

Il faut un savant dosage de confiance et d’humilité. Il faut avoir assez confiance en soi pour oser, et suffisamment d’humilité pour faire des choses que tu aurais refusées dans ton ancien boulot. Là tu repars de zéro, donc il faut avoir conscience qu’il faut démarrer bas.

…Et un savant dosage d’empressement et de patience ! J’ai été patiente dans la façon de quitter mon job malgré la hâte que je ressentais, et je ne regrette pas, car cela m’a permis de partir dans de bonnes conditions. Dans ma nouvelle carrière, je me dépêche de faire un maximum de choses, mais en essayant de ne pas brûler les étapes : il ne faut pas oublier qu’on a beaucoup à apprendre.

Pour découvrir une chronique radio de Charlotte c’est ici, et à la télé c’est par là 


Que retenir de l’expérience de Charlotte ?

  • La patience est la clé pour que le départ de l’entreprise se passe au mieux des deux côtés
  • Un changement de vie se fait progressivement, pas du jour au lendemain
  • Il faut s’autoriser à penser au bonheur. Et créer le bonheur dans nos échanges avec les autres
  • Savoir capitaliser sur son passé : les expériences apprennent à se connaître et à savoir ce que l’on aime
  • Il faut oser essayer un maximum de choses pour savoir ce qui nous plaît
  • Le travail amène le travail : c’est difficile au début mais en travaillant bien et en développant ses relations, les opportunités se présentent
  • Quand on aime ce que l’on fait, on a moins besoin de consommer pour compenser

Retrouvez tous les autres témoignages ici !

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