Claire : Cadre dans la fonction publique, elle décide de devenir biographe

Claire a décidé de devenir biographe et a créé l’entreprise La ligne claire – Rédaction & Biographies. Son objectif ? Accompagner les entrepreneurs, les artistes et les familles dans l’écriture de leur histoire. Dans cette interview, elle retrace son parcours et nous parle de son activité. Elle nous livre aussi de précieux conseils pour passer à l’action !


Bonjour Claire, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Mon parcours n’est pas linéaire car un grand nombre de domaines m’intéressent. À vingt ans, après une formation supérieure en lettres (hypokhâgne / khâgne), j’intègre l’École du Louvre et mène en parallèle un DEA d’Études anglophones à la Sorbonne et à la Bartlett School of Architecture London. Cela me donne la chance inouïe de suivre les cours d’architectes contemporains tels que Norman Foster et de travailler dans une prestigieuse agence littéraire internationale. Ces années étudiantes, empreintes de voyages, de rencontres, de liberté, d’apprentissage intense et de créativité sont pour moi le Graal !

À mon arrivée sur le marché du travail, je déchante.

Chef de projet pour plusieurs institutions culturelles – à Berlin et à Barcelone, notamment –, j’intègre rapidement la fonction publique territoriale. En tant que fille de profs, l’intérêt général me parle. Ce qui m’attire aussi dans les collectivités, c’est la possibilité de travailler sur des sujets variés : urbanisme, patrimoine, écologie, éducation…

Je m’épanouis énormément pendant cette période.

À l’Eurométropole de Strasbourg, les directeurs me font confiance. J’interviewe de nombreux artistes et personnalités : Robert Badinter, Jean D’Ormesson, Charles Aznavour, Douglas Kennedy, Bernard Werber, Amélie Nothomb, Richard Ford… Je coordonne également des campagnes de communication institutionnelle et éditoriale (magazines, web, réseaux sociaux…) Un peu plus tard, je prends la direction du service Ville d’Art et d’Histoire à la Ville de Limoges.

Ces quinze années au sein de grandes collectivités cisèlent mes compétences et mon exigence professionnelle. Et cerise sur le gâteau : mes collègues sont géniaux !

Mais alors… Pourquoi quitter la fonction publique ?

Au fil des années, les lourdeurs administratives m’apparaissent de plus en plus contraignantes. Sans compter que, de manière générale, je m’ennuie rapidement quand j’ai fait le tour d’un domaine… Quinze ans de gestion de projets institutionnels, c’est honorable !

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Une amie me parle du métier de biographe ; je me renseigne. Cette activité rassemble toutes les composantes qui ont guidé mon parcours jusque-là : l’écriture, le patrimoine, la transmission, l’intérêt pour l’humain…

Le projet mûrit.

En 2017, j’ai quarante ans ; je suis jeune maman, j’ai l’impression d’être arrivée à la fin d’un cycle… La mutation professionnelle de mon mari tombe à pic : c’est l’occasion rêvée de passer à l’action et de devenir biographe !

Comment se passe concrètement un départ de la fonction publique ?

Il existe de nombreux cas de figure. Pour ma part, j’opte pour la demande de disponibilité pour suivi de conjoint, qui a un double avantage :

  • Elle est accordée de droit ;
  • Et elle peut être renouvelée ad vitam aeternam.

Ceci implique :

  • Que je reste rattachée administrativement à la dernière collectivité dans laquelle j’ai travaillé (en l’occurrence, la Ville de Limoges).
  • Et que je pourrais potentiellement demander une réintégration dans les effectifs de cette collectivité en vertu de la fameuse « sécurité de l’emploi » (toute relative lorsque l’on habite à 500 km de son ancien lieu de travail… !)

Dans un premier temps, j’exclus de démissionner de la fonction publique pour ne pas perdre le bénéfice de mon concours d’Attaché Territorial. Je souhaite me laisser la possibilité de revenir dans la fonction publique.

Attention, point de vigilance pour les fonctionnaires territoriaux : en disponibilité, vous n’aurez le droit à aucune allocation chômage ! Oui, vous avez bien lu, zéro euro versé par Pôle Emploi (c’est une injustice criante par rapport aux salariés du secteur privé qui suivent leur conjoint… et ont droit au chômage) Si ma demande de disponibilité est facilement acceptée, je vis donc sur mes réserves le temps de créer mon entreprise. Ceci est une donnée importante à prendre en compte dans un projet de reconversion professionnelle.

Comment réagit ton entourage ?

Mon entourage – composé essentiellement de fonctionnaires – est dubitatif face à ce projet « irréaliste ». Certains collègues manifestent tout haut leur incompréhension. Un proche me dit, inquiet : « Bon… Cette fois, réfléchis bien pour ne pas te planter ! » Cette remarque traduit une vision totalement dépassée du monde du travail ; une vision selon laquelle il faut trouver sa voie une fois pour toute et rester au même poste pendant des décennies… Je ne crois plus à ce schéma. Depuis quelques années, le nombre de slasheurs (qui exercent plusieurs activités simultanément) explose et c’est sans doute le meilleur antidote à l’ennui au travail ! Personnellement, j’ai intégré l’idée d’évolution perpétuelle. Si aujourd’hui mon métier me plaît, rien ne me dit que je ne me convertirai pas à nouveau un jour… Et c’est très bien comme cela ! Internet offre des ressources inépuisables pour s’informer, apprendre, se reconvertir. C’est une chance énorme ; profitons-en.

As-tu été formée au métier de biographe ?

Oui, cela m’a semblé indispensable. J’ai suivi une formation de biographe et intégré plusieurs réseaux professionnels. Parallèlement, je me suis formée à la biographie hospitalière (qui consiste à recueillir les témoignages de personnes gravement malades ou en fin de vie), à la rédaction web, aux techniques de storytelling et de copywriting, au référencement naturel, etc.

Je ressens un besoin fort d’être entourée et accompagnée en continu par des mentors pour progresser et offrir toujours le meilleur service à mes clients. Chaque année, je consacre ainsi un pourcentage non négligeable de mon chiffre d’affaires au coaching et à la formation.

Quelles sont les qualités essentielles pour être biographe ?

En-dehors des aptitudes littéraires (avoir une bonne plume, savoir structurer un texte), la curiosité est importante quand on retrace des parcours de vie. Je pense qu’il faut aussi être très sensible à l’Humain. Souvent, on me demande si tous les itinéraires sont intéressantes à raconter. Je suis convaincue que toute existence est unique et mérite un livre.

Pour vivre du métier de biographe, il me semble aussi nécessaire d’acquérir ou de muscler un certain nombre de compétences entrepreneuriales : marketing, communication, vente, gestion, comptabilité…

Enfin, j’ai pris conscience ces dernières années de l’importance de la sensibilité et de l’intuition. Dans une biographie, il est question de rendre compte de la complexité d’une personnalité dans un écosystème professionnel et/ou familial. Pour cela, il faut trouver les mots justes, mettre en lumière certains éléments et en minimiser d’autres tout en restant factuel. Il est aussi important de veiller à l’équilibre global du texte pour que chaque salarié de l’entreprise et/ou membre de la famille s’y retrouve.

Une biographie est un héritage précieux, une histoire qui reste. Le biographe doit être conscient de la responsabilité qui lui incombe.

À quelles difficultés as-tu été confrontée ?

J’ai fait beaucoup d’erreurs, mais pouvait-il en être autrement ? Comme les anglo-saxons, je suis persuadée que l’on se perfectionne grâce à l’erreur. Lorsque j’ai créé La ligne claire – Rédaction & Biographies, ma principale difficulté a été de trouver les bonnes informations, les personnes ressources… Au début, j’ai perdu beaucoup de temps ; je n’ai pas toujours mis mon énergie au bon endroit. J’ai passé, par exemple, des centaines d’heures sur WordPress pour créer mon site internet, puis ma newsletter ! Aujourd’hui, je confierais sans hésiter cette tâche à un expert.

Autre écueil : le travail de biographe freelance est solitaire, ce qui peut être pesant. Mes anciens collègues m’ont manqué ! Avec le temps, j’ai appris à gérer la solitude, notamment en m’entourant de freelances (graphistes, webmasters, photographes, etc). Le partage d’expérience avec d’autres entrepreneurs m’a donné des outils précieux.

Avec le temps, j’ai de moins en moins peur de l’échec. Quand j’hésite à me lancer dans un nouveau projet, je me pose cette question : « Quel serait le coût de l’inaction ? » ou, en d’autres termes : « Quelles seraient les implications concrètes en termes d’évolution, d’alignement, de bien-être au sens large si je décidais de ne rien faire ? » L’immobilisme comporte des risques aussi réels que l’action !

Qui sont tes clients et comment les trouves-tu ?

Mes clients sont des entrepreneurs, des artisans, des artistes, des institutions, des agences de communication, des familles… Ils me trouvent via mon site internet, via les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram, Facebook) sur lesquels je suis assez présente ou encore via mon réseau professionnel et amical. Les reportages et interviews régulières dans la presse me donnent aussi une belle visibilité.

Comment se présente une journée type pour toi ?

Dans mon métier, il n’y a pas de journée type ; c’est ce que j’apprécie. Tous mes accompagnements sont 100% sur-mesure. Je peux donc faire un entretien avec un ministre le matin, une biographie d’entreprise l’après-midi, un portrait d’artisan le soir et un accompagnement éditorial pour une fondation le lendemain.

Peu de gens ont conscience de l’investissement, en temps et en énergie, nécessité par l’écriture. Il me faut six à dix-huit mois, par exemple, pour réaliser une biographie. Le travail se décompose en plusieurs phases : entretiens, retranscription, écriture, correction, mise en page, réalisation de la couverture, insertion des photos, relecture, validation et impression !

Ton activité te permet-elle de vivre ?

Mon chiffre d’affaires me permet aujourd’hui de vivre correctement. Je m’insurge contre l’idée selon laquelle on ne peut pas vivre de sa plume !

Quelles sont les difficultés d’une reconversion selon toi, et comment les dépasser ?

Je me souviens de la sensation que j’ai eue lorsque j’ai lancé mon entreprise : celle d’un saut dans le vide. Pendant quelques jours, j’ai eu l’impression d’avoir pris un risque inconsidéré, d’avoir perdu tous mes repères. L’impulsion de départ est coûteuse ; et notre cerveau est calibré pour nous maintenir en terrain connu.

La fonction publique offre de nombreux avantages, auxquels il n’est pas facile de renoncer : RTT, congés payés, primes, etc.

L’essentiel est d’être honnête avec soi-même.

On peut, par exemple, se poser les questions suivantes :

  • Est-ce que mon désir de reconversion est suffisamment fort pour que je me lance ?
  • Et est-ce que mes réserves financières me permettent d’envisager sereinement une reconversion ?

La phase de maturation peut prendre du temps. Mais rien ne vous empêche de tester la validité de votre projet, notamment en side project.

Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients de l’entrepreneuriat ?

Pour moi, l’avantage principal de l’entrepreneuriat est le suivant : tout (ou presque) est possible à qui s’en donne les moyens. Une entreprise est un fabuleux terrain de jeu !

Par ailleurs, en freelance, le développement professionnel et le développement personnel sont intimement liés. Un bon freelance incarne véritablement son activité. Cela permet d’aller toujours plus loin dans la voie de l’alignement et de la liberté.

Mais attention, c’est à double tranchant ! On a vite fait d’être happé par le travail, de se retrouver à travailler sans discontinuer, soirs et week-ends, sans prendre de congés. Dans ce cas, le burn-out est au bout du chemin. Et la liberté bien loin…

L’entrepreneuriat implique de la volonté, de la rigueur et de l’organisation. Il faut avoir les épaules – et un mental – solides. C’est le prix de l’aventure !

Quels sont tes projets et tes rêves ?

La création de La ligne claire – Rédaction & Biographies était un vrai défi pour moi et j’ai beaucoup de gratitude d’être arrivée là où je suis : trois ans d’existence, plus de dix livres imprimés et cinq en cours de finalisation, un storytelling multimédia pour un musée national, plusieurs centaines d’articles, une belle croissance et des retours clients enthousiastes…

Aujourd’hui, je rêve d’aller encore plus loin, d’avoir un impact plus fort sur le monde.

À titre personnel, je suis très sensible à l’écologie (en pleine construction d’une maison passive en Alsace !), à la justice et au Beau. Je sens qu’il est temps d’intégrer pleinement ces valeurs à mon activité.

J’aimerais raconter et transmettre encore plus d’histoires inspirantes ; mettre en lumière, dans de très beaux livres, les parcours, les savoir-faire et l’audace de celles et ceux qui changent le monde à leur échelle : artistes, artisans, entrepreneurs à impact positif, personnalités…

C’est avec eux que je souhaite développer l’aventure de La Ligne claire – Rédaction & biographies dans les prochaines années.

Je travaille aussi, en lien avec une directrice artistique, des relieurs et des artisans du livre, sur la montée en gamme de ma collection de livres en édition limitée.

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer mais n’a pas encore osé franchir le pas ? 

S’informer, se former, bien s’entourer pour progresser… C’est le combo gagnant !


Que retenir de l’expérience de Claire ?

  • On peut se reconvertir sans renier sa première vie professionnelle ! Claire a adoré son expérience dans la fonction publique ; elle souhaitait simplement, après 15 ans de gestion de projets institutionnels, tenter l’aventure de l’entrepreneuriat.
  • Devenir biographe freelance après avoir travaillé dans la fonction publique, c’est possible ! La mise en disponibilité est une option, mais il en existe d’autres. Renseignez-vous auprès de vos RH pour faire le point sur les possibilités.
  • Le métier de biographe nécessite un goût pour l’écriture, mais également des aptitudes d’entrepreneur. N’hésitez pas à vous former et à rejoindre des réseaux professionnels pour bénéficier d’un partage d’expérience.
  • Se tromper, ce n’est pas grave… Et surtout, cela permet d’avancer. La recherche d’alignement peut prendre une vie ! Si vous hésitez à vous lancer, posez-vous cette question : « Quel serait le coût de l’inaction ? »

Vous pouvez retrouver Claire, qui a décidé de devenir biographe après avoir été cadre dans la fonction publique, sur son site internet, sur Linkedin, sur Facebook et Instagram.


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