Je me lance

Créer une entreprise en restant salarié ? Ils l’ont fait, ils témoignent !

Créer une entreprise en restant salarié ? Développer son projet avant de quitter son emploi ? Oui, c’est possible ! A condition de bien s’organiser. 3 entrepreneurs témoignent de leur création d’entreprise en parallèle de leur job : projet, organisation, difficultés, conseils… Vous saurez tout !

Nous le disons souvent : l’idéal est de commencer à tester votre projet avant de quitter votre emploi. Cela permet de vérifier le potentiel de l’idée tout en gardant une sécurité financière le temps de se lancer. Mais est-il vraiment possible de créer une entreprise sans quitter son emploi ? Comment s’organiser pour gérer les deux ? Combien de temps attendre avant de quitter définitivement son job ?  Parce que l’expérience a plus de valeur que la théorie, nous avons demandé à 3 entrepreneurs qui sont passés par là de témoigner et de livrer leurs conseils pour slasher entre indépendance et salariat.

Kevin : Commercial le jour, entrepreneur la nuit

Kevin a fondé Talunter en parallèle de son emploi salarié. Il avait un poste de commercial qui l’occupait 37 heures par semaine. Mais c’est aussi un passionné de musique, qui avait envie depuis déjà plusieurs mois de lancer son projet. Après avoir cumulé les deux, il a quitté son job pour se consacrer davantage à sa boîte, en travaillant en freelance 3 jours par semaine. 

“J’avais l’idée de Talunter qui me brûlait intérieurement depuis un moment. Je me sentais très bien dans mon entreprise mais je voulais lancer quelque chose qui avait du sens pour moi, qui me faisait vibrer. Je me suis attaqué au secteur de la musique car je suis un passionné. Se lever le matin en se disant que l’on va faire quelque chose que l’on aime, ça n’a pas de prix.

Au début, le projet était brouillon, j’avais beaucoup d’idées mais pas encore d’approche business. Je n’étais pas sûr d’avoir les épaules pour me lancer dans l’entrepreneuriat. Je pense que ce sont des doutes que tout entrepreneur rencontre. C’est le fameux syndrome de l’imposteur : les autres le font mieux que moi !

Mais progressivement, je me suis senti prêt à me lancer. Je lis beaucoup, j’apprends en autodidacte, que ce soit sur le domaine de la musique ou de l’entrepreneuriat. Alors je me suis dit : je vais commencer tout de suite et dès que je rencontrerai un problème, j’apprendrai à le résoudre.

Si quelqu’un vous donne une belle opportunité mais que vous n’êtes pas qualifié pour, acceptez-la. Vous apprendrez après – Richard Brandson 

J’ai donc développé Talunter en parallèle de mon job, en travaillant soirs et weekends. En toute transparence, c’est difficile de faire les deux. Quand j’étais au travail, il arrivait que j’aie des idées pour ma boîte, donc je n’étais pas connecté à 100%. Talunter occupait mon esprit la majorité du temps !

J’ai fini par mettre un terme à ma collaboration avec mon entreprise. Pour compenser financièrement, je suis freelance, en proposant des services commerciaux à des entreprises 3 jours par semaine, ce qui me laissera plus de temps pour me consacrer à Talunter. J’ai décidé de ne pas faire de mi-temps en entreprise car c’est moins intéressant financièrement. Par ailleurs, je pense que dans les entreprises de plus de 100 salariés, par exemple, chacun est moins indispensable que dans une petite entreprise, donc il est davantage possible d’avoir un projet à côté. Pour moi c’était difficilement tenable car mon job en start-up nécessitait d’être à 3000%.

Pour m’organiser, j’ai un Calendar sur Google où je marque tout, et j’utilise Trello pour optimiser mes tâches. Je me base sur le modèle de la matrice d’Eisenhower pour m’organiser et me projeter dans le temps. Le secret, c’est que les tâches vont plus vite quand on les fait en une fois plutôt qu’en plusieurs fois. Pour une concentration absolue, je coupe mon téléphone et je mets toutes les chances de mon côté pour optimiser le temps que j’ai. J’ai d’ailleurs écrit un article sur le sujet.

Il faut faire les choses avec passion et auto-discipline. Tim Ferriss donne pour conseil de créer une entreprise qui rapporte beaucoup en identifiant le besoin des gens. Mais je ne suis pas vraiment d’accord. Personnellement, je ne pourrais pas créer une boîte juste pour l’argent et le mode de vie. Moi ce qui me plaît, c’est d’être passionné. »

Thomas : Poker, plage et paternité

Thomas a travaillé pendant 7 ans dans une grande entreprise avant de lancer Souvenir de Plage. Il a commencé en parallèle de son emploi, puis il s’est lancé à plein temps pour développer sa boîte et s’occuper de son fils.

« J’ai toujours voulu monter une boîte, car j’ai toujours été entouré d’entrepreneurs et j’ai fait un master 2 passionnant en entrepreneuriat. J’avais eu un premier projet de marque de chaussettes avec deux associés mais il n’avait finalement jamais vu le jour, ce qui m’avait frustré. Puis avec la pression financière et familiale, j’ai fini par prendre la voie salariée, qui est la plus facile et la plus logique au début. J’ai travaillé pendant 7 ans chez le numéro 1 du poker en ligne : PokerStars. Mon âme d’entrepreneur était toujours présente et m’a conduit à mener des projets intrapreneuriaux au sein de cette entreprise.

Puis j’ai eu l’idée de Souvenir de Plage lorsque j’étais employé à Londres pendant un surf trip sur la côte Anglaise. J’avais envie de creuser cette idée, et le fait d’être salarié me permettait de garder une sécurité financière tout en menant le projet en parallèle.

J’ai choisi d’entreprendre seul car j’avais besoin de reprendre le contrôle sur quelque chose de A à Z. L’entreprise qui m’employait comptait plus de 1500 personnes. J’avais beau être Project Manager, dans une telle structure on dépend toujours d’autres personnes pour faire avancer les projets.

Le statut micro-entrepreneur me correspondait parfaitement : le risque est proche de zéro quand on se lance car les charges sont basées sur le chiffre d’affaires, et le plafond de chiffre d’affaires est assez élevé. Je me suis lancé en mai 2017 en total auto-financement, toujours pour avoir la maîtrise totale du projet.

Pour des raisons personnelles j’ai quitté Londres pour Paris, et j’ai quitté mon entreprise en demandant un congé sabbatique. Je n’étais plus payé, mais j’avais une bouée de sauvetage au cas où l’aventure tourne mal. Le congé durait 4 mois et je pouvais reprendre mon emploi à l’issue si besoin. J’ai fait un très bel été avec Souvenir de Plage, le produit a beaucoup plu et a été distribué dans des magasins… et moi, je me suis éclaté.

Mais j’ai fait une petite erreur : je me suis relancé dans un job ! Voyant la fin de mon congé sabbatique arriver, j’ai remis mon LinkedIn à jour. Souvenir de Plage ne me permettait pas encore complètement de vivre. J’ai accepté une proposition d’embauche très rapidement. Mais comme je venais de passer plusieurs mois en autonomie totale sur mon activité, j’ai eu du mal à me réhabituer au salariat. J’ai aussi eu une heureuse nouvelle puisque je suis devenu papa.

Du coup je gérais mon emploi, mon fils et ma boîte… beaucoup trop pour une seule personne ! J’ai donc quitté l’entreprise où j’étais employé avant la fin de la période d’essai (ce qui m’a permis de toucher quelques mois de chômage), et j’ai ainsi récupéré du temps pour mon fils et Souvenir de Plage. Pour ceux qui vivent en couple : il faut briefer la personne avec qui vous vivez en expliquant que vous allez être très pris, et que vous aurez besoin de sa présence à vos côtés. Parfois ma compagne m’aide pour les colis. C’est important d’avoir un partenaire impliqué, et cela repose sur le dialogue, la communication et l’organisation.

Mon conseil à ceux qui ont une idée de projet ? Faites-le ! J’aime la manière dont je me suis lancé, en évitant de prendre un risque financier. C’est ce qu’il faut faire pour tester l’idée et le marché avant de se lancer à 100%. Garder un job à côté la première année c’est rassurant, mais il faut avoir les épaules en termes d’organisation. Et tout dépend de l’activité : dans mon cas j’avais un produit avec du stock, mais dans une activité de conseil ou de service, c’est très différent car on vend du temps.

J’adore les gens qui entreprennent, qui font bouger les choses. Donc réfléchissez bien avant mais faites-le, lancez-vous. Le statut de micro-entrepreneur permet d’essayer pour voir où ça nous mène.

Si je ne m’étais pas lancé, je m’en serais voulu toute ma vie.

C’était en moi, donc ça a fini par arriver, au bout de 7 ans. Les années passent vite. Alors quand on a une idée, il faut la concrétiser en projet. »

Gérald : Expert slasheur

Gérald est un slasheur professionnel ! Il a créé sa première entreprise en parallèle de son métier de consultant. Puis il a quitté son job pour se consacrer à sa passion entrepreneuriale et mener plusieurs projets de front. Il nous donne ses conseils pour s’organiser et trouver le juste équilibre.

« Je travaillais dans une grande SSII. Je m’y plaisais, c’était une excellente école, jusqu’à ce qu’une nouvelle manager arrive et déclenche mon envie de partir.

J’avais cette envie entrepreneuriale depuis des années. Un jour, un ami m’a proposé un business de e-commerce pour lequel il fallait monter une société en Colombie. J’ai posé un mois sans solde et je suis parti avec lui. On avait un mois pour trouver des locaux, recruter des salariés et les former à nos méthodes de travail. On a réussi le challenge en septembre 2012 ! Je venais de vivre un mois extraordinaire, alors à mon retour à Paris, j’ai repris mon poste mais je menais une double vie. J’avais des salariés en Colombie à gérer et beaucoup de travail pour développer la société. Je me levais à 5h30 et je me couchais à minuit, en travaillant sur ma boîte pendant les pauses déjeuner.

Ca s’est bien passé pour moi, mais il faut une volonté d’acier, et il faut y trouver un épanouissement. Cette double vie a duré quasiment un an. Je n’évoluais plus dans mon job salarié et je sentais le potentiel de développement de ma boîte.

Est alors arrivé le fameux moment où tu veux te barrer ! Et là, les gens que tu connaissais changent de visage. Quand tu commences à parler rupture conventionnelle, tu ne les reconnais plus ! Tu entres alors dans une guerre psychologique, même si tu avais de bonnes relations et de l’ancienneté. J’ai une quinzaine d’amis qui ont vécu une histoire similaire. Quand j’ai demandé ma rupture conventionnelle, ma RH m’a dit oui mais ma manager a refusé pour me mettre des bâtons dans les roues. Mais je suis fort mentalement donc j’ai tenu. Certains amis trouvent des moyens de pression originaux comme aller au travail en jogging ! Moi j’ai dit à mon client que je voulais partir, et qu’il fallait me trouver un remplaçant, car à partir du moment où je n’étais plus en mission je devenais un poids financier pour mon entreprise. J’ai fini par solliciter le Directeur des Ressources Humaines directement, et ça a fonctionné.

Donc mon conseil est le suivant : la négociation c’est comme un jeu d’échecs, il faut toujours penser au coup d’après. Si on refuse votre demande, quels sont vos autres leviers ? Moi j’ai trouvé mes leviers, même si ça a pris un peu de temps. Il ne faut pas avoir peur d’aller voir des responsables plus haut placés pour obtenir ce que l’on veut.

Aujourd’hui, je suis slasheur. J’ai ma société, une agence, je suis CTO dans deux autres structures dont un cabinet de conseil digital, et je fais du conseil en freelance. C’est cette activité qui me prend le plus de temps car elle nécessite du présentiel. Actuellement j’ai 7 projets à mener en parallèle !

Le secret pour réussir à cumuler des projets, c’est l’hygiène de vie : une bonne alimentation, du repos, et un rythme le plus régulier possible. Dans mon cas, je me réveille à 5h30, je travaille jusqu’à 8h puis je pars chez mon client. J’y suis de 9h à 18h puis je rentre chez moi, je dîne et je me remets au travail. Mon calendrier est planifié au minimum 3 semaines à l’avance. Mais ce n’est pas tenable sur le long terme, c’est par périodes. Par exemple, j’ai des périodes très chargées quand il y a un pic d’activité, puis je prends un moment complètement off – la dernière fois, c’était 10 jours en Martinique.

Le plus embêtant pour les entrepreneurs comme moi, c’est la phobie administrative : facturation, relance clients, propositions commerciale, en parallèle de l’opérationnel pur. Tout cela prend énormément de temps, il faut le prendre en compte.

Entreprendre, c’est avoir plus de liberté dans notre métier et aussi dans nos choix : choix de clients, choix des dates de vacances… Il faut avoir un plan et savoir où on veut aller, à 3 ans, à 5 ans… etc, et structurer cet objectif. Même si on est seul, il faut appliquer tous les principes que l’on a appris dans nos expériences dans les grandes entreprises. Et foncer !

L’idéal est de parvenir à garder un équilibre. Pour ma part, je suis un passionné de musique. J’aime aller à des concerts ou travailler sur la musique, c’est mon équilibre mental, ça me permet de relâcher mon esprit et de me faire du bien. Il faut toujours trouver son équilibre entre la partie professionnelle et émotionnelle, que ce soit par le sport, la famille, ou n’importe quelle passion. »

Conclusion : les 4 conseils à retenir pour créer son entreprise en restant salarié

  • Tester son projet en parallèle de son emploi permet de s’assurer de sa viabilité et de garder une sécurité financière… le temps de se lancer à 100% !
  • L’organisation est la clé :
    • Une bonne hygiène de vie : alimentation, sommeil, rythme régulier
    • Une productivité et une concentration totales pour optimiser le peu de temps disponible pour le projet
    • Un équilibre entre le travail et la vie personnelle pour tenir dans la durée
  • Le statut micro-entrepreneur est une solution à faible risque pour se lancer
  • Etre freelance plutôt que salarié permet d’assurer un revenu tout en étant plus flexible

Alors, prêts à démarrer votre projet tout en gardant votre emploi ? Rencontrez-vous des difficultés ? Commentez !

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