De salariée à freelance, les erreurs de ma première démission : témoignage

Comment tout quitter pour partir en tour du monde ? J’étouffais dans mon poste de salariée. Cette phrase m’obsédait. Pour moi, la réponse la plus simple et la plus rapide à mettre en place était de démissionner et de devenir freelance, ou plutôt digital nomadDans cet article, je te partage comment je suis passée de salariée à freelance, les erreurs de ma première démission et les clés de la réussite de mon deuxième départ.


Article invité rédigé par Clem du blog Voyage en roue libre


Tout quitter pour partir en tour du monde et devenir freelance

Avant mon tour du monde, j’avais déjà tout quitté une première fois.

Le 16 mars 2011, j’ai tout laissé derrière moi pour vivre au Canada et réaliser mon rêve. En moins d’un mois, j’y ai trouvé un job qui me faisait vibrer.

Sauf qu’en juillet 2014, la vie bien cadrée au Québec, l’emploi stable, la routine s’installe. Mais surtout, le burn-out qui me fait coucou derrière la porte tous les matins. Je ne vais plus tenir longtemps…

En effet, mon boulot s’éloignait de mes valeurs, je ne me reconnaissais plus dedans, la pression montait…

Ce métier, que j’adorais, commençait à avoir un goût très amer au réveil.

Pire qu’ingurgiter un paquet d’endives crues, à peine sortie de sa couette ! J’avais besoin de liberté.

C’est alors que cette petite idée a commencé à pointer le bout de son nez… Et si je quittais mon job pour un tour du monde ?…

Et si je me lançais en freelance pour travailler de partout dans le monde ?!

Excellente idée ! Enfin sur le papier…

Les erreurs de ma première démission

Mais que s’est-il passé pour que ce ne soit pas la solution rêvée ?

Tout quitter sur un semi-coup de tête, ce n’est pas forcément une bonne idée.

Même si au final, cela a été très formateur.

Cela dit, entre nous, j’aurais préféré éviter certaines crises d’angoisses en pleine nuit…

Clémence raconte les difficulté de passer de salariée à freelance

Une transition mal préparée

Le premier point et probablement le plus évident avec du recul, c’est le manque de préparation.

Pour moi, c’était vital de partir. Ça l’est peut-être aussi pour toi…

Deux mois avant le départ, j’ai donc commencé à étudier la possibilité de trouver des clients grâce aux plateformes en ligne. Je misais sur le fait de me construire une réputation sur ces plateformes.

Oh la mauvaise idée !

Pour ne rien te cacher, ce n’a pas été très concluant : sur cette période mes deux premiers contrats m’ont rapporté l’équivalent de 189,5 euros.

C’était loin d’être viable… Même si j’ai trouvé d’autres clients par la suite (sans plateforme), cela s’est avéré complexe pendant ce premier grand voyage.

Depuis, j’ai développé une nouvelle approche bien plus efficace, je te raconte ça un peu plus loin dans l’article…

Partir en tour du monde trop optimiste

Je te rassure, je ne suis pas non plus partie sans réfléchir.

Avec Mumu, ma comparse de tour du monde, nous avions créé un tableau Excel pour déterminer les montants que l’on devait dépenser chaque mois, nos charges, le coût de la vie par jour par pays, etc.

Nous avons essayé de déterminer quel serait le budget sur l’année et quel chiffre d’affaires je devrais dégager par mois.

Le montant ne me semblait pas fou.

En théorie.

Au final, j’aurais dû estimer 12 500 $ de plus sur l’année. Oups !

Imagine ce que peut représenter ce trou dans ta tête au quotidien ?

Cela devient obsessionnel.

Tu as ce chiffre en boucle dans ta tête, tu vois le trou se creuser au fur et à mesure, au fil de l’année…

Tu sais que tu as des impôts à payer ensuite. Auras-tu la trésorerie ?

Comment payer le billet d’avion pour partir d’Australie et que l’on se retrouve coincées dans une des villes les plus chères du pays à cause d’un volcan qui cloue tous les avions au sol ?

C’est là qu’arrive le problème qui vient chercher toutes les personnes qui veulent se lancer à leur compte…

La pire ennemie du freelance

À la base, nous sommes tous munis d’une émotion qui initialement nous a permis de survivre dans un monde hostile : la peur.

Elle nous permet de réagir à toutes sortes de situations, du type : prendre ses jambes à son cou quand tu croises un prédateur.

Mais cet instinct n’est pas forcément notre meilleur allié lorsque tu travailles à ton compte.

Apprendre à apprivoiser la peur quand on se lance en indépendant, c’est vital.

Évidemment, ce n’est pas ce que j’ai fait pendant ce voyage. Mais cela me sert de vaccin maintenant !

En partant en tour du monde, je me suis retrouvée face à 53 préoccupations basiques que l’on ne connaît plus tellement :

  • Où dormir ?
  • Suis-je en sécurité ?
  • Où trouver à manger ?
  • Où se laver ?
  • etc.

Ajoutez à cela le stress de l’entrepreneuriat…

C’est ainsi que chaque jour, j’étais animée par cette peur qui me tenait au ventre :

  • Il me faut des clients !
  • Je dois trouver un espace pour travailler efficacement.
  • Comment obtenir ce nouveau contrat ?
  • Je dois payer ce fournisseur…
  • Il me faut du wifi, j’ai un fichier urgent à envoyer !

Tout ça, c’est toujours dans ton esprit quand tu es mal préparé comme c’était mon cas, à l’époque… Et ça même si tu ne voyages pas.

Donc quand une nouvelle opportunité de client se présente, tu acceptes ses termes et des missions qui ne t’intéressent pas, le tout à des prix dérisoires !

Ma peur m’a poussée à accepter de travailler pour des clients où le feeling n’était pas au rendez-vous. Quand je les ai eus sur Skype, j’avais cette petite voix qui me disait :

« Tu as eu ce type de client en agence et ils sont source de problèmes… »

Puis j’ai eu cette autre petite voix :

« Tu as besoin de payer tes prochaines nuits en auberge… »

J’ai accepté et je n’aurai pas dû.

Faire confiance à son intuition

Lorsque tu acceptes des clients en freelance, tu dois toujours faire attention à ton intuition. Tu n’accepterais pas de vivre avec quelqu’un que tu ne supportes pas !

C’est la même chose en freelance.

Un client, c’est un partenaire. Tu dois donc être aligné et l’aimer pour faire grandir son projet. Sinon cela devient une corvée.

Et tu ne poses pas ta dem’ pour ça !

En résumé, ce contrat s’est très mal passé. J’ai perdu du temps et de l’argent. J’ai accumulé du stress et de la frustration. Mais surtout, au lieu de profiter sereinement des paysages grandioses de la Nouvelle-Zélande, j’étais préoccupée par ce client parce que j’avais peur de ne pas gagner assez d’argent pour la suite du voyage.

« Mais Clem, tu es à l’autre bout du monde, dans un pays de dingue, lâche la pression ! »

Je t’expliquerai un peu plus bas, la méthode que j’utilise pour éviter cette angoisse. Mais avant ça, voyons ma dernière erreur.

Un rythme inadapté pour un freelance

Ma dernière grosse erreur dans ce tour du monde, c’est de ne pas avoir adapté mon temps avec mon activité.

Mumu avait posé un congé sabbatique de 14 mois. À ce moment-là, elle savait qu’elle devrait retourner travailler dans son ancien bureau. En toute logique, elle voulait profiter à fond de son voyage. Elle ne voulait pas forcément m’attendre pendant que je bossais.

Et ça se comprend. Il y avait donc un décalage dans nos envies de découvrir les pays.

Aussi, nous avions pris des billets d’avion « tour du monde ». Bien qu’avec des conditions flexibles, nous avions quand même des impératifs de dates.

Sans compter que pendant 6 mois de voyage, nous louions des vans en Australie et en Nouvelle-Zélande, des pays où le coût de la vie est très cher. La location des vans nous obligeait à limiter le temps de parcours pour réduire les frais.

Donc, pendant ce voyage, on bougeait presque tous les jours. C’est très difficile de se concentrer et d’avancer avec un rythme comme celui-là.

J’avais beau être efficace pour travailler en voiture, c’était épuisant.

Si tu penses travailler en voyageant, favorise au maximum le slow travel : en voir moins, mais mieux, en alliant des périodes de travail et des périodes de découvertes.

Cela permet de gérer de manière beaucoup plus efficace le stress et au final, de diminuer les coûts de vie.

Retour à la case départ, mais avec un coup d’avance

Après 14 mois sur les routes, nous sommes revenues à Montréal avec des projets plein la tête.

J’ai continué à développer mon activité de freelance. Certains clients étaient géniaux et d’autres me faisaient toujours vivre un enfer.

Mais je me disais :

« C’est normal, c’est le lot de tous les freelances… »

Spoiler alert : c’est une fausse croyance et heureusement !

Une proposition qui ne se refuse pas

Un jour, je décide de contacter une agence en architecture pour leur proposer mes services en freelance. C’est une des plus importantes dans la province. Ils me proposent de se rencontrer.

Au terme du rendez-vous, la personne que je rencontre me dit :

« Écoute, j’aimerais t’embaucher, j’aimerais que tu travailles à temps plein avec nous. On a plein de projets auxquels tu pourrais participer. »

Les projets en questions m’intéressaient beaucoup et me permettaient de compléter mes compétences. Je redeviens donc salariée ! Mais je garde quand même mes clients les plus fidèles, avec qui j’aime travailler.

Je continue ainsi de travailler le soir et le week-end en freelance.

Au fil des mois, je me rends compte que ce travail en agence ne me correspond pas. Je m’ennuie, je manque de challenges, j’ai le sentiment d’étouffer. J’ai besoin de vibrer, de sentir que je progresse à travers mes missions.

En fait, ma liberté me manque !

Plus qu’une solution : repartir en freelance !

Mais cette fois-ci, pas n’importe comment :

Je profite de ma situation de salariée pour développer ma clientèle sans avoir Madame Peur qui me fait faire n’importe quoi. Car au Québec, il n’y a aucune rupture conventionnelle ou aide quelconque…Si cela a un avantage, c’est que cela te pousse à agir rapidement et efficacement.

Le principe ici, c’est de commencer à se créer une clientèle solide avant de se lancer. Tu peux aussi avoir un coussin de sécurité suffisamment rassurant pour éviter d’avoir à prendre n’importe quel client.

Trouver et comprendre sa spécificité

Donc, au lieu de me jeter à la mer et de me noyer, j’ai décidé de me construire un bateau, avec une grande voile.

En effet, je ne voulais pas revivre cette angoisse quotidienne que j’ai eue pendant mon tour du monde. J’ai donc mis en place des stratégies pour combattre le syndrome du freelance maudit :

C’est une croyance populaire de dire qu’un freelance créatif (graphiste, photographe, illustrateur…) doit travailler 70 h par semaine pour gagner moins qu’un SMIC…

En réalité, tu peux travailler sur des projets qui te plaise, avec des clients géniaux et qui sont contents de te payer. Oui, oui, c’est possible !

Alors concrètement, comment fait-on ?

  • La première chose, c’est d’apprendre à dire NON.
    Non, tu n’acceptes plus tous les contrats. Non, tu ne te sous-vends pas. Non, tu ne travailles pas avec ce type de clients. Non, non et non !
  • Tu dois aussi trouver ce qui te différencie et ce que tu peux concrètement apporter à tes clients. Pour ça, tu dois comprendre ce que tu veux faire concrètement, ce qui t’intéresse. Tu seras 37 fois meilleur dans un projet si tu es touché par le sujet. Si tu es passionné par le projet de ton client, tu feras des miracles. Et tu trouveras du sens dans ton travail.
  • Apprends à bien comprendre tes clients et fais en sorte qu’ils te fassent confiance : écoute-les et rassure-les !

Créer un projet personnel qui te démarque

Si tu es graphiste, photographe, vidéaste, illustrateur, rédacteur ou encore développeur, lance ton projet personnel !

Ce projet qui te trotte dans la tête depuis un moment, mais pour lequel tu ne trouves jamais assez de temps…

Un projet personnel, c’est une carte de visite à très haute valeur ajoutée :

Tu n’as pas d’enjeu client, tu es le maître à bord et peux lui donner l’orientation qui te convient.

Par contre, pour que ce projet ait un impact, il doit apporter quelque chose à une communauté qui t’intéresse. Cela ne peut pas être un projet gratuit, sans valeur, sans sens.

Pour te donner un exemple, avec Mumu, nous avons commencé à faire des vidéos pendant notre tour du monde. L’idée est de faire découvrir le monde en vidéo aux enfants à travers ce projet.

Pourquoi développer un projet personnel fort ?

Cela a été l’occasion de développer plein de compétences, mais aussi de se créer un réseau incroyable : il y a quelques semaines, nous avons ainsi été invitées à présenter le projet chez Radio Canada. Nous avons également eu la chance d’échanger avec à Fred de C’est pas sorcier sur ce sujet (chacun ses rêves 🙂 ) !

Et le mieux dans tout ça, c’est que grâce à ce projet, j’ai obtenu plusieurs contrats avec des clients de long-terme sur des sujets qui me passionnent :

  • La création d’une interface et des personnages pour un outil de dépistage de trouble de la lecture chez les enfants pour le CNRS.
  • Le développement d’un univers, des personnages, une direction artistique pour un projet d’intelligence artificielle qui aide les humains à mieux s’informer.
  • La réalisation d’une vidéo pour présenter la vision architecturale du nouveau pavillon d’accueil de l’Assemblée Nationale du Québec.

On est bien loin du type de contrats que me proposaient les plateformes en ligne, à des prix dérisoires !

Aujourd’hui, je peux consacrer plusieurs jours par semaine à mes projets personnels et d’impact tout en m’occupant bien de mes clients.

Et le plus important : J’ai retrouvé du sens dans mon travail. Le matin, quand je me réveille, je suis détendue et motivée par la nouvelle journée de travail qui s’annonce !

Une démission réussie pour devenir un freelance accompli

Je pose (encore) ma dem’

Une fois que j’ai senti que j’avais assez de clients, que ma situation était stable, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai demandé un rendez-vous à ma boss.

« J’ai décidé de poser ma démission, ce n’est pas vous… C’est moi…Mais on pourra toujours continuer de collaborer… En fait, je voudrais reprendre ma liberté. »

I AM FREEEEE(lance) !

Joie. Sérénité. Excitation.

J’allais gérer mon temps comme je le voulais, travailler d’où je voulais. Je n’aurai plus à demander de jours de vacances pour rentrer voir ma famille en France ou pour aller à une conférence qui m’intéresse.

J’allais pouvoir finir de convertir mon bus jaune en studio de création mobile et travailler depuis des parcs nationaux !

Choisir ses clients

Pour passer à cette étape, j’ai mis en place un système qui me permet de choisir mes clients efficacement.

J’ai mis un processus de sélection et d’analyse de projet.

Dit comme cela, cela peut faire peur.

Mais pour faire simple, tu poses un maximum de questions pour voir si le client est sérieux :

  • Te voit-il comme un investissement ou une dépense ?
  • Quels sont ses objectifs ?
  • Est-il facile de communiquer avec lui ?
  • Valorise-t-il ton travail ?
  • Vos valeurs se rejoignent-elles ?
  • Peux-tu (vraiment) l’aider ?
  • Est-il obsédé par ton tarif ?

Ce dernier point est un des signaux d’alerte les plus importants dans ta première discussion avec le client.

S’il est obsédé par le prix de ta prestation, en général, cela veut dire qu’il te voit comme un coût et non pas comme un moteur pour son projet…

N’oublie pas, ce n’est pas toi qui a besoin de clients, mais lui qui a besoin de tes services. Tu aides ton client à accomplir quelque chose d’important pour lui.

Une relation sur le long terme

Les clients clients qui te font confiance, qui admirent ton travail deviennent le plus souvent des clients de long-terme. Tu n’as donc pas besoin d’en avoir 50 par an, ni besoin de prospecter tous les mois.

Tu réalises des missions régulières pour eux, tu peux leur proposer de nouveaux services et même devenir un partenaire.

Avec 5 clients réguliers, tu n’as plus de soucis à te faire.

Le double effet Kiss Cool, c’est que si tu travailles bien, ils te recommandent volontiers.

Par conséquent, de nouveaux clients viennent naturellement, sans avoir besoin de démarcher. La preuve : mon site web pro est une catastrophe absolue en ce moment (il manque vraiment beaucoup d’amour). Pourtant, je dois dire non à des projets régulièrement.

J’aurais tellement aimé avoir ce problème pendant le tour du monde !

Ne pas regretter et analyser ses erreurs

Cela ne veut pas dire qu’aujourd’hui je n’ai pas d’enjeux dans nos projets.
Le plus important dans tout ce processus, c’est de voir d’où peut venir le problème et l’analyser.

Alors, pose-toi les bonnes questions :

  • Peux-tu avoir un impact dessus ?
  • Peux-tu améliorer la situation la prochaine fois ?
  • Y a-t-il une manière différente de faire ?
  • Ai-je aimé l’expérience ?
  • Est-ce viable ?

En effet, il faut savoir se remettre en question et essayer de nouvelles approches.

Finalement, ce tour du monde, c’était comme faire un trail en haute montagne sans entraînement ! Je ne regrette pas, j’ai appris de ces erreurs, j’ai compris ce qui était important et j’ai pu m’améliorer.

Depuis, Mumu a posé sa dem’ et est passée à son compte. Nous travaillons sur le même rythme, cela simplifie les choses, il n’y a plus de décalage. Et nous favorisons le slow travel 🙂

Pour aller plus loin

Si tu souhaites te lancer à ton compte, j’ai écrit un guide gratuit avec les grandes étapes à prendre en compte pour bien démarrer.

En attendant, le grand principe à retenir est de mettre en place étape par étape ton projet sans forcément tout quitter. Cela te permettra de prendre des décisions réfléchies et de bâtir ton activité sur des bases solides.

Il ne reste plus qu’à te lancer !


Vous pouvez retrouver Clémence, qui est passée de salariée à freelance, sur son blog


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