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Gabriel : Il a créé La Siestoune dans les couloirs de l’ESCP Europe

Gabriel a été commercial pendant 2 ans avant d’étudier l’entrepreneuriat à l’ESCP Europe pendant un an. C’est en installant des matelas et des couvertures dans une salle de classe qu’est née son entreprise, La Siestoune. Il retrace ici son parcours de salarié à étudiant, et d’étudiant à entrepreneur et freelance.

Bonjour Gabriel, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Toujours attiré par les sciences, je me suis dirigé vers la médecine après mon bac. Mais même si ça me passionnait, j’ai arrêté avant les premiers examens car je ne travaillais pas suffisamment pour réussir. Ce fut mon premier gros échec et j’ai ensuite passé une année à voyager, lire, et regarder des films. Cette année parenthèse m’a beaucoup enrichi sur le plan personnel et culturel.

Suite à cette courte pause dans ma vie d’étudiant, j’ai décidé de me lancer dans une école de commerce, la voie favorite de ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent ! J’ai passé des entretiens pour les écoles post-bac et je suis entré à l’ESSEC. L’écosystème était stimulant, j’avais des cours très intéressants dans un socle commun orienté marketing, gestion de projet et vente. Puis j’ai choisi une majeure entrepreneuriat pour ma dernière année. J’ai fait deux stages à la suite desquels j’ai été embauché en tant qu’ingénieur commercial dans une société de télécommunications. Pendant 2 ans j’étais assez épanoui, je gagnais bien ma vie, mais j’avais déjà un peu de mal à accepter la hiérarchie. J’aime que l’on me fasse confiance et j’aime faire les choses à ma façon. J’avais de bons résultats mais j’en avais marre d’avoir des gens sur le dos, des horaires à respecter même si j’avais terminé mon travail…

Alors je me suis dit : le meilleur moyen d’acquérir la confiance que je recherche, c’est de commencer par avoir confiance en moi. C’est pour cela que j’ai décidé de me lancer dans l’entrepreneuriat.

J’ai fait le choix d’intégrer une formation, le Mastère Spécialisé Innover et Entreprendre de l’ESCP Europe. C’était une très belle expérience ! Nous étions 35 profils très différents : ingénieurs, diplômés d’école de commerce, architectes, pharmaciens…

Comment s’est passée la formation ?

L’année commence par le venturing machine, la machine à laver des idées : on apprend des techniques et on échange tous ensemble devant une feuille blanche pour faire naître des idées. Au terme de ces trois premiers mois, les équipes deviennent des projets et se lancent dans l’aventure. Les groupes sont alors figés jusqu’en mars pour l’examen final : le Prix Innover et Entreprendre, qui consiste à présenter le projet devant 500 personnes, dont des fonds d’investissement. Les mois de préparation sont passionnants, les cours sont directement appliqués aux projets, cela permet d’avancer très vite et d’éviter les erreurs de débutant.

C’est à l’ESCP que j’ai commencé à travailler sur le projet qui allait devenir La Siestoune. J’étais en groupe avec deux étudiants avec qui je m’entendais très bien. Un jour, on a pris des couettes, des plaids et des oreillers, et on les a amenés dans une salle de classe inutilisée. Pour la modique somme de 2 euros, les étudiants venaient siester, mais aussi les profs et les membres du staff ! Même sans communication les gens affluaient et c’est là qu’on s’est dit que si les gens sont prêts à payer 2 euros pour faire la sieste sur un matelas dans une salle de cours c’est qu’il y a quelque chose à faire !

J’ai alors commencé à lire énormément sur le sujet et à rencontrer des experts : naturopathes, neuroscientifiques, spécialistes du bien-être au travail, etc… et j’ai découvert que la sieste est un outil de performance idéal car ses effets sont universels. Pourtant il n’a toujours pas sa place en entreprise, en tout cas en France. J’ai donc choisi de mener l’enquête auprès d’entreprises de toute taille et j’ai pu identifier les 3 freins à l’intégration de la sieste en entreprise : le frein psychologique (en France, la la sieste est associée à la fainéantise), le frein logistique (réticences à sacrifier un espace uniquement pour faire la sieste), et le frein physiologique (pas facile de s’endormir avec le chef et les collègues qui rôdent dans les couloirs !).

Petit à petit, les deux personnes avec qui je travaillais ont trouvé que j’allais trop vite. J’avais créé le site seul, je rencontrais beaucoup de monde seul et j’étais finalement plus motivé qu’eux… Ils ont donc choisi de se tourner vers un autre projet. De mon côté, je me suis dit qu’il serait intéressant de créer un produit physique, à savoir un mobilier de sieste.

J’ai envoyé un mail de présentation du projet à tous les étudiants en design de Paris. C’est quelque chose que je n’aurais jamais fait avant le Master parce que si j’ai bien appris une chose durant les 6 mois de formation, c’est l’exécution. J’en ai sélectionné 10, j’en ai rencontré 5 et choisi 1, Léo Sexer. C’est un excellent designer qui est devenu un ami.

Vous vous êtes associés ?

Non, car il a plus envie de travailler sur différents projets que sur un seul. Dans l’entrepreneuriat, il y a 2 écoles sur la question de l’association. On entend souvent “associez-vous, car c’est une aventure extrêmement difficile, vous aurez besoin de quelqu’un dans moments de doute, et vous aurez deux visions du projet”. Personnellement je ne suis pas d’accord avec ça, l’association n’est pas obligatoire et si l’on est bien entouré, on peut très bien démarrer un projet seul.

J’ai l’exemple de mon père qui a toujours été un entrepreneur solitaire et qui a bien réussi dans les différentes entreprises qu’il a créées. Je ne sais pas dans quelle mesure son parcours m’a influencé, mais j’ai toujours naturellement pris les devants dans les travaux d’équipe et c’est surement pour ça que je me retrouve seul à diriger La Siestoune. Donc non, ce n’est pas un problème d’être seul ! Si vous avez l’énergie d’aller chercher des conseils chez les bonnes personnes et si vous avez un bon entourage et un bon socle familial et amical, vous aurez tout le soutien nécessaire.

Comment s’est terminée l’année à l’ESCP ?

J’ai présenté le Prix Innover et Entreprendre, et à l’été 2017 j’ai officiellement lancé La Siestoune. J’ai mis des fonds propres grâce à un prêt personnel car je devais obligatoirement passer par une phase de R&D. Je me suis mis à 100% dessus, et je me rendais dans les entreprises pour les sensibiliser gratuitement à la sieste et surtout pour préciser leur besoin et créer la meilleure solution possible. Je me suis rendu compte que j’avais été un peu optimiste sur la réalisation de mon produit. En réalité, il faut 6 mois à 1 an pour créer un produit vraiment innovant, en tout cas dans le mobilier. Finalement, mes réserves risquaient d’être justes pour continuer à vivre dans ces conditions, donc comme j’étais bon commercial, j’ai décidé de me lancer en freelance comme consultant en business development. Je m’étais déjà fait un bon réseau avant, donc j’ai contacté des entreprises et j’en ai trouvé une qui a décidé de me faire confiance.

Recommandes-tu la formation que tu as suivie ?

Oui, je la recommande fortement, mais uniquement à des personnes qui ont vraiment l’envie et les moyens de se lancer. Y aller juste parce que l’entrepreneuriat a la côte et que l’on pense pouvoir se lancer dans tout ensuite, ce n’est pas une bonne stratégie.

C’est une formation très bien construite, très concrète, avec des méthodes pédagogiques qui sont adaptées à la réalisation d’un projet. On nous inculque un état d’esprit plus que des connaissances théoriques. Je pense d’ailleurs que le master est encore plus intéressant pour les profils qui ne viennent pas d’école de commerce car ce sont ceux finalement qui en apprennent le plus.

L’autre avantage de ce master est qu’il donne une carte d’entrée intéressante dans les grandes entreprises mais aussi dans les start-up : lorsque l’on est un étudiant en entrepreneuriat curieux, on est toujours bien reçu et il ne faut pas avoir peur d’oser contacter des acteurs importants de son marché.  A noter que la formation est assez digitale et s’applique donc très bien aux projets d’entreprises dans ce secteur.

Je précise que le master a un coût qui n’est pas anodin, donc il faut bien s’assurer de sa motivation, même si personnellement je trouve que la qualité de la formation vaut bien ce prix. Petit conseil pour les gens qui auront l’opportunité de s’y former : pour profiter un maximum de cette expérience, il faut s’ouvrir un maximum aux autres en allant vers des gens aux profils différents du sien, quitte à se forcer à aller vers ceux vers qui on n’irait pas naturellement. C’est beaucoup plus enrichissant et ça apprend à ne pas céder à la facilité.

Aujourd’hui tu as deux activités : La Siestoune et ton activité de conseil en business development. Comment t’organises-tu pour gérer les deux en parallèle ?

Je fais 4 jours de consulting par semaine dans une entreprise où j’ai réussi à trouver la confiance que je cherchais au début. On me demande du résultat sans être sur mon dos à vérifier mes horaires, ce qui me permet de travailler pour eux tout en faisant avancer La Siestoune. Concrètement, je travaille sur La Siestoune une à deux heures par jour tôt le matin ou entre midi et deux, et deux jours complets, le vendredi et le dimanche.

Je n’ai jamais ressenti cela comme une difficulté. Je ne suis pas le plus gros bosseur du monde mais je sais être efficace et faire des sprints : 6 heures de travail sans pause et sans téléphone. Je ne fume pas, je ne bois pas de café, et quand je travaille je suis pleinement concentré, ce qui me permet de réduire fortement mes délais et de pouvoir compartimenter mes activités pour les gérer l’une après l’autre.

Il ne faut pas penser qu’entreprendre c’est renoncer à sa vie. J’ai eu la chance de rencontrer le CEO d’une start-up qui a créé une application dans le domaine de la méditation et qui m’a dit : “Je travaille 20 à 25 heures par semaine. Ma vie ce n’est pas le travail. Donc si tu t’organises bien et que tu sais déléguer, tu n’auras pas besoin de sacrifier ta vie perso pour l’entrepreneuriat”. Ces propos sont restés ancrés en moi, donc je garde toujours la fin d’après-midi et le début de soirée pour faire du sport et voir mes amis… Et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais eu à rester tard au bureau.

Es-tu accompagné dans le développement de ton entreprise ?

Bien sûr, à part Léo Sexer, en charge du design du produit, nous avons déjà deux partenaires : AGCAD, qui nous accompagne sur la partie ingénierie mécanique et la pré-industrialisation et l’entreprise Lécuiller, qui est notre fournisseur unique. Mes amis et ma famille suivent mon aventure de près et n’hésitent pas à me donner un coup de main quand il le faut.

Mon père m’a dit un jour : “A un moment il faut arrêter de tenir la main à quelqu’un et il faut commencer à marcher seul”. C’est pourquoi je n’ai jamais été fan des incubateurs qui, bien que pratiques sur de nombreux aspects, ne te permettent pas d’acquérir une totale autonomie et le jour où tu rencontres un problème et que tu retrouves seul, tu risques de ne pas savoir y faire face. Je pense que les incubateurs sont un bon environnement pour le networking et l’ambiance, mais à un moment il faut se confronter au monde réel sans filet de sécurité.

En janvier 2018 la BPI nous a accordé la subvention French Tech, donc le projet s’est accéléré. On a aussi intégré un écosystème spécialisé dans le bien-être en entreprise :  Immowell, qui nous permet de catalyser notre développement commercial auprès des grands groupes. Enfin, la bonne nouvelle est que le produit sera disponible au mois de mai !

Quels sont tes conseils à ceux qui ont envie de se lancer ?

Mon premier conseil, c’est d’agir. Si tu as envie de faire quelque chose, tu le fais ! Le risque est de trop intellectualiser, comme je le faisais avant : on pèse le pour et le contre, on réfléchit trop, on hésite, on passe à autre chose, puis on revient à l’idée précédente… Au final, on parle mais l’on ne fait jamais ! Pour démarrer La Siestoune, nous avons agi, et c’est non seulement enrichissant mais aussi motivant. Je me suis dit : “Tu veux ouvrir une salle de sieste, tu ouvres une salle de sieste !”. C’est ce que Maximilien Brabec, un des professeurs du mastère entrepreneuriat, appelle un « cradotype » : tester au plus tôt un concept, même si le produit est limite et voir la réaction des gens. Les premiers utilisateurs auront beaucoup de choses à dire, et c’est tant mieux car les premiers retours sont ce qui va former la base du produit.

J’ajouterais que l’idéal est de construire sa solution avec son client, et de ne surtout pas se lancer dans la réalisation d’un projet en restant enfermé dans une bulle avec ses certitudes.

Alors concrètement, pour ceux qui veulent se lancer : allez voir votre entourage mais aussi des inconnus, faites vite un prototype, même s’il n’est pas beau, et confrontez votre projet à la réalité. Et quand je parle de réalité, je parle de l’inconnu : parce qu’évidemment que vos proches vont vous soutenir. Votre mère, votre meilleur ami, vos cousins, même s’ils pensent le contraire, vont vous ménager et vous encourager et même si c’est important, c’est peu exploitable. La dame qui promène son chien dans la rue en revanche, elle, elle sera franche avec vous.

Et si une personne a un avis négatif sur votre concept, c’est à celle-ci qu’il faut le plus parler. Au début je fuyais la critique. Je suis assez susceptible de nature donc je réagissais mal quand on s’attaquait à mon projet. Puis j’ai appris à écouter les commentaires négatifs car c’est le meilleur moyen de se préparer aux questions des clients potentiels : les critiques permettent de forger des arguments pour plus tard et d’améliorer son produit ou son service. Le plus difficile reste de faire le tri entre les arguments constructifs et les autres, seulement néfastes. C’est finalement le rôle de l’entrepreneur : écouter son intuition, faire confiance à sa connaissance du marché et surtout faire des choixMais attention, en entrepreneuriat, l’instinct n’est pas inné : il se construit grâce aux lectures, aux rencontres, à nos expériences et à toutes nos sources d’inspiration.


Que retenir de l’expérience de Gabriel ?

  • Le MS Innover et Entreprendre de l’ESCP Europe est une très bonne formation pour ceux qui ont réellement envie d’entreprendre à l’issue du mastère
  • Il est tout à fait possible d’entreprendre seul, sans associé. Dans ce cas il faut aller chercher des conseils auprès des bonnes personnes et s’appuyer sur le soutien de son entourage
  • Entreprendre tout en ayant une autre activité à côté, c’est aussi possible ! A condition de bien s’organiser et d’être parfaitement concentré et productif sur son temps de travail. Pour d’autres témoignages à ce sujet, c’est par ici.
  • Entreprendre, ce n’est pas renoncer à sa vie. L’équilibre pro-perso est important et il est possible de le respecter en s’organisant
  • Il faut oser s’affranchir des structures d’accompagnement et se confronter au monde réel sans filet de sécurité
  • Le principal est d’agir. Tester au plus tôt un concept et récupérer les feedbacks
  • Ecouter les personnes qui ont un avis négatif pour se préparer aux critiques des clients potentiels, tout en sachant écouter son intuition et faire des choix
  • L’instinct de l’entrepreneur n’est pas inné, il se construit grâce aux lectures, aux rencontres et à l’expérience

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