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Joanne : Elle lance une entreprise de robes personnalisables après avoir travaillé dans les RH

Joanne Villa

Après une carrière dans les ressources humaines, Joanne Villa a décidé d’effectuer un virage à 180° en lançant une start-up de confection de robes personnalisables, EBOR. Dans cette interview, elle nous raconte comment elle a eu cette idée et comment elle a décidé de se lancer dans cette reconversion professionnelle. 


Bonjour Joanne, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

J’ai toujours su que je voulais être une « working girl » ; avoir des responsabilités, travailler en équipe, partager les valeurs de son entreprise, etc. J’ai donc suivi des études en gestion et administration des entreprises et je me suis spécialisée dans les RH pour le côté humain et social auquel je suis attachée. Mon parcours professionnel a été riche : j’ai eu la chance de participer à des projets passionnants dans des entreprises comme BNP Paribas, KPMG ou Keolis et à la fois d’apprendre de situations complexes et de relations qui peuvent l’être tout autant.

J’ai toujours beaucoup aimé la mode et certains de mes collègues avaient même pris l’habitude de regarder mes chaussures avant de me dire bonjour ! Ça me fait sourire parce que maintenant que je cours partout, j’ai dû un peu délaisser mes talons aiguilles !

Aujourd’hui, je concilie les deux, mon goût pour le business et ma passion pour la mode, en lançant la marque EBOR que j’ai voulu à l’image des femmes d’aujourd’hui : indépendantes, spontanées et malicieuses.

J’avais envie, non seulement de m’épanouir dans mon job, mais aussi de nous permettre, en tant que femmes, de nous accepter telles que l’on est. Ça parait idéaliste dit comme ça, mais on est toutes différentes, pourtant la mode est relativement uniforme, les tailles sont standardisées et les tendances normalisées. J’avais des remords de voir ma copine complexer parce qu’elle fait 1m87, ma mère être serrée dans son chemisier et moi de ne jamais trouver ma taille. Alors je me suis dit qu’après tout, quitte à faire des robes adaptées à mon entourage, je pouvais en proposer pour toutes les femmes !

Comment as-tu eu l’idée de ton projet ?

J’avais 15 ans, (oui oui ça remonte !), et j’étais invitée à une fête. Je savais quelle robe je voulais porter, elle était dessinée dans ma tête et destinée à plaire au beau Damien… J’ai cherché partout et je ne l’ai jamais trouvée. Elle n’avait rien de particulièrement original mais aucune enseigne ne proposait ce modèle. C’est là que je me suis demandé comment il était possible de ne pas trouver ce que l’on cherchait alors même qu’on était envahi de marques de mode !

L’idée ne m’a jamais quittée même après toutes ces années parce que j’étais régulièrement confrontée à ce problème et mon entourage aussi. C’est lorsque j’ai commencé à en parler dans des forums, des salons sur l’entrepreneuriat, des séminaires, … et que les retours étaient positifs, voire même enjoués, que je me suis décidé à mener mon étude de marché et à me lancer dans l’aventure de robes personnalisables aux goûts de chacune et sur-mesure.

Et pour l’anecdote, le beau Damien a jeté son dévolu sur une de mes copines. Tout ça à cause de la robe évidemment !

Tu as lancé une campagne de crowdfunding, pourquoi ce choix et quelles sont les étapes ?

Le financement participatif va permettre de récolter des fonds pour lancer la production des premières robes. C’est aussi un canal pour se faire connaître et faire profiter aux personnes qui soutiennent le projet, d’offres avant lancement comme des réductions ou des cadeaux. J’avais envie de passer par une plateforme de crowdfunding pour le côté humain, l’esprit de partage et de soutien que cela représente. (Pour voir la campagne de crowdfunding de Joanne et ses robes personnalisables, c’est par ici.)

On n’achète pas des produits sur la plateforme, on participe à la consécration du travail d’un entrepreneur et je trouvais la démarche intéressante.

C’est aussi un vrai challenge car les plateformes de crowdfunding fonctionnent sur le tout ou rien : soit c’est un succès et le projet est financé, soit l’objectif n’est pas atteint et les contributeurs récupèrent leur participation.

Il faut donc bien préparer en amont la campagne, nouer des partenariats, parler du projet, rassembler son entourage et avoir un budget communication. On doit également penser aux contreparties, à la période idéale de lancement et sa durée, prévoir la réalisation d’une vidéo de présentation, les visuels et les messages à faire passer. Bref, une campagne de crowdfunding, ça se prépare. Il existe des agences qui accompagnent les start-up sur ce sujet. Si on a un peu de budget, je pense que ça peut être un vrai plus de se faire entourer de professionnels.

Trois femmes en robe

Concrètement, quelles sont les étapes de création d’une activité comme la tienne ?

Il n’y a pas de mystère, il faut commencer par une étude de marché. Même si on a une idée novatrice, même si on a déjà une stratégie, ou même un prototype, il est nécessaire de vérifier si le public est prêt à l’accueillir et de quelle manière. Pour EBOR, on a redéfini notre stratégie plusieurs fois en fonction des informations recueillies, on a aussi revu notre service après-vente et proposé une déclinaison de produits qui n’était pas prévue au départ.

Ensuite, il faut s’entourer de professionnels. Il faut prendre le temps de comparer les devis, voir les avis sur les prestataires et ne pas hésiter à voir leur travail avant de signer. On a eu besoin d’une modéliste après avoir dessiné les modèles, puis de couturières pour réaliser les prototypes, un photographe pour le shooting, un designer pour les supports de communication, etc.

Pour nos fournisseurs de tissus, on a mis environ une année complète à sourcer les bons fabricants. C’est un travail de longue haleine mais on sait derrière quelle qualité on veut pour nos produits.

Enfin, il y a toute l’étape administrative pure pour l’immatriculation de la société, le business plan, sans oublier la partie communication. Pour un projet comme EBOR, tout ou presque se fait sur le net, il faut savoir jongler entre les réseaux sociaux et les canaux qui peuvent diffuser notre concept et nos messages.

La difficulté était de trouver les bons partenaires alors même que le secteur de la mode n’était pas mon secteur de prédilection, professionnellement parlant. Et, là non plus, il n’y a pas de secret, il faut frapper aux portes, aller à la rencontre des experts du milieu, contacter les écoles, échanger sur les groupes de travail,… C’est comme ça que j’ai pu me construire un réseau et obtenir des conseils précieux pour lancer le projet et collaborer avec des personnes très compétentes.

Comment as-tu réussi à concilier tes compétences avec les besoins du projet ?

Au moment où j’ai décidé de me lancer dans ce projet, il s’est naturellement posé la question de mon rôle. Ok, j’ai des notions de gestion d’entreprise mais le cœur de mon activité c’est quand même la création et la confection de robes. J’ai donc suivi une formation de couture et métiers de la mode et obtenu mon diplôme. Cela a conforté ma crédibilité auprès de mes partenaires mais aussi pour moi-même, c’était bénéfique de me dire que je pouvais le faire.

Je pense que si on veut réussir dans ce que l’on entreprend, il faut être capable de s’en donner les moyens.

Et le temps en fait aussi partie. Le projet a mis plus de 2 ans et demi à voir le jour entre le moment où j’ai quitté mon emploi et la date de lancement officiel (1er avril). C’est long mais pour monter une entreprise ça ne se fait pas en un jour et surtout on ne détient pas toutes les compétences ! L’avantage de se mettre à son compte, c’est que l’on devient polyvalent, je dirais même pluridisciplinaire. On doit être capable de s’occuper de l’administratif, faire de la relation commerciale, respecter la réglementation, contrôler la qualité de ses produits, gérer la communication etc.

Pour trouver le bon équilibre, je pense qu’il faut se former sur ce que l’on se sent capable de faire sur le long terme et déléguer les autres tâches à des professionnels qui vous feront gagner un temps précieux.

femmes qui discutent assises sur une pelouse avec des robes personnalisables

Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Quand on se lance dans un concept innovant, ça demande pour nos partenaires, un mode d’organisation auquel ils ne sont pas habitués. Par exemple il nous fallait trouver une modéliste capable de créer des pièces de patronage combinables les unes aux autres. En général, on crée un patronage pour un modèle défini (une robe, une chemise, etc), et là on demandait un gros travail de réflexion pour que chaque élément d’une robe soit adaptable sur plusieurs formes. On a eu la même difficulté face à des ateliers de confection qui travaillent à la qualité, or là chaque modèle est unique ! On est donc souvent contraint de s’adapter face aux difficultés et trouver des solutions pour avancer. Pour l’atelier on a décidé de faire appel à des couturières indépendantes. Finalement, c’est une bonne chose car elles ont l’amour de leur travail et on garantit un travail français et artisanal ! 

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite franchir le cap et se lancer ?

On dit souvent quand on a une nouvelle idée de n’en parler à personne de peur qu’il nous la vole. Personnellement, je dirais l’inverse car c’est en restant dans sa bulle que l’on risque de passer à côté. Ma décision de me lancer dans le projet a été prise lorsque j’ai pu recevoir suffisamment d’avis extérieurs (en dehors du cercle proche). C’est d’en parler, d’échanger avec des professionnels qui a été le plus gratifiant et riche d’apprentissage.

Je conseillerais aussi de ne pas se presser et prendre le temps de bien faire les choses. Tous les projets ne mettront pas autant de temps à se concrétiser et heureusement ! Mais souvent on est tellement excité de lancer son entreprise, qu’on en oublie des étapes cruciales.

Enfin, se remettre en question. On n’a pas tous la science infuse et on a beau être convaincu par ce que nous faisons, les perceptions extérieures peuvent être différentes. Il faut savoir écouter les critiques (constructives), et aussi garder les nerfs solides parce que monter sa boîte c’est comme les montagnes russes, un coup tout va bien et le lendemain on a envie de tout laisser tomber ! Il faut s’accrocher parce que ça en vaut la peine et quitte à paraître niaise, on a tous le droit au bonheur non ?


Que retenir de l’expérience de Joanne ?

  • Le crowdfunding, c’est un bon moyen pour partager son idée, et recevoir du soutien.
  • Une campagne de crowdfunding, ça se prépare. 
  • L’étape numéro 1 avant de se lancer, c’est de faire une étude de marché. 
  • Pour enrichir ses compétences et gagner en crédibilité, il n’y a pas de secret, il faut  se former.
  • Ne pas avoir peur de déléguer certaines tâches à des professionnels pour gagner du temps.
  • Il faut parler de son projet pour obtenir des avis extérieurs.
  • Pour construire un projet, prendre son temps est essentiel : il ne faut pas brûler les étapes !
  • Savoir écouter les critiques et se remettre en question est indispensable si on veut s’améliorer.

Et si l’univers de la mode vous intéresse, n’hésitez pas aller lire l’interview de Natacha


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