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Loïc : Il a posé sa dem’ dans le conseil pour créer JumpIn

Loïc a posé sa dem’ il y a 3 ans pour monter sa boîte, JumpIn. Il nous raconte son parcours étape par étape, sans filtre : sa décision de se lancer, ses choix, ses réussites et ses erreurs. Une vraie leçon concrète d’entrepreneuriat !

Pour les plus pressés, le récap’ des 12 leçons à tirer de son expérience est en bas d’article.

Bonjour Loïc, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

J’ai été consultant en développement sur les technologies Microsoft pendant plus de deux ans. J’étais passionné, j’aimais ce que je faisais. J’ai toujours été carriériste et je n’étais jamais satisfait. Je voulais toujours plus : évolution, augmentation… Or ce n’est pas toujours possible car c’est difficile de sortir des cases. Alors j’ai entamé une réflexion : est-ce que le mieux n’est pas d’être son propre patron ?

C’était en 2014, au moment où les startups faisaient de plus en plus parler d’elles en France. J’ai cherché sur Youtube comment monter une start-up, et je suis tombé sur les vidéos très inspirantes de The Family avec Oussama Ammar. J’ai tout découvert en partant de zéro, car personne n’a monté une boîte parmi mes proches. Je commençais à passer plus de temps sur ces vidéos que sur mon travail.

J’en ai parlé à Manon, celle qui est aujourd’hui mon associée, et qui travaillait dans la même boîte. On a pris un verre et je lui ai parlé d’une idée de projet autour des objets connectés. On en a parlé à plusieurs reprises et à un moment, je me suis dit : allez, je me lance, je n’ai rien à perdre ! J’ai 25 ans, pas de crédit, pas de famille… La seule chose que je risque, c’est d’apprendre des choses.

J’ai pris ma décision du jour au lendemain. Je n’ai pas réussi à négocier ma rupture conventionnelle. Pas grave, j’ai foncé et j’ai rédigé ma lettre de démission avec un préavis de 3 mois. Je ne me suis pas posé de questions trop longtemps, en me disant que j’allais me former davantage sur le fait de monter une boîte.

Tu as commencé en parallèle de ton job ?

Oui, le temps de réaliser mon préavis. Au moment où j’ai posé ma dem’, j’avais une piste de projet d’application pour connecter les gens en fonction de centres d’intérêt – plus rien à voir avec l’idée de départ.

Je suis alors tombé sur un futur concurrent, On Va Sortir. Le site cartonnait, il y avait un vrai marché, chaque jour 100 sorties étaient organisées. On s’est dit “le site cartonne alors qu’il est super moche – nous, on va faire ça en mieux”. On a un profil technique avec Manon, qui est designer. On a commencé comme ça en parallèle de notre job : on a travaillé sur ce projet de site où on peut réunir des gens autour d’activités dans la vraie vie. Manon n’avait pas encore démissionné, moi j’étais en préavis.

Quelles ont été les grandes étapes de JumpIn ?

Le site est sorti en janvier 2015 dans sa première version, Me Too. L’objectif du site : permettre à n’importe qui de créer une activité ou d’y participer pour faire des rencontres.

Au début, on se rend compte qu’on n’a personne. C’est le problème de l’oeuf et de la poule, que rencontre n’importe quelle market place au départ. On supplie nos potes d’utiliser le service. On réunit 50 personnes, amis ou personnes proches, mais ça ne suffit pas. On a développé un produit sans savoir quelle était la problématique à laquelle on voulait répondre. C’est l’erreur que font beaucoup d’entrepreneurs : l’important ce n’est pas de réfléchir à un produit, mais de répondre à un problème.

Alors on va sur le terrain pour comprendre. On passe plusieurs jours Place de la République pour interroger des gens. On y a appris mille fois plus de choses qu’en plusieurs mois sur internet.

Le mieux c’est de sortir de chez soi et de parler au client potentiel

On a repris le projet différemment en créant JumpIn en avril 2015. On organise toutes les soirées nous-mêmes et en parallèle on crée un concept fort : on réunit des groupes de 10 personnes qui ne se connaissent pas, dans des lieux atypiques dans Paris, dont l’adresse est dévoilée 24h avant. L’identité des participants n’est dévoilée qu’une fois sur place. Les valeurs sont l’inconnu et la surprise.

Pour la toute première soirée, il y avait 9 amis à nous et 1 personne croisée Place de la République. Puis, 6 amis et 4 inconnus… Puis de plus en plus de personnes que l’on ne connaît pas !  Le bouche à oreille commence alors à faire effet, et on passe de 5 à 10 soirées par semaine rapidement. On met alors en place un système d’ambassadeurs car on ne peut plus tout gérer nous-mêmes.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Plus de 3000 soirées ont été organisées depuis. En parallèle, on réfléchit à apporter le concept en entreprise. Il y a des milliers de collaborateurs dans les grands groupes mais ils se sentent comme des numéros, ils ne se connaissent pas. On surferait sur la vague du bien-être au travail. Mais le produit est complexe à vendre car dans les grands groupes, il faut trouver les bons interlocuteurs, le cycle de vente est long… Alors pour le moment, on organise des afterworks atypiques pour les entreprises. On leur fait gagner du temps en leur proposant des événements originaux.

Quel est le business model de JumpIn ?

On a commencé à mettre en place notre business model après 1 an et demi d’activité. Avec du recul, on aurait dû y réfléchir dès le début. Au départ ce qui nous intéressait c’était de tester le concept rapidement. La V1 du site a été codée en 5 jours, puis le site a évolué en fonction des feedbacks utilisateurs. La chance avec notre produit, c’est que nos utilisateurs sont facilement accessibles. Donc on teste tout le temps plein de choses pour voir ce qui peut être rentable.

Actuellement, on fait des partenariats avec des bars à qui on apporte la clientèle, et on prend une commission sur chaque client apporté. La commission est faible donc pour nous, ce sera rentable quand on aura un gros volume de soirées.

On n’a pas encore réussi à déclencher la croissance exponentielle que l’on cherche. Sur ce genre de concept, beaucoup sont intéressés mais certains n’osent pas franchir le pas, car ils ont peur de se retrouver avec des gens bizarres. A tort, car tous nos participants sont justement des gens super ouverts en quête de nouvelles expériences humaines ! Pour aider nos utilisateurs à se lancer, on joue sur des éléments de réassurance sur le site (statistiques, photos…), ça permet d’augmenter le taux de conversion mais on a encore du boulot 🙂

Avez-vous décroché des aides ?

Malheureusement non ! On avait demandé la Bourse French Tech peu de temps après avoir commencé, c’était trop tôt. On a retenté 1 an plus tard… c’était trop tard. Il y a beaucoup d’aides qu’on n’a pas réussi à avoir, parce qu’elles financent surtout le développement technique, or nous c’est ce qu’on a en interne. Mais il faut reconnaître que l’on n’est pas très bons pour chercher des subventions !

On a remporté un concours Aviva qui nous a permis de récupérer 2000 €. Et on a mené une opération de crowdfunding à l’été 2017, qui nous a permis de récupérer 12 000 €. Généralement les gens font du crowdfunding pour tester un produit, mais nous on avait déjà 2 ans d’existence. On a fait appel à notre communauté, qui comptait déjà 20 000 inscrits. Au départ il faut l’entourage, la famille et les amis, qui financent 40% de la somme. Puis le deuxième cercle : la communauté, les gens proches. Enfin, le dernier cercle, les gens que tu ne connais pas mais qui soutiennent le projet.

Et toi, comment tu gères financièrement ?

J’ai démissionné en ayant mis de l’argent de côté. J’avais de quoi tenir quelques mois, mais pas indéfiniment non plus. Donc en attendant, j’ai fait quelques missions en freelance en développement. Ca m’a permis de gagner suffisamment d’argent pour tenir, donc j’ai pu me lancer à plein temps sur ma start-up la première année. J’ai ensuite eu un job salarié dans une start-up pendant 3 mois qui s’est soldé par une rupture conventionnelle, donc j’ai eu le chômage qui m’a permis de tenir deux ans.

Au bout de 2 ans, mes allocations chômage ont pris fin et je n’avais vraiment plus grand chose de côté.

Concrètement, j’ai mis mon appartement sur AirBnB, ça me permet de payer mon loyer et de mettre de l’argent de côté, mais ça prend du temps de gérer les réservations. J’ai fait les démarches pour avoir le RSA et les APL, et ma famille me soutient financièrement. On n’a pas encore pu se verser de salaire en deux ans, mais on sait que ça ne va pas tarder.

La résilience est clé quand on crée sa start-up !

Quelle a été la réaction de ton encourage quand tu as posé ta dem’ ?

Ma mère a été méfiante : “Comment tu vas vivre ? Tu vas gagner de l’argent ? Qu’est-ce que tu vas vraiment faire ? Tu vas faire ça à temps plein ?”. Elle me le demande toujours d’ailleurs !

Du côté de mes amis et connaissances, beaucoup trouvaient ça cool, car il y a 2-3 ans les start-up commençaient à avoir cette image à la mode, donc j’étais en plein dans le mouvement. “C’est cool que tu te lances, moi j’ose pas prendre le risque”. Moi je leur dis : “C’est pas un risque, car j’apprends beaucoup plus de choses comme ça que dans ma société avant. Au pire des cas, rien ne m’empêche de reprendre un job de consultant”.

Sur l’idée en tant que telle, il y a toujours ceux qui soutiennent, et ceux qui doutent que ça puisse marcher. Ce qui est important, c’est d’être assez humble pour dire qu’on ne sait rien, qu’on va tout apprendre sur le terrain. Avec Manon on ne s’est jamais dit qu’on avait la solution idéale ! On améliore au fur et à mesure.

Avec le temps, il y a toujours des amis qui disent qu’on a du courage. Certains “admirent”, mais d’autres commencent à nous prendre pour des fous. Et il y en a certains qui ont réponse à tout en nous donnant des conseils sur notre boîte. En voyant notre concept, beaucoup de gens pensent que c’est simple et qu’il suffit d’appeler des bars pour faire des réservations. Mais pas du tout !

Il faut comprendre une chose : quand tu montes ta boîte tu vis pour ça, tu y penses nuit et jour. Il faut être prêt à mettre ta vie personnelle de côté pour espérer monter une boîte qui fonctionne. On se rend compte que ce qui est important ce n’est pas l’argent, c’est le temps. Le temps est limité, on a plein d’idées, mais on ne peut pas tout réaliser, surtout à deux. Il faut faire des choix parmi nos idées, c’est une question de priorités.

Comment se passe l’association ?

Avec Manon on a bossé ensemble dès le départ. Au début, on voulait tout décider ensemble. On a créé le concept, le site, on a commencé à créer nos propres règles… on a eu plein d’idées, et on a toujours voulu tout gérer tous les deux. Par exemple, pour la boîte mail contact, on voulait tous les deux la lire et se mettre d’accord pour répondre. Ca marche au début quand il n’y a pas beaucoup de boulot, mais pas à long terme !

Puis on a fait naturellement une répartition des tâches en fonction de nos expertises : moi sur la partie développement technique, et Manon sur l’UX design. Ensuite il y a les deux gros sujets business et communication. Manon a pris la communication et le marketing, la partie utilisateurs et communauté, et moi j’ai pris la partie business. Nous n’y connaissions tous les deux rien du tout. On a appris sur le tas.

Naturellement, chacun a géré ses tâches, tout en continuant à prendre les décisions ensemble. On prend de l’autonomie sur nos tâches respectives, c’est indispensable. Et à un moment, c’est une question de confiance.

Comment vous êtes-vous formés ?

On s’est formés au fur et à mesure. C’est ça qui est génial, on fait toujours de nouvelles choses ! Je me suis formé sur le tas, avec les vidéos de The Family au départ. On a rejoint The Family en septembre 2015, et ils nous accompagnent toujours. Ils étaient encore petits par rapport à aujourd’hui. The Family c’est à toi de venir vers eux. Ils mettent à disposition des tonnes de ressources : libre à nous de les utiliser. Quand tu es entrepreneur, c’est à toi d’oser et de faire les choses, donc leur démarche est intéressante. 

Ce qui est très important, c’est d’être entouré quand tu montes ta boîte. Pour réussir, il faut réseauter dans le milieu de l’entrepreneuriat, c’est indispensable. Rencontrer des gens pour avoir un feedback sur ton produit, de l’inspiration, des partenariats…

Au début, comment as-tu fait pour te créer une légitimité sur ce marché ?

La légitimité, tu la crées au fil du temps, il n’y a pas besoin de l’acquérir avant de te lancer. C’est justement en te lançant et en te disant que tu as tout à apprendre, que tu vas créer ta légitimité sur ce marché. Beaucoup font l’erreur de vouloir créer le produit parfait, et de partir dans un an et demi de développement… au risque que le produit ne rencontre pas son marché au final.

“Si vous n’avez pas honte lorsque vous lancez votre produit, c’est que vous l’avez lancé trop tard” – R.Hoffman, fondateur de LinkedIn

Toutes les boîtes sont parties d’un produit bidon et se sont adaptées. Donc il ne faut pas partir avec l’idée en tête de faire des millions quelques mois après ! Il faut avoir de l’ambition, mais il faut aller sur le terrain pour apprendre pour faire évoluer son produit.

Ta lecture favorite ?

Lean startup, d’Eric Ries. J’ai pas mal utilisé ce livre qui donne des pistes pour faire évoluer sa boîte. En fait, ce ne sont pas des conseils pour qu’une boîte réussisse, mais pour ne pas échouer trop rapidement.

Si c’était à refaire ?

On a fait plein de petites erreurs qu’on ne referait pas. Par exemple, on a fait appel à une agence RP au bout de seulement quelques mois. On était persuadés que ça allait cartonner, mais c’est faux ! La comm’ ne fait pas grand chose au début. C’est intéressant quand il y a un produit qui tourne, quand tu as trouvé ton market fit, que ça répond à un vrai besoin. Sinon, c’est un entonnoir : tu fais venir des gens mais tu n’as rien à leur offrir.

On aurait également dû réfléchir plus tôt à notre business model. Ca paraît logique, mais le rôle premier d’une entreprise reste de faire de l’argent pour évoluer. Si vous pouvez rentrer du cash dès le premier jour, faites-le !

Enfin, on s’est lancés aussi trop tôt dans le développement d’une application mobile, alors qu’on aurait pu faire plein de choses avec le site au début. Et prendre des stagiaires nous a pris beaucoup de temps pour les former et les accompagner.

Donc oui, on a fait plein de petites erreurs comme ça, mais je ne regrette rien car ça nous a permis d’apprendre. C’est bien de les avoir faites car on ne les refera pas par la suite.

Quels sont tes conseils à ceux qui veulent se lancer ?

Se lancer et ne pas hésiter ! Ne pas se poser trop de questions. Dans tous les cas on apprend plein de choses sur le terrain et c’est ce qui compte. Après, il faut être réaliste : tout dépend de la situation, par exemple avoir des enfants ou non.

Ensuite c’est important de s’associer quand on crée une boite. Si tu es seul, ça signifie que tu n’as même pas réussi à convaincre une seule personne de croire en ton projet, alors comment comptes-tu convaincre tes futurs clients ? Pour autant quand tu es associé, le plus difficile c’est le fit entre les associés. Les relations peuvent être complexes. Nous on cherche un troisième associé, mais après autant de temps, c’est un autre sujet que l’association au début du projet. 

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Les 12 leçons à tirer de l’expérience de Loïc

  • La seule chose que l’on risque en se lançant dans l’entrepreneuriat, c’est d’apprendre
  • Avant de créer un produit, il faut aller sur le terrain pour comprendre le vrai problème auquel on va répondre
  • Réfléchir au business model le plus tôt possible, même s’il évolue au fur et à mesure
  • Etre assez humble pour dire qu’on n’a pas la solution miracle, et que l’on va apprendre sur le terrain
  • Créer son entreprise, c’est y penser jour et nuit : la motivation doit être forte pour mettre sa vie personnelle de côté
  • Ce qui est important, c’est le temps. On ne peut pas tout réaliser, il faut faire des choix et prioriser.
  • Il faut absolument bien s’entourer quand on monte son projet, en réseautant dans le milieu de l’entrepreneuriat
  • La légitimité s’acquiert au fil du temps, il est normal de ne pas l’avoir quand on se lance
  • Inutile de communiquer trop fort trop tôt, tant que l’on n’a rien à offrir
  • Il ne faut pas regretter les erreurs, elles permettent d’apprendre et de ne pas les refaire
  • Il faut se lancer sans hésiter trop longtemps, et se former sur le tas
  • S’associer pour créer une entreprise est très important, mais c’est le plus difficile

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