Lucile : De la scénographie à une reconversion dans l’orthopédagogie

Je ne serais pas surprise que vous vous soyez demandés scéno-quoi ? Orthopédago-quoi ? J’ai l’art de choisir des métiers rares… et c’est d’ailleurs l’art qui m’a conduite à mon métier actuel, l’orthopédagogie ! Comment ? C’est une bonne question ! J’ai (tout simplement) suivi ma voix intérieure à plusieurs reprises et je vous explique comment par ce témoignage. Voici l’histoire de ma reconversion dans l’orthopédagogie

Bonjour Lucile, raconte-nous ton parcours en toute transparence ! 

Au primaire, je voulais être une maîtresse d’école, mais j’étais une élève 8/20 ! Vous savez celle qui n’a que sur son carnet de correspondance des 8 ! Alors, en cinquième, j’ai écarté l’ idée d’enseigner et je me suis penchée vers le métier de décorateur de cinéma, alias la scénographie. Dans ma famille, nous avons la fibre artistique. Il était donc naturel pour moi de m’orienter vers l’art. Brevet en poche, je décide de continuer  au lycée dans le même établissement. Après beaucoup de révisions, j’ai eu mon Bac S. Selon le conseiller d’orientation que j’avais vu à l’époque pour devenir décoratrice au cinéma, je pouvais faire un bac général, une mise à niveau en arts appliqués ( MANAA), un BTS en design d’espace, puis m’inscrire à des concours pour des écoles de théâtre en scénographie, décor et costume de théâtre. Donc, après le concours et une liste d’attente, j’ai fait une MANAA, une Mise à niveau en arts appliqués à Angoulême. 

As-tu déjà ressenti ce sentiment que tu ne seras pas capable de poursuivre, que tu n’es pas à ta place ? Mon année en MANAA n’a pas été facile du point de vue scolaire, alors j’ai décidé de m’orienter à l’ université en arts du spectacle à Poitiers. C’était la bonne décision pour moi, à ce moment-là ! 

As-tu déjà ressenti ce sentiment d’être plus fort.e pour affronter les obstacles ? Même si cette année fut riche en rencontres et épanouissante, j’ai compris que cela ne me mènera pas à mon objectif, d’être décoratrice de cinéma. Reculer pour mieux sauter.

J ’ai déposé mon dossier en BTS en architecture intérieure (design d’espace) à Angoulême. Dernière sur la liste d’attente, j’ai été acceptée ! J’ai eu deux années formidables, j’ai créé de belles amitiés et un soutien pour mes aspirations professionnelles. 

Rappelez-vous que pour devenir décoratrice de décor de cinéma en France, il fallait faire une école de théâtre, spécialisation scénographie. Le.la scénographe s’occupe de la création des décors et/ou des costumes. Il existe trois écoles publiques en France, sur concours ! As-tu déjà ressenti que ta place ne sera pas dans une école déjà déterminée ?  Lors de ma dernière année de BTS, j’étais persuadée que je ne réussirais pas  les concours des écoles en France. Alors je me suis demandée où je pourrais faire ma formation en scénographie. 

Pourquoi as-tu décidé de partir au Canada ? 

Nous avions déjà visité le Canada avec mes parents, en particulier le Québec. Parce qu’il faut bien le préciser, le Québec n’est qu’une des dix provinces du Canada. Comme on parlait français, il était évident pour moi que je pouvais y aller faire mes études. J’ai déposé ma candidature pour le concours d’entrée à l’École nationale de théâtre du Canada à Montréal. J’ai été acceptée en scénographie en 2003 ! Visa étudiant en poche, je passe trois années dans une ambiance qui ressemble à l’ école de danse du film Fame. Vous voyez l’ambiance !  Des jeunes adultes artistes et créatifs qui veulent changer le monde à coup de pinceaux et de didascalies ! À la sortie de l’école, je me suis fait des amis, mais j’y ai beaucoup perdu de mon estime. J’ai vécu un choc culturel, des incompréhensions dans le mode de communication, même si l’environnement est francophone. Diplôme en poche, que faire ? 26 ans, peu de contrats professionnels et des factures à payer ! Est-ce que tu t’es déjà posé la question de ce que tu voulais faire petit.e ? Qu’est-ce qui te faisait vibrer  en toi ? Et si c’était ça ta voie ?

Je décide donc de (re)devenir tutrice, car j’avais eu de l’expérience en France. Je suis prise dans un centre de tutorat et je fais une rencontre déterminante dans ma carrière. Je rencontre une orthopédagogue ! 

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En quoi consiste le métier d’orthopédagogue ? 

Le Québec est la seule province du Canada à offrir une formation universitaire de quatre années accréditée par le Ministère de l’Éducation. Ce métier existe depuis une soixantaine d’années. Selon L’Association des orthopédagogues du Québec (L’ADOQ, 2017), « l’orthopédagogue est un pédagogue spécialisé dans le domaine des sciences de l’éducation qui évalue et qui intervient auprès des apprenants qui sont susceptibles de présenter, ou qui présentent, des difficultés d’apprentissage scolaire, en lecture, en écriture ou en mathématique, incluant les troubles d’apprentissage. ».

Comment es-tu devenue orthopédagogue ? 

Comme ce métier n’existe qu’au Québec, les seules universités qui offrent ce programme au Canada sont au Québec. C’est un programme d’au minimum quatre années de premier cycle universitaire, à temps plein. 

De 27 ans à 33 ans, je me cherchais. Je gravitais autour du monde de l’éducation, sans trop savoir quoi faire ni oser reprendre des études. Vous comprendrez donc que prendre cette décision à l’âge de 33 ans m’a demandé de me poser les bonnes questions. Même si j’ai fait des études universitaires au Québec en linguistique et en « inclusive education », notamment,  je savais que le seul moyen d’être reconnue orthopédagogue était de faire mes quatre années universitaires à temps plein ! Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de te demander si on pouvait changer de carrière à l’âge de 33 ans ? 

Une seule réponse était évidente, faire mes quatre années d’études à temps plein. J’hésitais, car je trouvais ça long et je me remémorais mes trois années d’études à l’école de théâtre qui ont débouché sur pas grand chose. Mais quand une force interne vous pousse à faire le saut…. on le fait ! Maintenant, je poursuis même des études de deuxième cycle universitaire. Ce métier est très polyvalent et pas routinier. En effet, je suis dans les classes au contact de tous les élèves pour leur enseigner des stratégies, par exemple. Je fais des interventions rééducatives avec des élèves ciblés, en accord avec les compétences professionnelles canadiennes que ce métier demande (L’ADOQ, 2017), et je collabore beaucoup avec des professionnel.le.s et les parents.

Comment ont réagi tes proches ? 

Mes parents ont bien senti que cette décision n’était pas une décision prise sur le vif. Quand je leur expliquais mon choix de vie de retourner aux études pour devenir orthopédagogue, ils ont compris que c’était un acte réfléchi et qui allait me rendre plus épanouie. C’est drôle, car pour leur montrer que ce que je faisais n’était pas fou, j’avais présenté mes options professionnelles sous forme de schéma et le parcours que je devais faire. Très rationnelle comme approche, mais efficace ! Mes parents m’ont soutenue dans chacune de mes démarches, même s’ils étaient anxieux pour moi. De même pour mes amis français et québécois, ils m’ont encouragée à devenir ce que j’aspirais depuis plusieurs années, une enseignante-orthopédagogue. 

Comment as-tu fait pour vivre pendant ton retour aux études à l’âge de 33 ans ? 

Même si je travaillais depuis sept ans, je n’avais pas mis assez d’argent de côté pour financer quatre années d’études à temps plein plus mes dépenses quotidiennes. J’ai fait une demande de prêts et bourses auprès du gouvernement canadien. Les frais scolaires sont plus chers qu’en France et le système de prêts et bourses est courant au Canada. Je ne voulais pas me retrouver avec des dettes faramineuses. Donc je travaillais à côté, je faisais beaucoup de remplacements dans les écoles, et j’ai appris énormément grâce à mes expériences sur le terrain. Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de te sentir confiant.e  sur ton avenir grâce aux rencontres que tu faisais ? 

Cette expérience professionnelle m’a permis aussi de développer un réseau et de me faire appeler souvent dans des écoles renommées, en particulier celles dédiées aux troubles d’apprentissage. 

Comment te sens-tu aujourd’hui ?

 J’ai passé les quatre meilleures années sur les bancs d’école et cette fois-ci j’étais loin d’avoir des 8/20 ! Mes vieilles conceptions de l’éducation ont été balayées du revers de la main et je comprenais enfin comment aider et enseigner aux élèves en difficulté ! Cela fait quatre ans que j’ai fini mes études universitaires, que j’ai effectué une reconversion dans l’orthopédagogie, aujourd’hui je me sens à ma place et j’ai des projets professionnels intéressants et épanouissants. J’ai décidé de quitter Montréal pour travailler dans le système scolaire français (de France). J’ai 40 ans et je suis la première orthopédagogue de mon école à Vancouver ! Je fais des collaborations avec des centres francophones de la Colombie Britannique, j’ai lancé un podcast pour expliquer mon métier avec une amie et en collaboration avec L’ADOQ, et je donne des ateliers auprès d’enseignants de France au sujet des difficultés d’apprentissage… bref je m’éclate dans ma vie professionnelle… Comme on dit par ici, je suis sur mon X. 

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer mais n’a pas encore osé franchir le pas ? 

Alors, il n’ y a pas de recette magique. Dans mon cas, je suis partie de mes propres questions internes et de mes envies… C’est à ton tour ! Pose-toi la question sur ce que tu ressens, sur ce qui te fait plaisir, quelle activité te procure de la joie ? Il y en a qui lâche tout du jour au lendemain, moi, j’ y suis allée un pas à la fois pour m’assurer que les pas que je posais étaient sur de solides fondations. Il faut y aller avec sa personnalité. Pour ma part, j’’évalue beaucoup les différentes possibilités et je fais mes choix en fonction de ce que je ressens le plus fort.  Quelles sont alors les possibilités qui s’offrent à toi ? Bon succès !


Que retenir de l’expérience de Lucille ?

  • Les notes que vous aviez pendant vos études ne seront pas nécessairement les mêmes lors d’une reprise d’études, cela ne doit pas vous freiner ! Trouvez le système éducatif qui vous convient et tout ira bien !
  • Les rencontres que vous faites peuvent vous ouvrir des portes, prenez le temps de vous entourer, d’échanger, le potentiel du réseau est immense !
  • Se reconvertir demande du temps : allez-y pas à pas, petit à petit, à votre rythme. Le chemin compte tout autant que la destination 🙂

Vous pouvez retrouver Lucile, qui a effectué une reconversion dans l’orthopédagogie, sur son site Internet et sur LinkedIn.


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