Nilay : L’histoire d’une reconversion dans l’écriture après un burn-out

Nilay était ingénieure et supervisait une équipe dans un labo pharmaceutique lorsqu’en 2014, sa carrière toute tracée s’effondre à la suite d’un burn-out sévère. Après un long cheminement fait d’introspection, Nilay se reconvertit contre toute attente dans l’écriture. En 2020, elle a même publié un livre dans lequel elle partage son expérience ! Dans cette interview, découvrez sa reconversion d’ingénieure à auteure, très bonne lecture !

Bonjour Nilay, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Mon histoire commence avec le choix de mes études. À l’adolescence, je suis l’archétype de la bonne élève : je m’intéresse à toutes les matières et j’ai de bonnes notes. Lorsque arrive l’heure pour choisir mes études supérieures, je ne sais pas vers quelle orientation me diriger. Secrètement, je rêve d’entreprendre des études artistiques, mais comme je suis une fille « sérieuse », je me dirige vers la filière scientifique. Je deviens ainsi ingénieure chimiste et à la sortie de mes études, j’intègre un grand groupe agrochimique.

En 2012, je suis repérée pour un poste de superviseur dans un laboratoire pharmaceutique. À l’issue d’un long recrutement, je suis retenue. Je saute au plafond, ma carrière décolle et je peux enfin valoriser mon diplôme dans un secteur prestigieux. Cependant, ce rêve s’évapore très vite : je m’aperçois rapidement que je ne suis pas « calibrée » pour ce milieu, l’environnement dans lequel je travaille est délétère, rude et sans pitié. Chaque matin, je quitte mon appartement à 8 h, mais je ne sais jamais l’heure de mon retour. Malgré cette prise de conscience, je dépense une énergie folle à m’adapter (à me suradapter ?) à cette nouvelle vie professionnelle. Je m’obstine malgré tout, je me raisonne : avoir un poste à responsabilités n’est pas de tout repos. Et pendant tout ce temps, mon corps m’envoie de nombreux signaux (que je refuse d’accepter de voir) : je serre la mâchoire, mon cœur s’accélère dès que je franchis la barrière de l’entreprise, je dors mal, je deviens de plus en plus nerveuse… Je supporte cette cadence pendant deux années.

Puis arrive ce qui devait arriver : en 2014, en plein milieu de semaine mon corps me stoppe ! Je me retrouve vissée sur ma chaise de bureau. On m’emmène chez le docteur et il pose un diagnostic qui m’achève : je suis en burn-out profond ! J’ai 34 ans et je vois ma vie professionnelle partir en fumée.

Il t’a fallu deux années pour retrouver le chemin du travail, peux-tu nous expliquer cette période ?

J’ai détesté cette période ! D’un côté, je ne me sentais plus capable — ni physiquement, ni mentalement — de retravailler. J’angoissais à l’idée de retourner chez mon employeur. Et de l’autre, je me morfondais avec cette culpabilité de ne pas travailler, d’avoir abandonné mon équipe et le pire : plus aucune perspective ne se dessinait à mes yeux ! Mes proches essayaient de comprendre mon burn-out, mais étaient démunis, ils ne m’avaient jamais vue comme cela : j’étais transformée en une femme désespérée, recluse chez elle et ensevelie dans le marécage de ses angoisses !

Après 6 mois, mon employeur comprenant que je ne reviendrai pas a rompu le contrat. Pour renouer en douceur avec le monde du travail, j’ai entrepris alors une formation en management de la qualité, dans l’espoir que ces compétences supplémentaires m’ouvriraient de nouvelles portes pour refermer celles du secteur pharmaceutique. En effet, du secteur industriel privé, je me suis retrouvée dans le service public. J’étais soulagée, ma vie retrouvait son cours normal après deux longues années. Sauf que, contre toute attente, suite à mon burn-out, j’ai senti comme une fracture avec le monde du travail. Certes mes nouveaux collègues et managers étaient sympas, mais je m’interrogeais sur ma place dans cet énorme open-space. Cette nouvelle vie « metro-boulot-dodo » ne me satisfaisait pas. De plus, à chaque évocation de mon burn-out, mon cœur s’atrophiait, le mal n’était pas cicatrisé. J’étais très stressée et mon entourage ne comprenait pas pourquoi ma nouvelle situation douillette ne me convenait pas.

Pour stopper cet ascenseur émotionnel intérieur, j’ai consulté une psychothérapeute spécialisée en hypnose. Ce fut la révélation ! Grâce à la thérapie, j’ai compris que je n’avais pas digéré mon burn-out et ne l’avais pas accepté.

La thérapie m’a aidée à faire le deuil de ce passé et a élargit le champ de mes possibles.

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Tu as écrit un livre sur ton burn-out, pourquoi ? Était-ce la suite logique de ta thérapie ?

Étonnement, non ! Mon désir d’écriture n’a pas été mû par un but thérapeutique. Comme je le dis plus haut, après ma thérapie, je me suis sentie délestée d’un poids, d’être enfin libre. Mon burn-out appartenait à mon passé et pour la toute première fois, je me suis autorisée à réaliser un désir trop longtemps refoulé : écrire un livre. Et le sujet était tout trouvé, je voulais raconter mon burn-out.

Avec les années, je me suis aperçue que l’épuisement professionnel est devenu un terme galvaudé, utilisé à mauvais escient. Pourtant, les médias n’en ont jamais autant parlé avec des statistiques à la hausse tous les ans ! À mon échelle, je voulais apporter un éclairage. On trouve de nombreux ouvrages sur les causes d’un burn-out et aussi beaucoup de success stories après un tel épisode douloureux. T’as un bug ? Appuie sur reset met davantage l’accent sur cette période entre les deux. À travers mon récit, j’invite le lecteur à découvrir les coulisses d’un burn-out qui sont ponctuées par diverses étapes (pas toujours très glamours ;) : la solitude du burn-out, la difficulté et la peur de retourner au boulot, le risque de rechute, la complexité de la guérison, l’absence de structures officielles accompagnantes, etc., mais le livre interroge aussi sur nos vies professionnelles et prouve que nous pouvons les changer. Ce n’est pas un bouquin qui vend une recette miraculeuse contre ce fléau du travailleur moderne, c’est un témoignage réaliste qui — malgré le sujet difficile — veut redonner espoir (enfin, j’espère ?).

Veux-tu dire que la vie avant et après un après burn-out est différente ?

Totalement ! Un burn-out change aussi bien vos limites physiques que psychiques ! Il ne faut pas l’oublier : lors d’un épuisement professionnel, nous « consumons » notre énergie. Dans les premiers temps, c’est difficile de l’accepter, mais au moins, nous apprenons à prêter plus attention aux signaux qu’émet notre corps. Nous apprenons à nous écouter en somme ! Et d’un point de vue psychique, ce que nous tolerions, nous ne le tolérons plus.

En ce qui me concerne, le plus grand apprentissage de mon burn-out est d’être plus intègre envers moi-même. Aujourd’hui, je ne sais plus me forcer, les décisions que je prends sont alignées avec mes valeurs et mes convictions les plus profondes.

Pendant que tu étais dans la phase d’écriture, tu as également décidé de te reconvertir…

En effet, mon job dans le service public s’enlisait, mais il avait un énorme avantage : il me laissait du temps pour repenser à mon avenir professionnel. Une coach m’a accompagnée pour cela. Elle a utilisé des outils de reconversion classiques, mais également plus intuitifs. Grâce à cet accompagnement, mon appétence pour l’écriture et la création a été mise en exergue. Dans la foulée de mon accompagnement, j’ai lancé un blog « Elles ont osé entreprendre ! » sur la reconversion et l’entrepreneuriat au féminin pour partager mes idées. Avec le recul, je comprends que créer ce blog n’était qu’un prétexte et une manière détournée pour me rapprocher de l’écriture et d’être lue !

Créer ce blog a t-il eu un impact sur ta reconversion dans l’écriture  ?

Et comment ! C’est très surprenant, car j’ai démarré le blog en mode « on verra bien ce qui se passe » sans objectif précis mis à part le fait que je voulais écrire et partager mes idées et mes rencontres. Mais intuitivement, je pressentais que ce blog serait mon outil de reconversion dans l’écriture. Il a joué ce rôle à merveille m’obligeant à me former en autodidacte. Au fil des articles, ma plume s’est aiguisée et j’ai expérimenté différents types d’écriture : storytelling, copywriting, écriture plus informative ou encore journalistique en réalisant des interviews…

En fait, mon blog s’est avéré être une carte de visite et un tremplin, car quelques mois après son lancement, une relation de mon réseau professionnel a remarqué mes articles. Elle travaillait pour un organisme de formation qui était à la recherche d’un copywriter freelance pour animer leur blog. Je n’ai pas hésité une seule seconde lorsqu’ils m’ont proposé ce poste. J’ai sauté à pieds joints dans cette aventure de freelancing, démissionnant ainsi de mon job dans le service public. Quelques mois plus tard, toujours grâce à mon réseau professionnel et au blog, on m’a sollicitée pour écrire des articles dans un magazine féminin, je faisais ainsi mes premiers pas dans le monde du print !

Et aujourd’hui où en es-tu dans tes projets ?

La publication de mon livre a été une vraie révélation : c’est dans la voie de l’écriture que je veux continuer et j’aimerais me professionnaliser en tant qu’auteure. J’ai des idées pour de futurs romans et j’aimerais me former davantage à la dramaturgie ainsi qu’à l’écriture scénaristique.

En parallèle, parce qu’il faut bien gagner sa vie et payer ses factures, une structure bruxelloise m’accompagne pour développer mes activités freelance de copywriter/rédactrice. Mes services tournent autour de la définition et mise en place d’une ligne éditoriale claire en passant par de la rédaction d’articles et de contenus. Je vise principalement des organisations actives dans l’information, la formation ou encore le monde culturel. Dans un futur très proche, je compte également donner des formations d’écriture et accompagner des personnes dans la rédaction de leurs propres récits de vie. Nous avons tous des histoires qui méritent d’être racontées. À mon tour de transmettre à d’autres ce que j’ai appris ces dernières années !

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans une reconversion, mais n’a pas encore osé franchir le pas ? 

Je pourrais parler des heures du sujet de la reconversion tellement il me passionne ! Tout d’abord, apprenons à démythifier la reconversion. Une reconversion ne rime pas forcément avec le modèle « je plaque tout pour une nouvelle vie, maintenant ! ». Dans la plupart des cas, en examinant à la loupe les histoires de nombreux reconvertis, on s’aperçoit que leurs parcours ne sont qu’une succession d’étapes, et pas toujours cohérentes entre elles par ailleurs ! « Connecting the dots » comme dirait un certain Steve Jobs ?

La patience est donc de rigueur : une reconversion prend du temps et implique de se renseigner, tester, valider, se tromper, réessayer… Pour certains, cela correspondra à réajuster certains paramètres de leur vie professionnelle afin de retrouver de l’épanouissement. D’autres amorceront des modifications qui les conduiront vers une réorientation plus radicale. Quelle que soit notre situation de départ et nos aspirations, on doit oser questionner nos vies professionnelles si elles deviennent sources de mal-être. Nos vies professionnelles ne sont pas figées ! Nous avons le droit de faire un point sur la question. Et je recommande vivement les accompagnements proposés par les professionnels, ils ont le recul et les outils nécessaires pour nous aider.

Et pour toutes les personnes qui pensent à une reconversion après un burn-out, je dirais que la toute première démarche est de prendre le temps de se retaper physiquement et psychiquement ! Ce conseil peut paraître simpliste ou réchauffé, mais prendre ce temps de revalidation est LA BASE ! Il ne faut absolument pas culpabiliser de cette mise sur pause.

Une fois que ce socle est consolidé et que l’énergie remonte, appréhender son futur en toute honnêteté en se posant les bonnes questions : « qu’est-ce que je laisse derrière moi ? », « qu’est-ce que je ne veux plus ? », « comment j’envisage mon futur ? ». Trouver les réponses à ces questions demandent parfois un travail d’introspection. Pas simple de se défaire de ses anciens conditionnements et schémas de pensée ! Mais en en s’entourant de gens, et de coaches bienveillants, toutes les réponses tant cherchées finiront par émerger.


Que retenir de l’expérience de Nilay ?

  • Dans une période de reconversion, souvenez-vous qu’il est essentiel de ne pas être trop dur avec soi-même, d’accepter de se laisser du temps et de s’entourer de personnes bienveillantes.
  • Si vous êtes en burn-out, prenez du temps pour vous, essayez autant que possible de prendre du recul. Prenez conscience de votre valeur.
  • Prenez le temps de l’introspection, c’est une phase qui peut être compliquée mais elle est nécessaire pour repartir sur de bonnes bases. 
  • N’hésitez pas à vous faire accompagner pour traverser cette période plus sereinement.
  • Comme le dit si bien Nilay, pour pouvoir avancer après un burn-out, il faut accepter de lâcher prise. 
  • Votre travail, quel qu’il soit, « ne mérite pas de s’oublier ». 

Vous pouvez retrouver Nilay, qui nous raconte sa reconversion dans l’écriture, sur son site Internet et sur LinkedIn.


Crédits Photo : @Christine Bory 


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