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Stanislas : Il a créé une agence d’expéditions extrêmes après 10 ans de trading

Stanislas Gruau a créé Explora Project, une agence voyage d’aventure et d’expéditions extrêmes, après 10 ans de trading de matières premières. Après avoir décroché le poste qu’il convoitait, il s’est posé des questions sur le sens à donner à sa vie professionnelle, et a décidé d’aider les autres à réaliser leurs projets d’aventures. Il raconte ici son parcours de trader à entrepreneur.

Bonjour Stan, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

En sortant de l’EDHEC Lille MSc finance de marché, j’ai refermé 3 années d’intense activité associative (Course Croisière Edhec). J’y ai découvert une version de l’entrepreneuriat lors de ma présidence. J’ai su en quittant l’école qu’un jour je monterai ma boîte !

J’avais aussi le doux rêve primaire de m’essayer au Trading, et c’est à la BNP Paribas que j’ai pris mon premier job l’année post Lehman. Aller vite, être dans l’instant, dans un environnement instable, changeant et donc excitant, l’adrénaline en guet-apens… mais aussi l’image sociale renvoyée, le fantasme inavoué du golden boy qui se dit que c’est normal de gagner 35k€ la première année, l’esprit cour de grand enfants qui rend la transition avec le monde étudiant plus douce. J’ai donc fait ce choix pour de bonnes et de mauvaises raisons à la fois. Et puis j’ai eu l’opportunité d’intégrer le Graduate Program du leader de trading Cargill.

J’ai passé l’entretien où l’on m’a dit que chez dans cette boîte on pouvait changer le monde car on le nourrissait, et qu’ici le trading était éthique et différent. J’ai signé et je n’en suis sorti que 10 ans plus tard… avec un salaire multiplié par 10 après avoir gravi les 5 échelons qui me séparaient du poste de trading manager du complexe dans lequel je m’étais spécialisé.

Il n’y a rien de remarquable dans ce parcours. C’est le parcours d’un soldat travailleur et dédié à sa boîte. Il fallait serrer les dents et regarder devant. Il fallait tenir plus longtemps que les autres, c’est tout !

Puis, il y a eu la promotion de trop qui m’a fait réaliser que je n’avais plus rien à me prouver dans ce domaine. J’ai eu le job pour lequel j’étais rentré dans cette boîte 10 ans plus tôt, mais il m’a rendu moins heureux que je ne l’aurais imaginé. J’avais fait mon premier tour de piste, et l’envie d’en faire un deuxième a été atomisé par la naissance de notre fille.

C’est là que les questions ont amené des certitudes. « C’est quoi ton travail papa ? Il est gentil ton travail ? ». On racontera quoi de notre vie à nos petits-enfants ? C’est pour quand ta promesse de monter cette boîte ?

J’ai repensé ma vie. Faire ce qu’on aime. Contribuer au monde à sa manière. J’ai démissionné au retour des vacances d’été 2017 avant même d’allumer mon PC.

Au départ, comment as-tu eu l’idée de ton projet ?

En 2011, à la fin de mon Graduate Program et avant de me lancer dans des années de boulot acharné, j’ai décidé de traverser la France en courant. Et d’en établir le record, en 15 jours pour 1150km.

J’avais envie de faire quelque chose d’hors norme, d’extraordinaire

Suite à cette aventure j’ai répondu à de nombreux mails et lettres de personnes cherchaient des conseils pour réaliser de les « projets de vie ». Des projets qui les rendraient « pleinement épanouis »… Mais j’étais persuadé, en les lisant, que 99% ne les réaliseraient jamais, cachés derrière des peurs déguisées en excuses.

Un sentiment de révolte m’a envahi et assez vite je me suis promis de lancer une « life-changing experience agency » pour aider tout à chacun à réaliser le rêve de sa vie sur cette planète. En consultant la base de données des rêves j’ai vite compris qu’il se rangeaient en 3 groupes : les traversées de continents, océans, ou chaînes de montagne, les expériences de survie seul face à la nature, et enfin l’immersion dans des communautés reculées de la planète. Ce n’est pas exhaustif mais cela reflète probablement 80% des réponses collectées.

La cible de clientèle étant trop large, j’ai écarté l’immersion dans les communautés reculées pour me concentrer sur les expéditions extrêmes. Pour vivre une expérience puissante et unique, responsabilisante, marquante et forte, il fallait ajouter un concept qui fait aujourd’hui toute notre différence sur le marché du voyage d’aventure : le self-guided. Pas de guide, vous et vos copains, votre mari, votre femme ou vous tout seul. Génial mais dangereux. Il fallait les former sérieusement avec des guides, des coachs fitness et des psychologues. C’est comme ceci que j’ai eu l’idée d’ajouter une Ecole de l’Exploration en amont. Explora Project était né.

Quelles ont été les étapes de la création de ton entreprise ?

La relecture des carnets des 7 années passées m’a déjà pris quelques semaines ! Puis voici les étapes par lesquelles je suis passé

  • Tout d’abord la recherche d’une équipe pour la première expédition de reconnaissance en Islande (traversée intégrale nord-sud) que je voulais faire vite pour me rendre compte de ce que j’allais demander à nos clients – explorateurs !
  • La conception de deck pour les pitchs investisseurs et partenaires/équipementiers (nous avons signé vite Hilleberg, Petzl, Expedition Foods et TSL Outdoor) est venue juste après
  • La recherche de prestataires pour réaliser nos programmes et weekends de formation (rafting, alpinisme, survie, kite ski…)
  • La création de la structure juridique en SAS à Annecy
  • Les pitchs pour rentrer en pépinière/incubateur
  • La recherche d’un organisme de garantie financière et d’une responsabilité civile professionnelle pour pouvoir être immatriculés Agent de Voyage. Étant donné le caractère risqué de notre concept, ce fut une période assez intense et difficile !

La clôture du 1er tour de table à 200k€ 4 mois après ma démission et un mois après l’immatriculation fut le vrai 1er succès.

L’expédition en Islande fut également un succès et le film documentaire a créé la planche d’appel pour fédérer une communauté de passionnés d’outdoor avec un mindset différent, courageux… et qui ne se posent pas trop de questions ! Les vrais quoi 😉

Tu as fait le choix d’être incubé : Pourquoi ? Comment ça se passe ? Est-ce que tu le conseillerais ?

Il me semble essentiel d’être accompagné pendant la période de lancement. Être accompagné par des compétences techniques et des connaissances du marché concerné. Une fois le choix d’Annecy réalisé, on a choisi d’intégrer l’Annecy Base Camp, incubateur des start-ups du sport et de l’outdoor de la région Rhône-Alpes. Je suis ravi que nous ayons été acceptés après quelques pitchs devant les élus et dirigeant du réseau Entreprendre.

Après quelques mois, la valeur ajoutée saute déjà aux yeux : une aide à la stratégie, de nombreuses synergies avec d’autres startups de l’incubateur, une mise en commun des achats et commandes diverses de bureau et d’événementiels, un réseau de spécialistes et de partenaires ou clients potentiels, et une ambiance de bureau avec 50 collègues jeunes sympas et super bosseurs, incluant le tournoi de ping pong et la Bière du jeudi soir ! Être bien dans son job, c’est aussi ça !

As-tu une équipe ?

Aujourd’hui nous sommes 3 et bientôt 4 ! Camille, coordinatrice expédition et chargée de communication. J.C, ancien des forces spéciales, expert terrain et conseiller technique. Je suis en contact avec 2 candidats pour un poste de business developer à partir de janvier prochain.

Il est clair que notre projet est très opérationnel et ne se fera qu’avec des experts terrain également câblés pour comprendre les enjeux commerciaux et stratégiques d’une jeune start-up / agence de voyage. Leur point commun à tous est d’être des personnes courageuses !

Quel est le plus gros challenge pour toi dans cette aventure entrepreneuriale ?

Au delà de toutes les préoccupations classiques d’un entrepreneur qui débute (levée de fond, dilution, gestion du cash, création de chiffre d’affaires récurrent, stratégie efficace de captation client), j’y ajouterais de ne pas micromanager, ne pas considérer le projet comme étant mon bébé !

Il faut faire confiance dès le début, favoriser cet esprit entrepreneurial dans l’équipe et partager le projet, le rendre commun surtout dans les réussites !

Enfin, faire adopter et comprendre notre vision du marché du voyage d’aventure entre les géants du secteur est aussi un challenge de taille. Le duopole existant laisse peu de place aux nouvelles initiatives, mais nous y arriverons j’en suis sûr !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui rêve de poser sa dem’ ?

Comprendre toutes les conséquences de cette décision (salariales, morales, relationnelles…) et mesurer leurs impacts dans ta vie.

T’assurer d’avoir un projet pour la suite assez bien structuré, pas forcément abouti mais déjà une roadmap qui donne les grandes lignes.

Ne pas démissionner pour fuir mais pour construire. Prendre le temps qu’il faut.

S’assurer que le départ se ferait dans de bons termes avec ton employeur, « qui sait peut être qu’un jour je reviendrai » ?

Discuter de tout cela avec tes plus proches amis et ta famille. Écouter leur avis. Ajuster le plan au besoin.

Se demander quelle contribution tu veux apporter à la planète, te demander si tu es celui ou celle que tu veux être.

Ne pas avoir peur.

Poser ta dem’.


Que retenir de l’expérience de Stanislas ?

  • Ne pas poser sa dem’ pour fuir, mais pour construire un projet viable et structuré avant de se lancer
  • Etre accompagné pendant la période de lancement via un incubateur ou une structure spécialisée pour les entrepreneurs
  • Construire une équipe solide dès le départ en évitant le micro management
  • Se poser les bonnes questions et bien s’entourer avant de prendre sa décision

 

 

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