Jean-Christophe : Il a créé l’Archipel du Vivant après une carrière dans les RH

Après une carrière dans les Ressources Humaines, Jean-Christophe Anna a eu une prise de conscience, il a radicalement changé de vie et a créé l’Archipel du Vivant. Dans cette interview, il nous parle de son parcours, de ses projets, de son livre et nous donne sa vision de l’avenir et des conseils pour s’y préparer. Bonne lecture ! 


Bonjour Jean-Christophe, raconte-nous ton parcours en toute transparence ? 

J’ai débuté ma vie professionnelle en entreprise sur un poste d’Adjoint DRH pendant un stage de 6 mois à la sortie de mon 3ème Cycle Audit et Management des Ressources Humaines à l’ISC Paris. Puis, après le départ de la Directrice des Ressources Humaines, je me suis retrouvé propulsé Responsable RH. Mon champs d’intervention était large et comprenait notamment le recrutement et la gestion de carrières pour un groupe de 250 personnes. Puis, je suis devenu Consultant en Outplacement pour le Cabinet BPI à Paris. J’accompagnais alors des personnes licenciées suite à un Plan de Sauvegarde de l’Emploi ou une transaction professionnelle (la rupture conventionnelle n’existait pas encore). C’est à ce moment-là, en 2004 que j’ai découvert les réseaux sociaux professionnels Viadeo – Viaduc à l’époque – et LinkedIn grâce à l’expert français du networking, Hervé Bommelaer. Ensuite, j’ai été « chasseur de têtes » pendant 2 ans, puis je suis repassé du côté de l’accompagnement à la transition professionnelle à l’Apec. J’ai alors pu expérimenter avec chaque casquette (recruteur et « coach » de candidat·e·s) ces formidables outils en explorant l’ensemble des fonctionnalités et en imaginant comment elles pouvaient être utiles pour trouver des candidat·e·s, les approcher ou les attirer, mais aussi de l’autre côté comment se renseigner sur une entreprise ou interpeller un·e recruteur·euse.

Comment résumerais-tu ton aventure entrepreneuriale avec #rmstouch ? 

Une formidable aventure humaine ! Lors de la création de l’entreprise en 2011, nous étions des pionniers dans l’utilisation des médias sociaux – LinkedIn, Viadeo, Twitter, Facebook, YouTube – pour optimiser l’efficacité du recrutement des entreprises et des cabinets de recrutement. Nous avons inspiré par nos écrits et nos événements (#rmsconf) toute une génération de recruteuses, de recruteurs et de professionnel·le·s du marketing employeur. Nous avons été les premiers à parler de recrutement mobile, d’utilisation de l’IA et du Big Data… Pendant 8 ans, nous avons cultivé notre singularité : rigueur et audace, exigence et passion avec toujours un petit grain de folie et un coup d’avance !

Quelle était ta mission avec #rmstouch ?

Ma mission était de partager ma vision prospective de l’évolution de la relation recruteur, de sentir avant tout le monde comment les dernières innovations dans le domaine du tourisme ou de la rencontre amoureuse pouvaient un jour être transposées dans le domaine du recrutement et de l’attractivité des talents. Et il se trouve que j’ai souvent vu juste. 😉 Mon livre « Recrutement : du papier au robot » propose un regard sur l’évolution de cette relation entre 1995 et l’arrivée des sites emploi ou jobboards et 2025. La même philosophie animait notre grand événement annuel #rmsconf. Chaque année, je faisais intervenir des anthropologues, des sociologues, des philosophes, des prospectivistes, très éloignés monde du recrutement, qui venaient ouvrir le champ des possibles.

Quelle est ta mission aujourd’hui ?

Préserver les conditions d’habitabilité de notre planète afin de sauver la vie sur Terre ! Cela peut paraitre prétentieux ou complètement barré, mais c’est à mes yeux la seule et unique mission que nous devrions toutes et tous embrasser. Selon moi, la situation est particulièrement critique, catastrophique, dramatique, bien plus grave que ce que disent les scientifiques, le GIEC ou les médias. Notre civilisation thermo-industrielle, extractiviste-productiviste-consumériste-déchetiste est une méga machine d’annihilation du vivant.

Tu dis que tu es « devenu un citoyen super engagé » en 2017. Pourquoi ? Quel a été le déclic ?

J’ai amorcé un changement de vie pour le moins radical il y a 4 ans à la suite de mon burnout. Je me suis recentré sur mes besoins et je me suis désintoxiqué des joujoux de notre époque. J’ai aussi modifié mon rapport au temps et questionné mon rôle sur Terre. Progressivement, j’ai adopté un régime végétarien puis un mode de vie vegan. Je me suis aussi détaché du superflu pour devenir minimaliste. J’ai décidé de ne plus prendre l’avion, de bannir complètement le plastique sous toutes ses formes.
Le burnout a été un premier déclic. Le second fut la découverte de la réalité de l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle via la web-série NEXT de Clément Montfort et le livre « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Ce livre m’a permis de comprendre que toutes les pièces déjà en ma possession – l’anéantissement du vivant, le dérèglement climatique, l’explosion des inégalités sociales, le caractère hors-sol de notre monde obnubilé par la croissance infinie, l’emprise des multinationales sur le fonctionnement du monde… – formaient un puzzle, celui de notre société mondialisée aussi extraordinairement complexe que formidablement vulnérable.

Tu t’es engagé dans plusieurs projets en parallèle de ton entreprise #rmstouch. Peux-tu préciser quels étaient ces projets ?

En effet, en 2017 j’ai commencé à m’engager sur plusieurs projets citoyens : la création d’un premier site web « 2017-2027 : 20 ans pour tout changer », la participation active à la création d’un écolieu à Strasbourg (L’EurOasis), le lancement d’un projet « Strasbourg GO » pour mobiliser les Strasbourgeoises et Strasbourgeois sur les vrais enjeux des années à venir, le lancement du site web « Effondrement & Renaissance » pour éveiller les consciences sur l’effondrement de notre civilisation.

Comment as-tu géré toutes ces activités en parallèle ?

J’ai tout simplement choisi de dédier une partie de plus en plus importante à ces projets. J’en éprouvais le besoin car j’étais de moins en moins aligné avec mon activité professionnelle principale puisque les clients de #rmstouch étaient à l’origine des problèmes que je dénonçais.

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Pourquoi as-tu pris la décision de liquider #rmstouch ? Comment cela s’est-il passé ?

Ce problème d’alignement entre mes intuitions, convictions et préoccupations d’un côté et la triste réalité d’un monde qui court à sa perte de l’autre fut décisif. Je savais que tôt ou tard, il fallait que j’arrête complètement cette activité qui d’une manière ou d’une autre participait à la méga machine. Je ne voulais plus être un rouage de cette grande entreprise collective de destruction massive du vivant. Et comme il se trouve que l’exercice 2018 n’a pas été bon, les premiers mois de l’année 2019 furent tendus car le trou à combler était important. J’ai failli vendre #rmstouch, mais finalement j’ai été dans l’obligation de liquider l’entreprise après avoir réussi le tour de force de rétribuer tous mes associés et collaborateurs freelances qui avaient serré la ceinture pendant les 6 premiers mois de l’année, les salarié·e·s ayant toujours été payé·e·s. Tant mieux ! Cette liquidation fut un vrai soulagement. Enfin, j’allais pouvoir me consacrer à 100% à ma nouvelle vie ! 

Estimes-tu avoir « changé de vie » depuis cette décision ?

Non, puisque ma vie avait déjà bien changé depuis 2-3 ans. La seule différence avec avant la liquidation, c’est que je me suis retrouvé sans aucune rémunération. Eh oui, un entrepreneur comme moi ne touche aucune indemnité ASSEDIC alors que j’ai créé plusieurs emplois et rétribué une dizaine de personnes pendant plusieurs années. Je vais vivre les 7 prochaines années sur un petit capital. Mon moteur n’a jamais été l’argent. Je dédie désormais ma vie au bien commun.

Que fais-tu exactement aujourd’hui ? En quoi consiste ton projet L’archipel du Vivant ?

En début d’année, alors que je mettais la dernière main à mon livre, une candidate sans étiquette m’a tendu la main et m’a donné carte blanche afin que j’écrive la partie écologie et résilience face aux risques systémiques du programme de la liste citoyenne qu’elle conduisait pour les Municipales à Strasbourg. Dans la foulée, en mars dernier, j’ai initié notre grand projet « L’Archipel du Vivant ».

Son ambition est triple : partage, résilience, émancipation !

La première étape consiste à rassembler, agréger, réunir toutes les informations utiles pour changer de vie, découvrir toutes les alternatives au système dominant actuel et comprendre les grands enjeux de notre temps. Sur le site web nous proposons des annuaires (écovillages, ZAD, fermes bio…), des fiches pédagogiques (c’est quoi la démocratie, la résilience, l’effondrement, le municipalisme libertaire, la permaculture…), des kits pratiques (comment organiser une résilience individuelle, familiale ou collective, comment faire le grand saut pour changer de vie, comment se débrancher du système…), mais aussi toutes les formations pour acquérir les compétences clés du XXIème siècle : permaculture et agroforesterie, low-tech, art de vie sauvage, communication non violente, gouvernance partagée, formes alternatives d’éducation, compréhension des grands enjeux de notre époque…

La deuxième étape a pour objectif de développer la résilience locale entre les initiatives alternatives existantes dans les territoires (écovillages, villages engagés sur la voie de l’autonomie alimentaire et/ou énergétique, tiers-lieux, ZAD, fermes bio, recycleries et ressourceries, écoles alternatives, coopératives, monnaies locales…). Nous souhaitons co-construire avec ces « ilôts » une résilience collective à l’échelle de bassins de vie, de terroirs, de pays, les biorégions. Il s’agit de bâtir une résilience globale pour faire face aux chocs systémiques liés à l’effondrement : rupture d’approvisionnement alimentaire, stress hydrique, black out électrique, pénurie énergétique, incident climatique grave, épidémie véritablement meurtrière (pas comme le Covid-19), énorme krach boursier, arrivée brutale de migrants externes et internes (l’exode urbain sera massif) qu’ils soient bien ou mal intentionnés, catastrophe industrielle (centrale nucléaire ou site Seveso). Cette résilience doit donc être hydrique, alimentaire, énergétique, sanitaire, sécuritaire, économique, financière et forcément politique et sociale.

Enfin, la troisième étape consiste à nous appuyer sur ces bases afin de créer des micro-sociétés locales auto-gérées sur le principe du municipalisme libertaire de Murray Bookchin, aujourd’hui expérimenté au Rojava (territoire kurde en Syrie). Ces micro-sociétés pourraient dans un second temps se réunir en confédération (confédéralisme démocratique) pour faire émerger une société nouvelle qui prend soin du vivant, sans aucun rapport de domination, et réellement démocratique ! Si nous réussissons cet incroyable défi, il faudra encore que d’autres rebelles s’inspirent de notre expérimentation pour créer d’autres sociétés alternatives un peu partout sur le globe.

Tu publies un livre. Peux-tu nous en parler ?

L’objectif de mon livre « Le climat n’est pas le bon combat ! » est de bousculer les idées reçues sur le climat qui serait l’urgence de notre temps, le danger absolu. J’ai volontairement choisi ce titre provoc pour titiller les « climato-addicts », écologistes d’EELV et militant·e·s du mouvement climat. Mais aussi pour rappeler que nous n’avons plus le temps de nous tromper ni de combat : la vie, le vivant et non le climat qui n’est pas en danger ; ni de moyen : il est impossible de changer le système dominant actuel, vicieux, vicié, vérolé, verrouillé et viscéralement destructeur, il nous faut changer DE système, inventer nos propres règles ; ni d’objectif : la transition n’a jamais commencé et elle est aujourd’hui purement énergétique alors que c’est d’une révolution dont nous avons besoin. C’est à nous, citoyennes et citoyens, d’écrire ensemble un nouveau récit pour sauver la vie (ce sera le titre de mon prochain livre, la suite).

En préservant les conditions d’habitabilité de notre planète et en sauvegardant le vivant, le problème climatique se résoudra naturellement, enfin le réchauffement sera limité. En revanche, en s’attaquant uniquement et exclusivement au climat, au symptôme, il est tout à fait possible de poursuivre la destruction du vivant.

Je présente également dans ce livre les 12 dominos étroitement imbriqués de l’effondrement et les 12 raisons de notre incroyable inertie. La fin du livre est dédiée à la déconstruction des fausses solutions actuelles, des impasses que sont les énergies « propres », la croissance « verte », le développement « durable », l’économie « circulaire » ou la « neutralité » carbone.

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui veut se reconvertir en s’engageant dans l’écologie ?

De commencer par faire un tour sur des sites de ressources et de ne pas se tromper de combat.
Le temps est désormais compté et nous n’avons plus le luxe de disperser nos énergies !


Que retenir de l’expérience de Jean-Christophe ?

  • Avoir une activité en accord avec ses valeurs et sa vision de la vie est essentiel, c’est une des conditions de votre épanouissement professionnel (mais aussi personnel).
  • Prenez le temps de faire une introspection profonde pour définir ce que vous souhaitez dans votre vie et réfléchissez aux moyens nécessaires pour y parvenir.
  • Si vous souhaitez lancer un projet dans l’écologie, rapprochez-vous d’organismes existants. C’est un bon moyen de rencontrer des personnes qui pourront vous aider et développer votre projet pas à pas en étant certain.e qu’il aura un impact.

Vous pouvez retrouver Jean-Christophe, qui a créé l’Archipel du Vivant, sur le site Internet de l’Archipel du Vivant, sur le site web d’Effondrement & Renaissance, le site web de Strasbourg GO, sur Facebook, sur Twitter et sur Linkedin.


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