Jean-François : Il a publié un roman et est devenu entrepreneur dans l’écriture

Après 20 ans à alterner entre enthousiasme et ennui, Jean-François s’intéresse à la psychologie humaine et écrit son premier roman. Aujourd’hui, il souhaite accompagner les individus ou les collectifs dans l’écriture de leur propre aventure personnelle et professionnelle. Dans cette interview, il explique son parcours, comment il a publié un roman et parle des difficultés traversées lors de sa reconversion.


Bonjour Jean-François, raconte-nous ton parcours en toute transparence ! 

Roman dont je suis le héros, chapitre 1

Mon roman professionnel commence en secondaire, option latin-mathématique. J’aime observer, analyser, structurer, chercher des solutions, mais également écouter les gens raconter ce qui se passe dans leur vie. Leurs histoires me passionnent.

Roman dont je suis le héros, chapitre 2

Au moment de choisir ma carrière et les études qui y mèneront, je ne sais pas encore trop ce que je veux faire. Je fais alors le choix de papa, ou plutôt, celui de suivre son exemple et je me lance dans des études de gestion, pour m’ouvrir de nombreuses portes.

A la sortie des études, un premier choix s’impose pour ouvrir le prochain chapitre.

Roman dont je suis le héros, chapitre 3

Comme dans tout bon roman dont vous êtes le héros, je passe à la page indiquée et je rejoins une société spécialisée dans l’analyse et le conseil à l’amélioration des processus. Je m’enthousiasme pour cette nouveauté et je monte sur des projets qui nourrissent ma curiosité. Toutefois, la nouveauté à un temps et je m’éteins rapidement face à la répétition des journées. Je me renferme sur moi et suis licencié. Mauvais choix! Retour à la page sortie des études.

Roman dont je suis le héros, chapitre 4.

Première expérience, mauvais choix.

Je rebondis en suivant une formation certifiante sur un système ERP connu. A la suite de cette formation , je travaille pendant un an dans une société industrielle en tant que support aux utilisateurs. Boosté par la nouveauté et ce nouvel environnement, je ne tarde pas à m’éteindre à nouveau. En outre, j’y adapte mes horaires en fonction de mes envies, sans tenir compte du cadre très serré. Mon contrat n’est pas prolongé.

Deuxième expérience ratée, je retourne à la case sortie des études.

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Roman dont je suis le héros, chapitre 5

Finalement, je crois que je suis un peu borné. Je décide de suivre une formation dans le domaine de la qualité. J’y retrouve l’analyse et le conseil à l’amélioration des processus en tant qu’externe dans le secteur bancaire et les technologies de l’information. Je conseille pendant 5 ans des personnes qui en connaissent bien plus que moi sur le sujet. Je brasse du vent sans déborder d’énergie. J’ai comme priorité d’assurer une rentrée d’argent pour la famille qui se crée et s’agrandit.

Afin d’assurer encore plus mon sentiment de sécurité, je quitte le privé pour entrer dans le secteur public où j’espère avoir un impact sur la vie des chercheurs d’emploi. De plus, je crois fortement dans les valeurs véhiculées par le service public. Je suis lancé sur une voie que je pense ne jamais quitter.

Pendant deux années, je me donne au maximum pour aborder cette montagne de nouveautés qui se dresse devant moi. Je conçois une base de référence qui fait le lien entre les différents systèmes de l’organisation. Et je m’amuse à travailler sur les connexions qui les soutiennent.

Après quelques temps, la nouveauté fait place aux journées qui s’enchaînent de répétitions en répétitions. La routine s’installe. Je suis profondément déçu du manque d’impact de mes activités sur les personnes en recherche d’emploi. Je m’éteins rapidement et pour longtemps.

Le cerveau est à plat, quelques soubresauts quand des projets m’interpellent mais bien peu souvent.

Pour l’instant, c’était le chapitre le plus long de mon roman pro. Celui-ci me parait peu passionnant à lire, mais tout autant à écrire. Et ça se ressent.

Roman dont je suis le héros, chapitre qui change tout.

Au passage de la quarantaine, je suis rattrapé par une immense vague de remises en question identitaires. Depuis le début de ma carrière professionnelle, il me manque la dimension humaine. Je me fixe l’objectif de changer de carrière pour mes 45 ans. Que vais-je faire ? Je n’en sais rien. Quelle route vais-je prendre ? Je n’en sais rien non plus.

Je m’intéresse de plus près à la psychologie. Deux choix se présentent : reprendre des études, ou me former au coaching. Parce que reprendre 5 ans d’études à 40 ans me semble une montagne et après avoir testé quelques séances, je me forme. Avec l’accord de mon employeur, je m’absente deux jours par mois pour suivre cette formation avec l’envie et l’espoir de pouvoir en faire bénéficier mon employeur.

Pourquoi as-tu quitté ton job ? 

La crise identitaire que j’ai vécue a profondément modifié mon système, mes croyances et mes repères. Je ne me retrouve plus dans la fonction que j’occupe. Je ressens un profond ennui lié au manque de nouveautés et à la routine qui s’est installée depuis 10 ans. J’ai l’impression de tourner en rond, de recommencer le même cycle tous les 3 ans, sans impact réel sur la vie des gens. Je n’y vois plus de sens.

J’ai envie de mettre l’humain au centre de ce que je fais au quotidien. Même si j’hésite fortement car j’ai une situation plutôt confortable, tant financièrement qu’au niveau de l’organisation de mon temps.

A force de résister, au bout du troisième cycle de 3 ans, mon corps et ma tête me lâchent. Epuisement professionnel, dans la version Brown out (épuisement par manque de sens) et Bore out (épuisement par l’ennui). Mon arrêt maladie se prolonge et je ne parviens plus à mettre un pied dans l’organisation, ni à me repositionner. En définitive, j’obtiens finalement une rupture conventionnelle.

En parallèle, et à la suite des nombreuses lectures que je fais sur la manipulation, les nouvelles formes d’enseignement, la neurodiversité, l’agoraphobie et j’en passe, j’imagine la vie de personnages que je décide de faire vivre sur papier. Je me mets à l’écriture de mon premier roman. Après deux ans, et en même temps que mon aventure chez mon employeur, je publie un roman !

Ce projet d’écriture m’a enthousiasmé dès la première ligne que j’ai écrite jusqu’au point derrière le mot FIN.

Comment as-tu trouvé ta nouvelle voie ? 

J’ai ressenti le besoin d’explorer l’humain dans sa complexité. Je souhaite pouvoir aller à la rencontre des  personnages de mes romans, me plonger dans leur vécu, me mettre à leur place, pouvoir exprimer leur ressenti. Ce que je fais dans mon roman.

Par après, je me suis dit que tout un chacun a sa propre histoire et en est le personnage central. Je propose de les aider à déposer sur papier leurs résiliences , ou de l’écrire pour eux. Pour leur permettre jeter un regard sur leur parcours, leur donner la confiance pour mener à bien leur projet ou ce qui est important pour eux.

Comment s’est passé ton départ ? 

Je suis en arrêt pour maladie quand la rupture a lieu. Mon départ se passe dans l’anonymat. Je ferme la porte sur dix ans de vie en me disant que l’avenir est devant moi.

Aujourd’hui, j’ai très peu de contact avec les personnes croisées pendant les 20 premières années de ma carrière professionnelle. Par peur d’être jugé pour les avoir plantés là.

Une déception ? Sans doute.

Comment ont réagi tes proches ?

Jour après jour, ma compagne m’a vu m’enfoncer pendant des années, et a accepté ma décision, même si j’ai quitté une sécurité financière pour m’envoler vers l’incertitude.

Malgré leur peur de me voir sans emploi, mes parents m’ont aussi soutenu. C’est surtout compliqué pour mon père qui a mené toute sa carrière dans l’informatique pour des institutions bancaires et qui ne comprend pas que je quitte cette sécurité.

J’effectue un virage à 180°. C’est très perturbant. En effet, comment faire comprendre en outre mon incapacité physique à retourner dans les méandres de cette carrière que j’ai construite?

Comme certains l’ont souligné, ma décision est courageuse. Même si pour moi, à certains moments, ça frôle l’inconscience.

As-tu des enfants ? Si oui, comment as-tu géré ta vie de papa et ta reconversion en parallèle ?

Ma compagne et moi avons reconstitué une famille de cinq enfants, présents une semaine sur deux.

La semaine où tous sont à la maison, je m’occupe au maximum de l’organisation familiale, et je profite des moments libres pour bosser sur ma reconversion.

Les semaines où ils ne sont pas là, c’est à 100% sur mon projet. Pour qu’il puisse décoller rapidement.

Raconte-nous les débuts de ton parcours entrepreneurial !

Après quelques mois à réfléchir sur l’orientation à donner à mon activité, j’ai, sur les conseils d’une coach en reconversion, cherché à combiner mon plaisir et ma facilité d’écrire avec l’envie d’accompagner les gens en transition personnelle et professionnelle.

Je suis accompagné par une structure de soutien aux entrepreneurs. J’y apprends beaucoup et je peux échanger avec d’autres personnes qui se lancent. Pour tester mon projet, je bénéficie de l’intelligence collective pour tester mon projet et pour le faire pivoter au fur et à mesure des remises en question. La pandémie a malheureusement réduit l’effet positif de la collectivité.

En quoi consistent tes activités aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, je souhaite permettre aux individus ou aux collectifs que j’accompagne d’écrire leur propre aventure. En les mettant au centre de leur projet, en leur permettant de mieux se connaître individuellement ou collectivement afin d’avancer sur le chemin qui se présente devant eux et de pouvoir affronter obstacles et tempêtes.

Je peaufine mon offre de service, je l’éclaircis, je la diversifie pour toucher la cible qui me permettra de décoller. Pour me faire connaître, en publiant sur les réseaux sociaux des portraits romancés inspirés de podcasts que j’écoute. J’améliore mon site. Je témoigne de mes expériences et de mon vécu.

Je contacte les personnes qui proposent les mêmes activités que moi ou celles avec qui je pourrais collaborer, pour échanger, connaitre leur parcours, les difficultés qu’ils ont rencontrées et voir si des convergences sont possibles. J’élargis mon réseau.

Et j’écris, un maximum, pour retrouver ce qui me fait vibrer. Je dépose mes mots sur l’histoire des autres.

Comment as-tu géré la transition financièrement ?

Nous avons vécu sur nos économies, et sur le salaire de ma compagne. En même temps, j’ai la chance de pouvoir bénéficier des allocations de chômage.

Maintenant, l’aspect financier est ce qui me fait le plus peur. Ce qui me fait douter de la voie dans laquelle je m’engage et qui me fait régulièrement penser à retourner dans ma zone de confort, qui m’est devenue très inconfortable.

Quelles sont les difficultés d’une reconversion selon toi, et comment les dépasser ?

  • Maintenir le cap envers et contre tout, envers ceux qui veulent notre bien selon leur propre vision et nous conseillent de retrouver le plus rapidement possible un ‘vrai’ travail.  Il est important quand le doute s’installe ou quand les questionnements extérieurs viennent nous ébranler d’avoir autour de nous des personnes qui croient en notre projet et qui vont nous remettre sur les bons rails.
  • Eviter de jeter tout ce qu’on a construit avec l’eau du bain. Quand j’ai quitté ma voie, je ne voulais plus faire ce que je faisais avant et j’ai mis de côté toutes les compétences que j’avais acquises. Or, ces compétences, utilisées dans un autre environnement, pour une autre finalité, font partie de nous et sont essentielles. L’important est de trouver un projet qui fait sens pour nous et qui peut faire le lien entre ce que nous avons développé dans le passé, nos talents innés, nos envies, nos valeurs.
  • Le sentiment d’imposture et d’illégitimité quand nous souhaitons nous lancer est un frein énorme. Comme nous redémarrons de zéro, parce que nous sommes novices et que d’autres sont peut-être meilleurs que nous. Prendre des risques, faire des erreurs, se tromper et apprendre de ces erreurs pour se réaligner sur notre objectif et ce pourquoi nous mettons en place notre projet. N’oublions pas que nous avons des compétences développées tout au long de notre carrière qui peuvent nous être utiles dans notre projet. Nous ne partons pas de rien.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite entamer une reconversion ?

  • Prendre régulièrement le temps de dresser un bilan pour bien se connaître et vérifier qu’on est toujours à la bonne place pour éviter, si possible, le mur de l’épuisement professionnel.
  • Connaître ses compétences, mais aussi et surtout ses talents, ses passions, ce qui lui donne envie de se lever le matin.
  • Oser prendre le risque de changer, de sortir de sa zone de confort pour trouver sa voie.
  • Se renseigner auprès de personnes ou d’entreprises qui fournissent un service analogue à celui qu’il souhaite développer. Ces personnes sont généralement ouvertes au partage d’expériences. Elles représentent une mine d’or pour ceux qui souhaitent se lancer.
  • Se faire aider par des structures ou des professionnels.
  • Croire en soi, en son projet, en choisissant d’autres chemins si nécessaire.
  • Profiter des rencontres qui se présentent sur son chemin pour échanger, confronter son projet et l’adapter.

Que retenir de l’expérience de Jean-François ?

  • Prenez le temps de vous connaître, de savoir ce qui vous anime.
  • Osez prendre un risque, persévérez.
  • Entourez-vous bien, de proches ou professionnels, qui vous feront vous remettre en question pour aller de l’avant.
  • Ce n’est pas parce que votre reconversion vous conduit vers un autre chemin que les compétences acquises jusqu’ici sont à jeter à la poubelle, au contraire ! Recyclez vos compétences et profitez de ce qu’elles peuvent vous apporter dans cette nouvelle vie professionnelle !

Vous pouvez retrouver Jean-François, qui a publié un roman, sur son site internet, sur Facebook ou sur Linkedin. Vous pouvez également lire son livre : ‘En chaîn(é)e’.


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