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Les surdoués et le monde du travail, entre adaptation et soif de liberté

Fanny nous parle les surdoués et le monde du travail

Nous avons tous une relation particulière au monde du travail. Mais il est une catégorie de population qui, du fait même de ses spécificités (mode de raisonnement, façon d’être au monde) peut éprouver davantage de difficultés à s’y adapter. Je parle des personnes surdouées qui représentent environ 2% de la population (QI>132). Voici quatre situations types issues de témoignages clients et d’observations empiriques sur les surdoués et le monde du travail.


Article invité rédigé par Fanny Marais


 Le salarié adapté ou le caméléon agile

Il semblerait que la situation la plus confortable pour les personnes surdouées soit celle où l’autonomie et la confiance avec le supérieur font partie du contrat. Il convient donc pour elles que ce supérieur ne soit pas trop hiérarchique, mais qu’il sache au contraire s’appuyer sur les forces de son N-1. La personne surdouée excelle, par exemple, bien souvent, dans des projets complexes, où une vision globale et stratégique est requise. Elle aime naviguer entre différents sujets transverses, car son esprit de synthèse lui permet de faire les bonnes connexions et lui évite par la même occasion l’ennui. Pour tuer ce dernier, certains hauts potentiels (HP) parviennent même parfois à slasher à l’intérieur de leur entreprise, c’est-à-dire à endosser des missions annexes à leur fiche de poste principal, comme l’explique Marielle Barbe, Coach, Conférencière et auteure du livre « Profession Slasheur ». Ils sont en effet très souvent en quête de challenges pour le plaisir du résultat et du travail bien fait.

Vous l’aurez compris, les surdoués sont souvent plus à l’aise dans des structures horizontales dont l’environnement est plus propice à leur développement professionnel.

A ce titre, les start-up peuvent parfois faire office d’eldorado pour eux. Mais attention à l’écran de fumée et à bien vérifier si la structure en question propose une réelle souplesse dans les conditions de travail !

Si ces facteurs de réussite externes ne sont pas tous réunis, certains HP parviennent néanmoins à s’appuyer sur leurs ressources propres. Cela peut être, par exemple, leur expertise qui les aidera à être reconnus au sein de leur entreprise sans être forcément obligés de passer par le jeu politique (« office politics »).

D’autres sauront faire preuve d’agilité en parvenant à ne pas dévoiler toutes leurs idées d’un coup et en les égrenant au fil d’un projet dont ils sont en charge par exemple. Oui parce que les surdoués pensent vite, parfois trop vite pour les autres salariés de l’entreprise qui vont pouvoir trouver leurs idées saugrenues alors qu’elles seront reprises ultérieurement par ces mêmes sceptiques ! Le psychanalyste et auteur Saverio Tomasella cite dans cette interview, ainsi que dans son livre « Ultrasensibles au travail », le cas de salariés qui ont su s’adapter finement, tels des caméléons se fondant dans leur environnement.

Certains iront même jusqu’à garder le silence (ou en tout cas devront apprendre à le faire parfois) face à des situations ubuesques comme le monde du travail sait en générer. Fabrice Micheau, spécialiste de l’accompagnement des transformations en entreprise et Coach expert des profils surdoués, explique dans ce Podcast comment il doit parfois les accompagner sur ce chemin du silence forcé.

Mais le risque n’est-il pas, in fine, de se « sur-adapter » ?

Le salarié contrarié ou l’albatros qui ne peut déployer ses ailes

Je rencontre malheureusement assez fréquemment des personnes à haut potentiel qui portent ce que l’on appelle un faux-self, sorte de carapace qu’elles se seraient forgée afin de se protéger, mais qui les empêche aussi parfois d’être en relation avec les autres salariés. Comment en effet ne pas faire semblant lorsque l’on a constamment l’impression d’être en décalage ?

Un exemple : les surdoués ont des facilités à imaginer le point d’arrivée d’un projet, ce qui va les pousser parfois à pointer les incohérences de certaines décisions qui vont à l’encontre de ce résultat. Leurs avis peuvent être très tranchés, ce qui va de pair avec leur degré d’engagement au travail. Je vous laisse imaginer la frustration que cela peut engendrer…

La personne concernée va alors avoir l’impression qu’il n’est pas possible de faire preuve d’honnêteté au bureau (ce qui est parfois le cas, ne nous méprenons pas !). Lorsqu’elle va partager cette impression, certains collègues ne la comprendront pas (ou préféreront adhérer au récit collectif corporate). De cette incompréhension naîtra alors un fort sentiment d’injustice.

Or, il n’est de valeur plus importante pour ces personnes que cette dernière. En aucun cas ils ne souhaitent la voir bafouée… ce qui peut donc pousser certaines d’entre elles, épuisées à force d’adaptation, à quitter le monde du salariat en entreprise afin de poursuivre leur quête de sens ailleurs.

L’indépendant : les débuts anxieux de la chrysalide

Cet ailleurs s’apparente la plupart du temps à une situation de travailleur indépendant. Si c’est votre cas, prenez garde de bien préparer cette transition, car elle n’est pas sans risque. En effet, j’ai pu relever trois écueils liés à ce changement de statut.

Premièrement, s’il est vrai que la plupart des HP sont introvertis, certains ont au contraire besoin d’un environnement social pour se ressourcer. Or, il n’est pas toujours aisé pour eux de ne plus avoir de collègues du jour au lendemain. Le risque de se sentir isolé est grand. Ils pourront néanmoins apprendre à pallier ce manque en rejoignant des groupes d’entrepreneurs, en travaillant dans des espaces de coworking ou encore en faisant du networking. Les occasions sont aujourd’hui innombrables grâce aux réseaux sociaux !

Le second écueil tient à la grande humilité du surdoué qui le voit parfois bien emprunté au moment de devoir « se vendre » (rien que le terme l’irrite !) auprès des entreprises pour réaliser des missions. Et quand parfois cette étape est surmontée, ce que j’appelle sa « candeur économique » vient le rattraper. La plupart des surdoués n’aiment en effet pas parler d’argent, car pour eux la « réussite » (s’ils acceptent d’utiliser ce vocable) n’a rien à voir avec des considérations économiques. Elle se rapproche davantage de la notion d’accomplissement personnel qui passe par tout un tas d’autres critères (alignement, sens…). Mais parfois la réalité économique peut les faire vaciller. Pour éviter cela, ils doivent apprendre à se protéger, à construire leur indépendance financière. Parfois même un accompagnement du type coaching est nécessaire pour essayer de déceler leurs croyances limitantes vis-à-vis de l’argent.

Dernier obstacle que j’ai pu constater : la tendance au perfectionnisme caractéristique de cette partie de la population. Ils ont le goût du détail et leur pensée systémique leur permet bien souvent de quadriller tous les aspects d’une situation. Mais cela les pousse parfois aussi à creuser outre mesure certains de leurs travaux.

Battons en brèche une idée reçue une bonne fois pour toutes : le perfectionnisme s’apparente plus à un défaut qu’à une qualité ! Car le perfectionniste ne sait pas s’arrêter. Il donne l’impression d’un éternel insatisfait. On peut tout à fait être consciencieux et vouloir bien faire son travail sans aller jusqu’à l’épuisement intellectuel… Et c’est bien le risque encouru par ces entrepreneurs qui ne parviennent plus à mettre de limites entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle, surtout s’ils travaillent de chez eux !

Et pourtant ! C’est là un des intérêts du statut d’indépendant : pouvoir moduler son investissement dans le travail.

L’entrepreneur comblé ou l’envol du papillon

Certains hauts potentiels l’ont bien compris et chérissent leur liberté retrouvée, une fois l’entreprise quittée !

Fini le métro – boulot – dodo qui n’a pas de sens pour eux ! Ils préfèrent suivre leur rythme biologique et doser leur intensité au travail en fonction de leur énergie dans la journée (ou plus tard dans la soirée pour les oiseaux de nuit !). Ils peuvent ainsi s’octroyer des pauses quand ils en ont besoin et non parce que c’est l’heure d’aller à la cantine avec les collègues !

Choix des horaires donc, mais aussi choix du lieu de travail. Certains vont décider de se rendre dans un espace de coworking, mais d’autres vont opter pour le travail à distance, depuis chez eux. Quel soulagement ne vont-ils pas ressentir de ne plus être obligé de supporter les collègues bruyants qui hurlent au téléphone, les odeurs diverses et variées dans les bureaux, les small talk à la machine à café ou autre promiscuité non désirée lors des séminaires d’entreprise par exemple..! Car il est nécessaire de préciser à ce stade que la plupart des HP (environ 90%) sont hypersensibles. L’hypersensibilité recouvre, entre autres, selon le psychiatre Dabrowski décédé en 1980, une hyperstimulabilité émotionnelle, mais aussi sensorielle. D’où les difficultés qu’ils ont parfois à travailler en open space, ce que certains ont du mal à comprendre, pensant que ce sont juste des « râleurs », alors qu’en fait ils sont hyperesthésiques et éprouvent donc une forte intensité sensitive.

Ceux que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin appelle les « zèbres » (allusion au camouflage des rayures, à leur unicité et au signe distinctif qu’elle représentent en comparaison des autres animaux de la savane) ressentent donc un fort soulagement à pouvoir choisir leur lieu de travail, mais aussi leur façon de travailler. S’ils ont opté pour un statut d’indépendant, ils ont toute liberté pour choisir les clients avec qui ils ont envie de travailler et varier les missions. Ils peuvent ainsi mettre en œuvre leurs divers talents, quitte à slasher ici de nouveau, pour s’accomplir via la pluridisciplinarité !

Mais d’ailleurs, y a-t-il des domaines dans lesquels les personnes atypiques sont particulièrement douées ? Disons que tout ce qui a trait à la relation d’aide leur réussit plutôt bien (médecin, coach, thérapeute…). Elles excellent aussi souvent dans les métiers de l’innovation, de la prospective, étant donné leur vision stratégique orientée changement. Elles sont aussi nombreuses à embrasser des carrières artistiques faisant appel à leur grande créativité.

Si elles ont conscience de leurs atypismes, les personnes à haut potentiel peuvent apprendre tôt ou tard à utiliser leurs talents à bon escient. Bien se connaître est la clé de leur épanouissement dans le travail. Pour cela, elles ont parfois besoin qu’on leur tende un miroir leur permettant de distinguer les contours de leur portrait singulier.


Vous pouvez retrouver Fanny, qui a écrit cet article intitulé Les surdoués et le monde du travail, sur LinkedIn


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