Pourquoi et comment je me suis reconvertie dans l’agriculture urbaine

Soucis de santé, quête de sens… Pour de multiples raisons, je me suis reconvertie dans l’agriculture urbaine. Après un an d’explorations et en plein Covid, j’ai décidé de me lancer en tant qu’entrepreneure et de proposer aux entreprises des visites guidées de fermes urbaines du Grand Paris. Récit de mes aventures !


Article invité rédigé par Anaïs Hamon


Tout allait si bien…

Mon parcours, jusqu’à une date très précise en février 2017, est celui de la bonne élève. Suite à un parcours scolaire réussi, j’occupe un poste en tant qu’analyste dans le génie climatique. Mélange d’études de marché, de commercial et de communication, mes missions sont variées, mon équipe dynamique et bienveillante ; sur le papier, j’ai donc tout pour m’épanouir.

Pourtant je ne me sens pas vraiment à ma place, sans réussir à poser le doigt sur la raison de ce décalage. Le malaise monte peu à peu mais je n’y prends pas garde : j’ai objectivement tout ce qu’il faut pour être heureuse. C’est en tout cas ce que mon côté rationnel me répète.

C’est là que tout s’effondre : je tombe brusquement malade et pendant quelques mois je ne dors quasiment pas, je mange à peine, sans savoir ce qui m’arrive. Puis le diagnostic tombe. On m’explique que j’ai la maladie de Crohn, une maladie auto-immune dont « on ne guérit pas ». Il va falloir vivre avec, au prix de traitements aux effets secondaires indésirables.

Je m’interroge : pourquoi ne traite-t-on que les symptômes de la maladie sans s’intéresser à ses causes probables ? Pourquoi un discours aussi pessimiste, qui prône le recours aux médicaments sans modifier son mode de vie ?

Quand on atteint le fond, il ne reste plus qu’à rebondir

Je prends alors une décision qui va changer ma vie : avec l’aide d’un naturopathe, je revois entièrement mon hygiène de vie, en particulier mon alimentation, mais aussi ma pratique sportive, mon sommeil… Un an plus tard les médecins n’en reviennent pas : je n’ai plus un seul symptôme ! Nous convenons alors conjointement d’arrêter tout traitement médical, et les années passant, je suis toujours en parfaite santé.

Comme je ne fais pas les choses à moitié, je conclus que mon métier peut aussi jouer sur ma santé. Je ne m’y sens pas alignée avec les causes que je défends dans ma vie privée, je ne m’y sens pas utile, et surtout, je ne perçois pas le sens de mes missions. Je me souviens avoir voulu très fort revenir au travail lorsque j’étais malade, mais davantage pour retrouver une vie « normale » et mes collègues que pour le travail en lui-même. Une fois devant mon ordinateur, l’épuisement reprenait le dessus immédiatement…

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La question qui tue : qu’est-ce que je veux vraiment ?

En parallèle des actions entreprises avec le naturopathe, je commence donc un parcours d’accompagnement de 6 mois avec l’association Primaveras, dans une « promotion » de 6 personnes qui partagent mes interrogations. Ce bilan vise à définir quel sens on souhaite donner à sa carrière et à construire un projet de reconversion. Contrairement à un bilan de compétences classique, on me conseille de ne pas uniquement lister mes connaissances et compétences. Ce qui importe, c’est qui je suis, moi. Quelles sont mes valeurs ? Dans quel environnement de vie suis-je la plus épanouie ? Quels étaient mes rêves d’enfant ? Sous quelles conditions je souhaiterais travailler (horaires, lieu, rémunération…) ?

On m’amène aussi à questionner toutes les croyances qui entourent ma vision du monde professionnel et à répondre à des questions telles que « pourquoi as-tu choisi tes études, ton métier actuel ? » ou encore « Quelle est ta vision de la réussite ? ». Peu à peu, je me rends compte que j’ai suivi un certain nombre d’attentes familiales et sociétales, sans me demander ce que j’aimais vraiment et quel type de vie j’aimerais avoir.

Je m’attèle alors à déconstruire toutes ces visions et à définir mes réelles aspirations. Au terme des 6 mois, mon but est de pouvoir répondre à cette question : qu’est-ce qui m’anime au quotidien ?

Je m’aperçois que j’ai un besoin très fort de sens et d’utilité : mon activité professionnelle doit être en accord avec mes convictions écologiques, sociales et de santé, et j’aimerais m’engager sur les questions de développement durable. Je cherche comment apporter ma pierre à l’édifice et grâce au regard extérieur de mes camarades de promo, les pièces du puzzle se mettent peu à peu en place : passionnée par les plantes depuis l’enfance, je suis convaincue des bénéfices que la nature peut nous apporter si on la réintroduit en ville, notamment en termes de qualité de vie et d’alimentation. C’est donc tout naturellement que je me suis reconvertie dans l’agriculture urbaine.

Le grand saut : comment je me suis reconvertie dans l’agriculture urbaine

Reste à définir un plan d’action. C’est bien beau de savoir dans quel secteur on veut travailler, mais encore faut-il y parvenir !

J’ai notamment besoin de connaître en détail quels sont les métiers de l’agriculture urbaine, quelles entreprises existent déjà et quels sont leurs besoins. Bien sûr, je fais face à énormément de peurs et de doutes : vais-je trouver un métier qui me correspond ? Est-ce que je serai qualifiée pour ce poste ? Le secteur étant très jeune, y a-t-il des débouchés ? Vais-je réussir à convaincre les recruteurs ? Ma rémunération sera-t-elle suffisante pour couvrir les frais de la vie parisienne ?

Pendant quelques mois, je tente de répondre à ces questions tout en conservant mon emploi d’analyste. Mais je réalise vite que je n’ai pas l’énergie nécessaire pour concilier les deux, et que le fait d’être toujours dans le même environnement professionnel me bloque psychologiquement pour me lancer entièrement dans ma reconversion. Du coup, je me jette à l’eau : je prends rdv avec mon manager avec une liste d’arguments longue comme le bras et je négocie une rupture conventionnelle !

La compréhension de mon manager me permet de partir l’esprit tranquille : avec deux ans de chômage devant moi, ma sécurité financière est assurée. Outre l’aspect pécunier, je me sens aussi libérée d’un grand poids : je ne vais plus perdre d’énergie dans la routine, je vais pouvoir me consacrer à plein temps à mon exploration, et même si je flippe grave, je pète le feu !

Et maintenant, je fais quoi ?

Une fois au chômage, je dois avouer que je suis prise d’un vertige : par où commencer ? Ne rien avoir de prévu dans mon agenda me perturbe aussi beaucoup. C’est à ce moment-là que je découvre Pose ta Dem’, et je prends note avidement de tous les conseils que je peux y trouver. Une mine d’or qui m’a beaucoup inspirée et rassurée !

J’y apprends notamment l’importance de structurer ses journées, qui se remplissent en fait très vite : lecture d’articles ou de livres spécialisées, MOOC, conférences, réseautage sur LinkedIn, rencontres de porteurs de projets, bénévolat, missions courtes dans le maraîchage ou encore en tant qu’animatrice dans des potagers… Je me mets aussi comme priorité de faire du sport, du yoga, de la méditation, pour calmer mon naturel anxieux et écouter les signaux de stress que mon corps m’envoie par moments.

Je retiens de cette période que le réseau est la clé. Interroger de multiples agriculteurs urbains sur leur métier m’a apporté énormément de choses :

  • Une meilleure connaissance du secteur, des métiers qui existaient déjà et surtout de ceux qui allaient apparaître.
  • Des expériences terrain : à la fin de chaque discussion, je proposais mon aide bénévole, et les porteurs de projet m’ont finalement offert de petites opportunités de missions rémunérées pour « me faire la main » !
  • Une compréhension des enjeux et besoins des agriculteurs, qui m’a donné l’idée de mon projet actuel.

Cette période d’expérimentation me permet aussi de mieux me connaître. Par exemple, je comprends peu à peu que j’ai l’âme d’une entrepreneure et pas d’une salariée, que j’aime avoir plusieurs métiers en parallèle (je découvre le terme « slasheur »). Ou encore, que gérer mon temps en toute liberté est d’une importance capitale pour moi.

Alors, ce projet ?

Après un an, je me connais et je vois de mieux en mieux quel rôle j’aimerais jouer dans l’agriculture urbaine. Et pourtant, la panique me gagne : quel est mon projet, exactement ? A cause du Covid, j’ai connu des difficultés (annulation de stage, report de formations à 2021…) et les idées de business qui me sont venues risquent d’être ralenties par la crise sanitaire qui repart à la hausse.

Mon naturel perfectionniste et anxieux reprend le dessus, et à trop vouloir définir parfaitement mon plan de vie tout en garantissant ma sécurité financière, je me bloque complètement. Vont alors se produire deux événements, qui vont complètement changer la donne.

Premièrement, je décide de m’accorder une pause. Certes, je suis au chômage depuis un an, mais je n’ai jamais été inactive et je n’ai pas pris de vacances. Pendant deux semaines, je pars au soleil avec mon compagnon en mettant tout de côté : mon projet de reconversion, le Covid, mes inquiétudes… Cette pause loin de tout me fait un bien fou, psychologiquement et physiquement. Je me sens revigorée et surtout, mon cerveau semble s’être vidé de tout ce qui l’embarrassait.

Une semaine après être rentrée, c’est le déclic : je vais organiser des visites guidées de fermes urbaines pour les entreprises, mon projet s’appellera DécouVerte Urbaine, et j’ai même l’idée du logo ! Je contacte quelques fermes ainsi que l’AFAUP (association française d’agriculture urbaine professionnelle) pour valider avec eux que je réponds à un réel besoin, et tous me poussent à foncer. Ils veulent même devenir mes premiers partenaires ! Novembre 2020, en plein confinement, je décide donc et malgré tout de me lancer. En optimiste, je pense que la vie reprendra son cours normal au printemps 2021 ; je peux donc tout faire pour être prête à ce moment-là.

Mais que répondre à la petite voix qui me murmure « et si tu ne gagnes pas ta vie rapidement ? ». C’est là que le ciel met sur ma route une superbe opportunité : mon ancien manager me propose de remplacer une collègue pendant son congé maternité durant 8 mois. Je négocie d’être à 80% et en télétravail complet, avec horaires souples. DécouVerte Urbaine devient donc mon side project, ce qui me semble idéal : je vais pouvoir tester mes idées tout ayant la garantie de payer mes factures !

En décembre, je suis sélectionnée pour être accompagnée par le pré-incubateur UP Factory. Pendant 6 mois, je vais bénéficier gratuitement d’ateliers, de formations, et d’un mentorat. C’est une grande fierté qui me donne de l’assurance : si un programme souhaite me soutenir, c’est que mon idée tient la route !

Tout de front

En janvier 2021, je commence ce qui sera ma nouvelle vie. Je mène donc tout de front : mon travail d’analyste, le lancement de DécouVerte Urbaine, et UP Factory. Ce qui demande une sacrée organisation !

Au début, tout va bien. Je jongle avec mon emploi du temps mais je vois de réelles avancées : signature des premiers partenariats, élaboration du logo, sortie du site internet… Malheureusement, le printemps n’est pas synonyme de retour à la vie normale comme je le souhaitais. De report en report, les mesures sanitaires qui m’empêchent d’organiser des visites ne sont levées qu’en juin. Cette succession de coups durs ainsi que la fatigue accumulée ont failli me faire flancher quelques fois ! Pourtant, je ne me décourage pas, j’ai même lancé une offre grand public pour cet été, et j’ai organisé mon premier atelier il y a quelques semaines.

Avec le recul, je tire de gros enseignements de cette période difficile :

  • Le Covid est certes un frein à mes activités, mais il m’a amenée à être créative, à me renouveler, et à chercher des idées que je n’aurais pas développées sinon. J’ai par exemple lancé un compte Instagram, moi qui n’avais jamais rien posté de ma vie ! On peut donc choisir de voir les choses positivement quand un obstacle pointe le bout de son nez ?
  • Le développement d’un projet prend du temps et il ne faut pas le sous-estimer. Quand on est en Side Project, il faut donc accepter de lâcher prise sur certaines choses et se concentrer sur l’essentiel. J’ai par exemple mis quelques mois à écrire cet article ! Cela peut paraître évident, mais cela a été très difficile à accepter pour moi…
  • Je n’ai pas respecté mon rythme ni écouté mon corps quand il m’a signalé son épuisement. Aujourd’hui, je m’écoute davantage et je connais mes limites. Par exemple, si je ne gagne pas ma vie avant la fin de mes indemnités chômage, je sais que je pourrai reprendre un second emploi, mais pas plus qu’un mi-temps. C’est ma limite pour n’être ni fatiguée ni frustrée par le manque de temps pour DécouVerte Urbaine !

Et la suite ?

Aujourd’hui, j’ai terminé le programme UP Factory et mon CDD va se terminer fin août. J’ai hâte de passer à 100% sur DécouVerte Urbaine, je suis très excitée à l’idée de pouvoir mettre en œuvre toutes les idées que j’ai eues ces derniers mois !

Je suis à la fois réaliste et optimiste concernant le Covid : certes, il va sans doute impacter mon activité pendant encore quelques mois, mais m’être lancée pendant cette crise m’a rendue plus forte et appris énormément. J’espère transmettre cette force et cette motivation à vous qui m’avez lue jusqu’au bout !

Ce qu’il faut retenir

  • Le réseau et les échanges avec des professionnels du secteur sont la clé. Avant même de vous lancer dans une formation ou des candidatures, commencez par là ! Cela permet souvent d’éviter des idées reçues et de mieux comprendre si votre projet tient la route. Attention tout de même à réseauter sans attendre quoi que ce soit de votre interlocuteur : le but, c’est l’échange, pas un poste ! Préparez aussi soigneusement vos questions, les porteurs de projet sont souvent très sollicités, donc faites en sorte qu’elles soient précises et ciblées.
  • Allez sur le terrain ! Multipliez les expériences, même minimes, elles vous apprendront beaucoup sur vous et sur la réalité du métier qui vous attire.
  • Ecoutez vos ressentis : le corps ne ment pas ! Respectez votre rythme, et faites des pauses. La tête dans le guidon, on ne voit pas la solution qui est juste sous notre nez.

Vous pouvez retrouver Anaïs, qui s’est reconvertie dans l’agriculture urbaine, sur son site Internet, sur LinkedIn et sur Instagram.


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