Je me lance

Comment lancer son activité sans filet de sécurité ?

Laura Besson

Comment lancer son activité sans filet de sécurité ? C’est la question à 10 000€ n’est-ce pas ? Lancer son activité ça peut faire rêver et dans le même temps, coller des sueurs froides dans le dos. Pour autant, on a rarement tous les feux au vert pour se jeter à l’eau. Quand je me suis lancée, j’étais étudiante dans la santé. Autrement dit, je n’avais pas de chômage et je n’avais pas fait d’études dans le secteur « entrepreneurial ». Mais je voulais à tout prix le faire, pas question d’y renoncer avant d’avoir tout essayé. Dans cet article, je vous partage mes conseils, mon expérience et mes erreurs. 


Article invité rédigé par Laura Besson.


Je m’appelle Laura Besson et je suis ce qu’on appelle un profil slasher : en clair, j’ai deux activités, indépendantes l’une de l’autre ! D’un coté, je suis fondatrice de SanteVege : un écosystème entier pour mieux manger (produits de producteurs locaux labellisés) et mieux vivre (coaching développement personnel, spécialiste des conduites du changement) et de l’autre, je suis content manager en freelance : j’accompagne les entrepreneurs dans leur stratégie marketing et j’ai également créé le podcast Bien dans ta Boîte pour discuter développement professionnel et entreprendre heureux !

Avant de passer mes journées à entreprendre, j’étais étudiante. Après mes études (et depuis leur début), il était inconcevable pour moi d’aller travailler dans une boîte. Depuis petite je voulais travailler … dans la mienne ! Ainsi donc, j’ai troqué stabilos et fiches de révisions contre un ordinateur et un compte à l’URSSAF. Dans l’idée, c’était formidable. Sauf que je n’avais pas le droit à grand chose et certainement pas au chômage (j’avais travaillé à côté de mes études mais pas suffisamment pour avoir quoi que ce soit). Et en prime, j’ai fait 6 ans d’études … dans la santé ! Et pourtant, je voulais à tout prix me lancer à mon compte.  

#1 : Planifiez votre projet

Sachez où vous allez

Sans parler de faire un business plan ultra pointu, je vous conseillerais quand même de savoir où vous allez et de vous faire un plan :

  • Qu’est-ce que vous aimez faire ?
  • En quoi êtes vous doué.e ?
  • De quoi les gens ont-ils besoin ?

Votre projet 1 an plus tard sera bien différent du premier jet. Mais sachez malgré tout ce que vous voulez car vous n’avez pas de temps à perdre. Savoir où l’on va, c’est important pour se recentrer et surtout pour pouvoir évaluer l’avancée de son projet. Votre plus grande difficulté, c’est que vous n’avez pas beaucoup de temps et tout à faire … en même temps.

Il me semble également important de faire le point sur vos forces et vos faiblesses ou vos avantages et inconvénients. Il y a quand même des chances que vous n’ayez pas tous les feux au rouge. Faites bien le point de votre position, voyez où vous devez être vigilant.e et là où vous pouvez tirer vos richesses (financières ou humaines).

plan sur papier

Priorisez

Donc ne perdez pas de temps. Établissez des objectifs SMART :

Spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporels

Ne perdez pas de temps (comme j’ai pu le faire) avec des « broutilles » du début comme passer 3 jours à faire de jolies cartes de visite. Vous aurez bien tout le temps après pour les travailler ou pour les confier à un.e graphiste. Personnellement, j’ai perdu trop de temps au lancement de mon activité avec des choses qui ne pressaient pas. Pensez à la loi de Pareto : 20% des efforts doivent rapporter 80% des résultats. 

Trouvez une activité ou un service qui peut vous rémunérer vite

Surtout si vous avez peu d’économies de côté, il faut trouver :

  • soit un service dans votre activité qui peut vous rémunérer vite
  • soit une autre activité en parallèle qui peut vous rémunérer vite (soit un mi-temps soit une autre activité indépendante)

Quand j’ai créé SanteVege il y a plus d’un an et demi, je n’ai pensé qu’avec le cœur (et mes peurs ! Mais on en parle après). Ce projet me tenait à cœur, il était plein de jolies valeurs sauf qu’aucun des services proposés ne pouvaient me rémunérer rapidement. Vient un moment où il faut être réaliste : soit je crée un service à SanteVege qui, peut-être me plaît moins, mais peut me rapporter plus vite ; soit je ne touche pas aux services de SanteVege pour l’instant et je trouve une autre source de revenus. Personnellement, j’ai fait ce choix car j’ai toujours beaucoup souffert d’être bloquée dans une discipline alors que tout m’intéressait.

Et bien vendu, je crée une autre activité en freelance qui 1) peut me rémunérer plus vite et 2) assouvit mon besoin de faire des choses différentes.

Après, il faut arriver à mener les deux de front sans perdre votre objectif principal de vue et sans (trop) vous éparpiller. Si vous optez pour un profil slasher (avec deux activités entrepreneuriales), je vous conseille le 70-30 : 70% sur l’activité principale et 30% sur celle qui peut vous alimenter. Il faut donc que ces 30% suffisent à couvrir vos frais.

Si vous choisissez le 50-50, vous risquez de ne pas avoir suffisamment de temps et d’énergie pour votre projet principal et donc il risque de tomber à l’eau.

#2 : Formez-vous

Se former en autodidacte

Je sais d’avance que c’est un parti pris qui ne fera pas l’unanimité mais je sais aussi que la plupart des entrepreneur.e.s avec lesquel.les je travaille ne sont pas diplômé.e.s du boulot qu’ils exercent actuellement. Ceci dit, être à son compte exige beaucoup de compétences que nous n’avons pas forcément (ex : la comptabilité !). Et si vous êtes dans ma situation, vous n’aurez certainement pas les moyens de payer quelqu’un pour la gérer à votre place. Pour être honnête avec vous, soit vous avez le temps et vous apprenez, soit vous avez l’argent et vous payez quelqu’un. Si vous avez les deux, tant mieux pour vous. Si comme moi vous n’avez aucun des deux, prenez le temps parce que vous n’inventerez pas l’argent.

J’ai passé un Bac Scientifique avec spécialité SVT, j’ai fait des études de médecine, de biologie, de psychologie et de diététique … Autant dire que j’étais HS en comptabilité, gestion, juridique, marketing, communication et j’en passe. Je n’ai pas eu 36 solutions : j’ai lu des tonnes de livres, écouté des tonnes de podcasts, regardé des tonnes de vidéos, posé des questions aux experts de mon réseau, etc. Bref, j’apprends en autodidacte chaque jour et je pense sincèrement que la réussite d’un entrepreneur dépend, en partie, de cette capacité à apprendre tout le temps.

Choisir l’école à distance

Si vous préférez la voie de la formation, vous pouvez opter pour une formation à distance. Je sais que ce n’est pas fait pour tout le monde mais ça vous donnera une plus grande flexibilité dans votre emploi du temps pour gérer votre entreprise à côté. De mon côté, j’ai fait deux ans de diététique à distance en parallèle de mes activités, ça m’a permis de me former sans être bloquée dans une salle de 8h à 17h tous les jours. Aujourd’hui, je suis une formation de coaching en psychologie positive en présentiel et e-learning mais les jours de présence sont répartis sur l’année, en « package » de deux jours. Comme ça, je reste disponible pour mes activités et j’anticipe facilement mes deux jours d’absence.

Apprendre en faisant

Dernier conseil quant à votre formation : on apprend en faisant (enfin tout dépend de votre métier, si vous êtes chirurgien.ne c’est peut-être pas l’idéal !). C’est encore le meilleur moyen d’apprendre. C’est dans la réalité de notre activité que nous apprenons : de nos clients, de nos fournisseurs, de nos confrères et consœurs et surtout de nos erreurs. Personnellement, je ne crois pas au mythe de la créativité où l’on se pose sur une plage de sable fin devant la mer et BIM, une idée miraculeuse nous tombe dessus. En tous cas de mon côté, mes idées me sont venues … en travaillant. (Inutile pour autant de travailler 20h par jour, la plage de sable fin ça fait du bien et c’est important quand même).

femme écrivant dans un carnet pour lancer son activité sans filet de sécurité

#3 : Prenez-soin de votre tête

Gérer l’insécurité

Bon, là j’essaie de vous motiver et de vous partager mes conseils et mes erreurs. Seulement, je sais aussi que ce qui est le plus difficile, c’est de gérer l’insécurité. Forcément quand on n’a pas (ou peu) de filet de sécurité, on est plus ou moins anxieux. Et ça bouffe de l’énergie : on y pense souvent, on dort mal etc. On traverse les journées avec des tonnes de questions (que tout entrepreneur connaît) : comment je fais si ça ne marche pas pour payer mon loyer ? Quelle place aurais-je sur le marché de l’emploi si j’en sors pendant des années ?

Etc, etc. Alors, pour être honnête avec vous, j’avais des avantages de mon côté et des inconvénients :

  • Je n’ai pas d’enfant. Donc ça fait des bouches en moins à nourrir et surtout, du stress en moins, car je n’implique que moi dans mon aventure.
  • J’ai la chance d’être soutenue moralement par la plupart de mes proches (pas tous, mais chaque choix implique des contestations !).
  • J’ai la chance d’être en bonne santé et qu’elle me permette de suivre le rythme que je me suis donné.
  • J’avais quelques sous de côté et des aides comme la CAF qui me permettaient de couvrir des frais.
  • En revanche, je suis une grande anxieuse. Enfin, j’étais. Parce que paradoxalement, à force d’être confrontée à mon insécurité, j’ai appris à la contrôler (même si elle ne me quitte jamais complètement).

Concrètement, pour gérer mon insécurité au quotidien, j’essaie :

  • D’avoir une bonne hygiène de vie : Perso, c’est le yoga qui m’aide mais peu importe ce qu’il en sera pour vous, ayez une activité qui vous fait du bien et qui vous vide la tête, dormez correctement, mangez sainement, etc.
  • D’être bien organisée dans mon travail : j’entends par là l’organisation quotidienne mais surtout, une organisation en objectifs. Tous les dimanches soir, je fais mon programme de la semaine en répartissant les rendez-vous qui ne peuvent pas bouger, puis les 70% de l’activité principale, puis les 30% de l’autre activité. Je reprends mon carnet contenant mon objectif général, décliné en objectifs spécifiques, et je me pose la question pour chaque tiret de ma to-do-list : est-ce que ce truc sert mon objectif ? Si oui, je le garde sinon je le note sur une autre feuille et j’y reviendrai dans quelques temps. Encore une fois, il faut prioriser !
  • D’être bien entourée : autant sur le plan personnel que professionnel. Entourez-vous de personnes qui vous tirent vers le haut et qui vous apportent des choses positives et des critiques constructives. Les autres, passez votre chemin. Il y a des gens auxquels il faut savoir renoncer. Côté professionnel, je fréquente beaucoup d’entrepreneur.e.s qui partagent mes problématiques et qui sont bien placés pour les comprendre (bien que vous ne soyez pas obligés de ne fréquenter qu’eux, évidemment !).
  • J’ai un plan B. Oui je suis un peu une tête brulée mais pas complètement ! Prévoyez un plan B : retrouver un travail, monter une autre activité, reprendre vos études, peu importe. N’attendez pas d’avoir la tête dans le mur pour penser la suite. Ceci dit, attention à ce que ce plan B ne devienne pas une excuse pour moins vous investir.

mug portant l'inscription begin

Apprendre à se faire confiance

Quand j’ai eu l’idée (enfin le premier jet) de SanteVege, j’ai appelé mon père. J’ai la chance immense d’avoir des parents entrepreneurs qui ont pu me conseiller et surtout m’épauler (quand je les appelle en pleurs en disant « Mon dieu, Papa, Maman, pourquoi je fais ça ? »).

Bref, j’ai appelé mon père pour lui présenter mon idée. Il m’a fait des retours dessus, des retours « techniques » de ce qu’il fallait retravailler, nous avons discuté, argumenté etc. Je me rappelle parfaitement de cette scène : j’étais accoudée à la balustrade de mon petit balcon d’étudiante (et encore, j’avais un balcon !), je l’écoutais, j’étais partagée entre l’excitation et le scepticisme et je lui ai posé LA question : « Hé Papa, dis moi, et si ça ne marchait pas ? » et il m’a répondu avec tellement d’évidence « Qui ne tente rien, n’a rien ».

Face à l’évidence et à la véracité de sa réponse, je me suis mise à travailler et j’ai lancé mon truc. Et puis est venu le moment où il faut passer à l’action : trouver des clients, démarcher des lieux, appeler des fournisseurs etc. Et voilà que je doute de moi, que je ne me pense pas assez compétente etc. Le syndrome de l’imposteur quoi !

Bon si je vous raconte ça, c’est pas pour vous étaler ma vie. C’est pour partager en toute transparence que, malgré tout, je restais une gamine de 21 ans qui avait tout à apprendre (et qui a toujours !) et que, forcément, je n’étais pas sûre de moi. Et possiblement que vous aussi, vous n’êtes pas sur.e de vous. Peu importe votre âge. Si je vous raconte ça, c’est pour vous dire que vous avez du talent. Il faut du courage car ce n’est pas la motivation qui fait tenir face aux responsabilités et aux décisions. La motivation ça permet de commencer. Le courage, ça fait avancer. Et il faut avancer coûte que coûte, ne pas stagner. Il faut essayer, tenter, échouer et recommencer.

Au pire ça marche ! (Pour reprendre le mantra de Célisiane.)

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