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Marion : Le voyage et l’écriture pour explorer son identité

Globe-trotteuse, auteure, facilitatrice en développement des personnes… Marion a plusieurs casquettes avec en fil rouge, l’envie d’aider chacun à révéler son potentiel et à explorer son identité. Elle retrace son parcours fait de voyages, d’écriture, d’hésitations et d’exploration de soi, et comment cela l’a menée ici aujourd’hui.

Bonjour Marion, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Dès le bac, j’ai été en marge de ce qui se faisait autour de moi : tout le monde a choisi un bac général, et j’étais la seule à choisir un bac technologique filière STL. J’adorais la biologie, la science du vivant, apprendre comment tout cela fonctionnait. Après un BTS j’ai fait une licence pro, mais après mon stage en recherche médicale je me suis réorientée. Je ne me voyais pas en blouse blanche dans un laboratoire toute ma vie. Alors j’ai fait une licence pro dans le management de la qualité puis un master. J’ai été en alternance pendant 3 ans dans une entreprise de transport en tant qu’assistante qualité.

Pendant mon master que j’ai suivi à Lyon, j’ai eu beaucoup de modules sur le développement personnel et le savoir-être, ce qui m’a reconnectée avec une envie que j’avais plus jeune : étudier la psychologie. J’ai fait mon mémoire sur l’intelligence émotionnelle dans les entreprises. C’est à ce moment que j’ai mis un pied dans le développement personnel et c’est ce qui m’a conduit à être aujourd’hui facilitatrice en développement des personnes. Un livre a tout changé pour moi à l’époque : L’intelligence émotionnelle de Daniel GoldmanJ’ai lu de plus en plus de livres et d’articles sur le sujet, je n’ai vécu plus qu’à travers cette thématique pendant les 9 mois de mon mémoire.

Au travail, j’ai vu les limites de mon métier au bout d’un an et demi sur les 3 ans d’alternance. Il y avait des changements de direction et je me sentais mise de côté. Je ne trouvais plus de sens, je ne savais plus pourquoi je me levais le matin et faisais 3 heures de transport par jour. A vrai dire, je commençais à m’ennuyer et à tout remettre en question dans ma vie par ailleurs. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui le bore-out

J’ai terminé mon alternance, obtenu mon master, et je suis arrivée au fameux moment où les études se terminent et la recherche d’un job s’impose. Et là, je me suis dit : « Non, ce n’est pas possible que je continue sur cette autoroute où je ne me retrouve pas ». J’ai refusé un CDI et un doctorat. J’ai dit à tout le monde “Je me barre à l’étranger !” et je suis partie seule en Australie, avec un Permis Vacances Travail. Et là, j’ai vécu l’année la plus significative et chamboulante de ma vie jusqu’à aujourd’hui.

Raconte-nous ton voyage !

J’ai été logée chez des familles en échange de services, mais j’ai voyagé la majorité du temps : Nouvelle Calédonie, Nouvelle Zélande, Indonésie… C’était important pour moi de faire une pause. Ce voyage était avant tout une exploration intérieure. Je me suis pris pas mal de claques concernant ma propre personnalité et mon rapport au monde et aux autres. Petit à petit sur un an, je me suis redécouverte. 

Cette exploration de moi s’est appuyée sur l’écriture. J’écris depuis mes 12 ans, c’est un moyen d’introspection. Pendant mon voyage, j’ai publié mes écrits sur Facebook et sur un blog. C’est à cette période que je découvre réellement la puissance des mots : on peut communiquer et créer des changements intérieurs pour ceux qui nous lisent. Ma propre exploration, ma propre expérience, fait écho à la leur, en leur posant des questions, en les chamboulant dans leur vie quotidienne. Ils n’ont pas l’occasion de le faire pris par le tourbillon de la vie quotidienne, alors que moi je vais volontairement au devant de mes questionnements grâce à cette période suspendue.

Les deux maîtres mots de cette phase de ma vie ont été « voyage » et « liberté »

Au bout d’un an je suis rentrée à Paris, très heureuse et complètement transformée à l’intérieur. J’ai eu l’impression que j’étais changée à jamais… tout en étant restée la même ! Il n’y avait pas eu de rupture avec mes proches. J’étais contente de retrouver Paris même si le décalage a été difficile au début. J’étais très confiante sur le fait que je ne serai plus jamais manager qualité… mais je ne savais pas encore quoi faire d’autre !

L’envie d’accompagner les autres dans leur quête d’identité germait déjà dans ma tête, mais je ne savais pas comment le réaliser. La question du doctorat sur l’intelligence émotionnelle s’est posée à nouveau. Pour moi c’était la seule voie qui me permettrait de faire ce que j’aime, donc j’ai accepté le doctorat. J’ai choisi de le faire au Canada, car le Québec a l’avantage d’être francophone et anglophone et c’est un pays qui m’a toujours attirée. J’ai été acceptée à l’Université de Laval à Québec et je suis partie là-bas 9 mois après mon retour d’Australie.

Le départ pour Québec a été une rupture franche que j’ai très mal vécue. Le premier jour de ma formation, on nous dit clairement « vous faites partie de l’élite ». Cela ne me correspondait pas dans l’état d’esprit, et je passais mes journées le nez dans les bouquins alors que j’avais envie d’agir sur le terrain concrètement. J’ai eu une réaction très forte de rejet, alors au bout de 2 semaines j’ai décidé d’arrêter le doctorat. J’ai demandé à reprendre un master en développement des personnes et des organisations, car je ne voulais pas retourner en France sans savoir ce que je voulais.

Je continue donc mon parcours dans cet autre master. Ca m’a remis sur le bon chemin et rassurée pendant quelques temps. Certains cours étaient géniaux et c’est ce qui m’a permis de faire ma réorientation. Pendant 11 mois la France m’a vraiment manqué, je revenais à chaque période de vacances. Je me sentais davantage à ma place en France, et je commençais à me demander ce que j’attendais de cette expérience au Québec. Honnêtement ? Je n’étais pas bien. J’ai fait face à mes peurs, à mes propres barrières : tu peux pas, t’es pas capable de te lancer toute seule, et puis te lancer dans quoi ?

C’est alors que j’ai décidé de lancer mes premiers ateliers en février 2017 au Québec, sur l’écriture et le développement personnel : “Ecrire son rêve”. Ca a bien fonctionné et ça m’a permis de me tester dans ma posture. La première fois ça m’a perturbée d’être celle que tout le monde regarde, celle qui anime et donne le ton. Puis, j’ai co-créé avec une amie danseuse thérapeute l’atelier « Duo entre danse et mots », qui a été une révélation pour moi. J’ai été très émue de voir à quel point la vulnérabilité et l’authenticité se mariaient à la créativité. Ateliers que j’anime en ce moment à Paris et qui me touchent toujours autant.

En parallèle de mes ateliers j’ai publié des articles sur mon blog. Des personnes étaient intéressées et me contactaient pour me proposer des collaborations. Dans ma tête je me suis dit « super, des gens accrochent avec moi quel que soit mon diplôme ! » ! Tous ces éléments m’ont aidée à prendre la décision d’arrêter ma maîtrise. J’ai voyagé au Canada et je suis rentrée en France en juillet.

Que s’est-il passé à partir de là ?

Ca a été une libération, une bouffée d’air. Dix jours après que je sois rentrée, j’ai eu ma première proposition de contrat pour un séminaire professionnel. On m’a proposé de coacher 70 personnes pendant 3 jours en Sicile. D’un côté j’ai vu cela comme un signe de la vie : je suis à ma place, c’est ce que je veux faire ! Et en même temps, le grand questionnement : ça va trop vite, est-ce que je suis capable, vraiment prête ? Les vieux démons sont revenus ! Mais j’ai osé faire une proposition qui a été acceptée et j’ai co-animé ce séminaire avec une autre coach que j’ai missionnée pour animer ce séminaire ensemble.

J’ai aussi été contactée par une école grâce à mes articles, pour 3 jours d’atelier auprès d’étudiants en master. Je suis partie avec une association Un monde réénchanté pour accompagner 10 jeunes dans leur périple sur la connaissance de soi. Le principe ? S’inspirer des initiatives de l’ESS au Maroc pour créer des initiatives soi-même et une vie qui nous correspond.

Tu as aussi publié un livre ! Peux-tu nous en dire plus ?

Quand je suis rentrée d’Australie, j’ai retravaillé tous mes écrits du voyage car mes lecteurs m’y ont encouragée. J’ai autopublié mon livre en juillet 2016 sur la boutique des auteurs de Cultura. Une semaine après, Cultura m’envoie un mail : je suis sélectionnée pour être publiée en version papier dans tous les magasins Cultura de France. Première fois que j’ai pleuré de joie sur une terrasse publique pendant 15 minutes ! Ca m’est tombé dessus sans que je m’y attende. Pour moi, le secret est d’être authentique et d’oser se montrer vulnérable. Je n’y raconte pas que mon voyage tout beau tout rose, je raconte aussi l’autre partie. 

Concrètement, quelle est ton activité aujourd’hui ?

Je crée et j’anime des ateliers, des séminaires et des formations pour des entreprises, des particuliers ou encore des organismes de formation, sur la connaissance de soi et toutes les thématiques qui gravitent autour : l’innovation, la créativité, la confiance en soi, la gestion des émotions…

Comment fais-tu pour te rémunérer et gérer ton business ?

Ma mère est expert-comptable donc la création et la gestion d’entreprise, c’est son milieu, d’autant qu’elle est elle-même à son compte et ma soeur aussi ! Donc je suis facilitée par un environnement où l’entrepreneuriat n’est pas inconnu, c’est une chance. Je peux comprendre que pour d’autres cela semble plus éloigné.

Je m’organise de façon très intuitive. C’est essentiel d’être en dialogue transparent avec son client, de comprendre le public à qui on donne la prestation. A chaque fois je crée quelque chose de nouveau sur-mesure et c’est la partie que je préfère.

Pour la rémunération, ça prend du temps. Il faut prévoir une bonne marge ! Il faut être bien entouré socialement, émotionnellement et financièrement. Il est important de faire appel à toutes les aides possibles de l’Etat. Aujourd’hui il y a beaucoup de possibilités pour faire financer ses projets. Et Pôle Emploi accompagne à la création d’entreprise, ce qui permet de toucher nos indemnités le temps de créer l’entreprise.

Cela prend du temps de développer son réseau, ses prestations, de se rendre visible… Pour moi c’est un challenge qui demande d’être patient. Et pour cela, il faut y croire.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Il y a deux livres qui m’ont ouvert l’esprit pendant mon voyage et qui m’ont sortie de mon conditionnement et de ma réalité parisienne : L’âme du monde de Frédéric Lenoir et L’Alchimiste de Paulo Coelho.

Quel est le message que tu en as retenu ?

L’âme du monde a été un choc pour moi. J’étais en conflit avec une amie qui s’était convertie à l’islam, on n’était pas d’accord sur beaucoup de principes de vie, et ce livre m’a fait comprendre qu’en fait je n’avais rien compris en restant fermée et en cherchant la dualité. Personne n’a raison, personne n’a tort, chacun vit sa réalité avec ses besoins et sa personnalité à l’instant T.

Comment devient-on coach ?

Coach est un mot fourre-tout aujourd’hui. Il y autant de coachs que de façons d’accompagner la personne.

Je n’ai pas de formation de coach, donc je ne me considère pas comme coach. J’utilise des outils issus du coaching mais aussi de l’intelligence émotionnelle/collective, de l’art-thérapie (écriture, danse, théatre), la pleine conscience, la communication non violente…

Mon intention est de s’explorer soi, donc aussi de perdre la notion d’objectif et de performance. Durant mes ateliers on lâche prise et on va explorer d’autres choses que l’on n’aurait pas explorées autrement.

En fait, j’offre un cadre qui permet de naviguer à sa façon. Tous ces outils me viennent de ma formation au Québec et de multiples sources d’inspiration : conférences, ateliers, formations, et des accompagnements que je suis pour moi-même.

Le coaching est devenu un vrai business aujourd’hui. Diplômé ou non, selon moi, cela ne garantit pas la qualité de la prestation. Une formation donne un savoir, des outils, des connaissances, mais aucun diplôme ne garantit que la personne ait les qualités humaines et éthiques nécessaires à sa profession – soit ici l’accompagnement. Une formation donne un cadre où l’on retrouve toutes sortes d’individus à l’intérieur. C’est pareil dans toutes les professions : on voit des médecins, des avocats, des professeurs, des managers doués techniquement mais sans aucune valeur morale ou qualité d’empathie (par exemple), ça existe partout.

A quelles nouvelles formes de bien-être t’intéresses-tu ?

Je trouve que l’hypnose humaniste est un outil très puissant, je suis en train d’être formée pour pouvoir accompagner individuellement mes clients. Il s’agit de rendre autonome la personne dans sa transformation intérieure – non pas en “l’endormant”, mais en la rendant encore plus consciente d’elle-même. Dans chacune de mes démarches, le but est de mettre de la lumière sur nos zones d’ombre. Je m’appuie également beaucoup sur le corps grâce à toutes sortes de danses libres que je pratique et dont je m’inspire : danse sensible, danse thérapie, danse académique…

Quel est ton conseil à ceux qui cherchent leur voie et aspirent à autre chose que ce qu’ils sont aujourd’hui ?

Ecoutez votre petite voix, laissez-lui de la place ! Il faut aussi s’entourer, oser sortir des sentiers battus, et se fixer des challenges constamment.

Et comment fait-on pour écouter sa petite voix ?

En réalité elle est tout le temps là mais on ne l’écoute pas. J’en ai refait l’expérience au moment du doctorat, j’ai fait du forcing et mon corps a craqué. Mais ma petite voix m’avait dit bien avant que ça n’allait pas ! Le rôle d’une émotion, c’est de nous faire comprendre quelque chose et de nous guider. Donc plus on la refoule plus elle va s’intensifier. En s’intensifiant il y a des symptômes corporels. Alors il faut anticiper et prendre des temps pour soi au travers de la méditation, la marche dans la forêt, la danse pour être à l’écoute de ses sensations… On peut aussi être attentif à ses rêves, aux petits hasards de la vie et aux synchronicités.

Pour découvrir l’univers de Marion :

Vous avez aimé cette interview ? Vous aimerez celle d’Emilie, copywriter freelance à Barcelone, et celle de Flora, qui a ouvert sa salle de sport après un voyage d’introspection en Amérique Centrale.


Que retenir de l’expérience de Marion ?

  • Oser suivre sa voie et refuser de suivre un chemin qui ne nous correspond pas
  • L’écriture est un formidable outil d’introspection mais aussi de communication avec les autres
  • Ecouter sa petite voix intérieure et être attentif aux sensations physiques et émotionnelles
  • Développer un business prend du temps (développer son réseau, bâtir son offre, se rendre visible…) et nécessite d’être bien entouré socialement, émotionnellement et financièrement

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