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Candice : Entrepreneure et organisatrice de Startup Weekends après avoir été consultante

Après avoir été consultante, Candice multiplie aujourd’hui les casquettes : entrepreneure, formatrice, freelance… Dans cette interview, elle nous raconte ce qui l’a poussée vers la voie de l’entrepreneuriat, comment elle a trouvé l’idée de son entreprise et pourquoi un entrepreneur doit être résilient. Elle nous dévoile également les secrets des Startup Weekends qu’elle organise et nous parle to-do lists. 


Bonjour Candice, raconte-nous ton parcours en toute transparence !

Jusqu’au BAC, j’étais une très bonne élève : BAC S, mention bien, option latin, grec… J’ai voulu m’orienter vers la psychologie mais comme c’était un domaine perçu comme manquant de débouchés, j’ai finalement été catapultée en prépa ECS (Économique et Commerciale, option Scientifique), comme beaucoup de bons élèves !

Ces années de prépa n’ont pas été les meilleures, loin de là ! Je me sentais enfermée et forcée à emmagasiner des connaissances qui me semblaient inutiles et qui n’avaient absolument aucun sens pour moi. En fait, je passais le plus clair de mon temps à déprimer au fond de la classe. Une petite lueur d’espoir est cependant apparue lorsque j’ai décidé de rejoindre une école en particulier, Skema Business School. Je me suis fixée comme objectif de réussir les concours pour y entrer et à la grande surprise de beaucoup de mes camarades de classe, j’y suis parvenue !

L’année de mes 20 ans a donc été riche en rebondissements et en apprentissages : j’ai changé de ville en milieu d’année et vécu dans trois appartements différents. Après mon master 1, j’ai dis non aux vacances d’été et j’ai enchaîné deux stages et un CDD qui n’ont pas vraiment répondu à mes attentes. Après un master 2 Entrepreneuriat et Innovation, j’ai obtenu mon premier vrai CDI en tant que consultante en Systèmes d’Information dans une grande entreprise dans le conseil.

Là encore, le quotidien était bien loin de ce que l’on m’avait vendu pendant mes études ou à l’entretien d’embauche…  Je crois que 80% de mon travail consistait à faire de la relance téléphonique. J’avais l’impression de n’avoir aucune valeur et que tout ce qu’on me demandait de faire était illogique et n’avait tout simplement pas de sens. Et naturellement pas moyen de faire bouger les process d’un millimètre ! Le sentiment de vide intersidéral que je ressentais a fini par prendre une (trop) grande place dans ma vie et j’ai quitté l’entreprise vers la fin de ma période d’essai.

Quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Avec Mélisande, mon associée, nous avons co-fondé L’Ascenseurune jolie startup toute fraîche qui permet aux salariés audacieux d’actionner les bons leviers pour innover et faire bouger les lignes de l’entreprise ! C’est ce que l’on appelle de l’intrapreneuriat.

Je suis également formatrice à My Digital School dans une dizaine de matières et je garde quelques activités de freelance très ponctuelles en événementiel, communication et conseil.

Pour finir, j’organise, facilite et accompagne des entrepreneurs en herbe bénévolement sur des Startup Weekends, événements immersifs pour créer sa startup en un weekend.

Quel a été l’élément déclencheur qui t’a conduit à suivre la voie de l’entrepreneuriat ? 

J’ai eu un énorme déclic en participant à mon premier Startup Weekend, deux semaines avant de quitter mon poste. J’ai porté un projet, recruté et managé une équipe, pitché et rencontré des personnes incroyables qui réfléchissaient de la même manière que moi : bref une vraie révélation ! Je n’étais donc pas un O.V.N.I et j’avais, moi aussi, le droit et la capacité d’entreprendre !

À la fin du weekend deux mentors m’ont proposé un job dans une de leurs startups. À ce moment là, je me suis rendu compte que je n’avais pas seulement peur de retourner dans un grand groupe, j’étais devenue phobique du salariat !

Je ne voulais plus brider ma créativité et mon envie de passer à l’action, et le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai jamais été aussi épanouie que depuis que j’entreprends. Je n’ai aucun regret, et je n’en ai d’ailleurs jamais eu :  ni pendant les fins de mois difficiles, ni quand je dois faire ma comptabilité, ni quand je travaille 15 jours de suite sans m’arrêter !

Comment ton entourage a-t-il réagi ?

Pour être honnête, je crois que mes amis pré-Startup Weekends ne comprennent toujours pas trop ce que je fais ! 

Ma famille s’est beaucoup inquiétée pour moi, j’ai mis 1 an et demi avant de me sentir vraiment soutenue par tout le monde. J’ai passé beaucoup de temps à me justifier, sûrement aussi pour me rassurer moi-même. C’était difficile mais je pense que mon esprit rebelle a pris le dessus et et j’ai eu envie de prouver au monde que je pouvais y arriver.

Les Startup Weekends m’ont donc énormément aidé à me sentir soutenue et comprise en me créant un entourage d’entrepreneurs incroyables.

Beaucoup d’entrepreneurs en devenir se demandent comment trouver LA bonne idée. Et toi, comment as-tu eu l’idée de L’Ascenseur ?

J’ai travaillé sur différents projets avant de trouver le sujet qui me portait réellement. Ayant été complètement immergée dans les startups et les business models, trouver une idée est finalement l’étape la plus simple.

Ce qui compte c’est l’exécution. Et surtout, de trouver une mission (et une équipe !) qui vous porte assez pour vous dépasser et surmonter les petites et grosses difficultés du quotidien ! Je suis partie des problématiques que j’avais lorsque j’étais salariée : ne pas pouvoir exprimer ma créativité ou concrétiser les idées qui permettraient d’améliorer le fonctionnement de l’entreprise et ne pas trouver de sens à mes actions professionnelles au quotidien.

Les Startup Weekends m’ont montré la voie : l’entrepreneuriat permet tout cela ! Il ne manquait plus qu’à trouver le moyen de faire connaître sa petite sœur, l’intrapreneuriat, qui oeuvre au sein des entreprises et de la rendre accessible à plus de salariés. À partir de là, c’était bon, j’avais mon idée !

En entrepreneuriat on dit souvent (peut-être un peu trop) qu’il faut tomber amoureux de son problème et pas de sa solution.

C’est exactement ce qui s’est passé pour moi, et c’est aussi pour cette raison que mon projet a pris plusieurs formes ces deux dernières années.

Comment fais-tu pour slasher plusieurs projets et activités en parallèle ?

Quand je vois un projet qui me plait, j’y vais ! C’est l’avantage d’avoir décidé de créer son propre chemin de vie.

Après concrètement, au quotidien comment je m’organise ? Je pourrais vous dire que je suis une grande fan des to-do lists et que ma bibliothèque est remplie de bouquins sur la productivité. La vérité, c’est que j’ai mis deux ans avant d’arriver à tenir mon agenda (à peu près) à jour !

J’ai encore du mal à m’organiser et à structurer mon emploi du temps mais j’ai beaucoup évolué ces dernières années. Et depuis quelques mois, j’ai une associée qui me rebooste quand je me perds dans les méandres du surmenage (et qui, elle, est bel et bien fan des to-do lists) !

Parfois, j’aimerais gérer moins de projets en même temps pour éviter la charge mentale, plus le temps de travail réel que cela occasionne. Mais lorsque j’ai moins de choses à faire j’ai l’impression de me ramollir et de ne servir absolument à rien, donc je persiste dans le mode multi-projets.

Tu nous as parlé des Startup Weekends que tu organises bénévolement. Peux-tu nous dire quel est le secret des projets qui gagnent ces Startup Weekends ?

Les projets qui gagnent les Startup Weekends viennent la plupart du temps d’équipes très soudées. C’est un énorme challenge d’arriver à recruter et fédérer une équipe en 54h ! Ceux qui y parviennent vont souvent loin, en équipe ou individuellement. Plus généralement, il y a aussi des équipes qui gagnent parce qu’elles ont un projet avec de belles technologies ou un business model très prometteur. Le plus important lorsqu’on participe à un Startup Weekend est surtout de s’approprier la méthode et les ressources mises à disposition pour pouvoir les réutiliser.

Si vous entreprenez, testez votre marché avant d’investir des dizaines de milliers d’euros dans une appli que personne ne veut, et réfléchissez à comment vous pourriez gagner de l’argent au Jour 1 !

À ce propos, comment te rémunères-tu ?

J’ai eu la chance de toucher le chômage pendant un an, ce qui m’a permis de passer beaucoup de temps à développer mes compétences et mon réseau. En 2018, je me suis rémunérée en grande partie grâce à mes missions en freelance dont les montants ont varié de 1500 € à 8500 €. Mes cours chez My Digital School me rapportent environ 10 000€ répartis sur l’année scolaire 2018/2019.

Concernant L’Ascenseur, nous visons 200 000 € de chiffre d’affaires sur la première année, et je commencerai à me verser un salaire au mois de mars lorsque nous recevrons les fruits de notre première prestation, afin de pouvoir me concentrer au maximum sur nos activités !

Que conseilles-tu à ceux qui souhaitent se lancer mais n’ont pas encore osé franchir le pas ?

Commencer son projet en parallèle de son travail salarié est une possibilité intéressante : cela vous permettra de tester votre idée sereinement, et de voir si vous êtes prêt à faire le double ou le triple de votre temps de travail actuel pour réussir.

Le chômage est également une belle barrière de sécurité mais attention, si le projet n’est pas lancé, il y a un risque de prendre un peu trop son temps et de retourner au salariat en bout de course si les objectifs n’ont pas été atteints !

 Le plus important pour moi, lorsqu’on pose sa dem’, c’est de surmonter sa peur d’échouer la 1ère fois ! Et la 2ème.. Et même peut être la 3ème !

Chaque challenge et chaque échec vous fait passer à l’étape supérieure de votre vie entrepreneuriale et personnelle. L‘une de mes citations préférées vient de Winston Churchill : « L’échec n’est pas une fatalité, le succès n’est pas définitif, c’est le courage de continuer qui compte. » Accepter et embrasser l’échec comme un apprentissage c’est le plus difficile à faire, surtout lorsqu’on vient du salariat où le droit à l’erreur est banni.

Il faut bien avoir en tête que rien n’est dramatique, même si on peut le penser. Par exemple, à titre personnel j’ai eu deux moments assez difficiles :

  • Lorsque je me suis lancée, je me suis fixée comme objectif de monter mon entreprise avant la fin de l’année (et de mon chômage). En octobre, les statuts de mon premier projet n’étaient toujours pas déposés. Deux choix s’offraient à moi : me dire que j’avais échoué et chercher un CDI, ou continuer à croire en moi et trouver une solution pour gagner assez d’argent pour vivre et continuer mon projet. Grâce à l’expérience que j’avais acquise pendant l’année, j’ai rapidement trouvé une mission freelance très bien rémunérée ! Il ne faut donc jamais perdre confiance !
  • Et il y a quelques mois, mes associés et moi avons pris la décision de mettre un terme à notre collaboration. Nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord sur l’avenir de l’entreprise et nous sommes désormais en cours de dissolution. Quand tu liquides ton entreprise que tu as mis 1 an et demi à construire à 25 ans, tout s’effondre… Enfin, c’est ce que j’ai cru l’espace de quelques semaines. La réalité, c’est que tout ce que j’avais appris et créé est toujours à l’intérieur de moi et qu’une entreprise, c’est encore plus simple à créer la seconde fois dans de meilleures conditions !

Ce qu’il faut retenir de tout cela c’est que l’entrepreneuriat, c’est d’abord une question de résilience !


Pour en savoir plus sur Candice et L’Ascenseur, rendez-vous sur Twitter, Facebook, et Instagram


Que retenir de l’expérience de Candice ?

  • Se créer un entourage d’entrepreneurs est indispensable pour être soutenu et compris.
  • Ne pas perdre ses moyens devant l’éventuel scepticisme de ses proches : au contraire ! C’est une bonne occasion d’expliquer son projet et de prouver que l’on peut y arriver.
  • Pour trouver une idée, il faut commencer par réfléchir aux problématiques que l’on connait ou que l’on a déjà rencontrées (d’ailleurs, si tu te demandes comment trouver une idée de projet professionnel, j’ai justement écrit un article à ce sujet que tu peux retrouver en cliquant juste ici).
  • L’organisation, ça s’apprend (et écrire des to-do lists aussi) !
  • Chaque échec est avant tout un apprentissage, le propre d’un entrepreneur c’est justement de surmonter ces moments difficiles et d’en sortir grandi.

Crédits photos: Laurent Qy et Andrea Lelik

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