Je me prépare

Tout quitter pour voyager : c’est possible !

femme blonde regardant l'horizon montagneux

Je m’appelle Sarah, j’ai 27 ans. J’ai tout quitté pour un voyage d’un an autour du monde. Troquer ma vie et mon poste de Responsable Commerciale dans l’IT contre un sac à dos et un passeport ne s’est pas fait en une journée. Récit des étapes qui m’ont amenée à tout quitter pour voyager et redessiner les grandes lignes de ma vie.


Article invité rédigé par Sarah Heng


Le projet et l’objectif

Fin décembre 2018 je quittais Paris, mon travail et mon appartement : ma vie en somme,  pour voyager un an durant avec mon compagnon. Nous démarrons par l’Asie du Sud-Est, puis le Canada, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud.

Actuellement au nord de la Thaïlande, à proximité de la frontière birmane, j’ai quitté la France depuis trois semaines.

Ce voyage n’est pas seulement extraordinaire par sa durée ou la diversité de pays que je vais visiter. Il marque une rupture sans précédent dans la vie que je menais jusqu’alors. Peu importe la durée totale du voyage tant qu’il ne me ramène pas en arrière. Je souhaite profiter du temps que je m’accorde et réapprendre à écouter ma petite voix intérieure. J’espère aussi dépasser les peurs et croyances limitantes du quotidien et trouver une voie professionnelle qui m’épanouira davantage. Revenir à une vie simple qui soit plus en accord avec ce que je suis, ce que je pense, ce que j’aspire à devenir.

Ce projet, je l’ai mûrement réfléchi, avant de franchir pas à pas un certain nombre d’étapes psychologiques et concrètes.

Vie « idéale » et manque de sens

Vie active, vie idéale

Originaire d’un village alsacien, je suis arrivée à Paris à la vingtaine pour continuer mes études après une hypokhâgne, khâgne. J’envisageais l’avenir relativement sereine. Je m’imaginais devenir reporter animalier, productrice de cinéma ou encore créatrice d’une marque de prêt à porter. Tout me semblait possible. Diplômée d’une école de commerce, trois ans plus tard je signais mon premier CDI… dans l’informatique, après deux ans d’alternance chez un leader des systèmes d’information.

J’étais fière. J’allais bien gagner ma vie dans un secteur en expansion. La carrière commerciale que j’embrassais paraissait convenir à ma personnalité.

J’ai, depuis, 6 ans d’expérience dans 4 entreprises, de la startup au groupe du CAC 40 et toujours cette fonction commerciale explorée de différentes manières en fonction des stratégies d’entreprises. Mon salaire a connu un bond sans précédent. J’ai eu la chance à mon âge de vivre sans avoir à compter. J’ai rejoint un groupe social très différent de celui dans lequel j’ai grandi et j’ai tenté d’adopter les codes pour harmoniser du mieux possible ma vie avec celle que j’idéalisais. Les premières années ont été très agréables, on découvre le plaisir de se faire plaisir à Paris. Je menais un train de vie inconnu jusqu’alors et j’avais le sentiment d’être effectivement parvenue à mon objectif. Je me suis donc convaincue que j’étais heureuse et j’ai ignoré toutes les interrogations sous-jacentes.

Le temps des désillusions

Et puis progressivement la réalité est devenue fade. Les journées s’enchainaient, toutes plus ou moins les mêmes. D’abord très enthousiaste dans les milieux d’entreprise avec des idées pleins la tête, j’avais envie de me surpasser. Puis je me surprenais, avec le temps, à perdre en motivation et donc en productivité. Je réalisais que peu importe la taille de l’entreprise, tout était toujours très politique et lisse. Les clients se ressemblaient, le discours à tenir était souvent le même, je n’avais pas le temps de creuser plus loin que les quelques minutes glanées par téléphone, les sujets superficiels de « conf’ call », les présentations produits et les négociations tarifaires en face à face. On signe un gros projet, on recommence. L’objectif de chiffre d’affaires en tête, on passe l’année à bondir sur toute opportunité, à traquer le moindre euro…

Était-ce bien suffisant pour me sentir accomplie ?

J’ai d’abord essayé de changer d’entreprise mais le sentiment perdurait. De belles montagnes russes. J’arrivais optimiste, pleine d’envie et de détermination et je repartais lassée par ces microcosmes dans lesquels je ne me reconnaissais pas et ne m’épanouissais pas.

A la frontière du « Burn-Out »

Et c’est ainsi que tout d’un coup, j’ai craqué.

J’ai ressenti de manière vive toute l’inutilité de ma vie professionnelle et de mon mode de vie. J’étais une fourmi au milieu de tant d’autres et si je continuais, je n’aurais rien fait pour me distinguer et tenter d’apporter ma pierre à l’édifice.

Les journées au travail étaient de plus en plus difficiles à supporter :  je comptais les heures et remplissais les soirées et week-end pour tenter de vivre et non avoir le sentiment de reproduire chaque jour un rituel « métro boulot dodo ». Ce cycle infernal mettait la fatigue en exergue et j’avançais avec un emploi du temps toujours plus chargé.

À cette époque une grosse réorganisation dans mon entreprise a balayé tous mes repères. De français, mes managers sont devenus américains. De voisins de bureaux, ils sont devenus une voix à l’autre bout du téléphone. Ce changement brutal a accéléré ma chute et j’ai frôlé le burn-out. Je rentrais épuisée, je pleurais en toute circonstance. Plus rien ne m’inspirait, mes pensées se heurtaient et je n’arrivais plus à suivre. Même une conversation simple me demandait un effort surhumain.

Femme marchant sur le haut d'une montagne

Décision et implications

La décision qui libère

J’ai scellé dans le marbre avec mon compagnon que nous partirions un an plus tard en tour du monde. J’ai toujours eu cette idée mais je ne me permettais pas de la réaliser. Je me disais qu’on verrait bien, plus tard, toujours plus tard. J’admirais d’ailleurs les gens qui réussissaient à tout quitter et leurs vies me semblaient hors du commun.

Or, pendant cette phase de creux, j’ai finalement compris que « plus tard » ne viendrait jamais si je n’enclenchais pas moi-même le processus. J’ai eu l’occasion d’échanger avec des voyageurs au hasard de rencontres et j’ai commencé à lire des récits de personnes qui avaient vécu au bout du monde. Je me suis aperçue que ces voyageurs n’avaient rien de plus que moi, si ce n’est qu’ils avaient sauté le pas.

Préparation du voyage …

Alors je me suis tenue à la promesse faite, et pendant un an le compte a rebours s’est emballé. Nous nous sommes lancés dans la préparation du voyage à corps perdu, c’est devenu mon exutoire. Je ne compte plus les soirées passées à lire des blogs de voyages, à compléter des listes en tout genre pour définir l’itinéraire, le matériel, les visas, les vaccins…

Nous avons défini un budget cible qui semblait correspondre au type de voyage qui nous faisait envie (12 mois minimum, 2 continents, confort modeste) et avons épargné pendant une année.

Je pensais à tort pendant longtemps qu’il fallait beaucoup d’argent et puis, j’ai rencontré une femme très inspirante qui rentrait d’un voyage de deux ans et avaient dépensé 300€ : auto-stop, nuit chez l’habitant, repas sur les marchés. Ça m’a beaucoup fait réfléchir !

En fin de compte j’ai compris que peu importe qu’il s’agisse de voyage ou de reconversion, c’est souvent la peur de l’inconnu qui sert de prétexte à notre immobilisme.

… Sur-mesure

Dans mon cas il est évident que si je rêvais d’hôtels 5* au bout du monde, un an à voyager est ambitieux voire impossible. Mais si c’est l’aventure humaine que l’on recherche, il y a toujours un moyen. À titre d’exemple en Thaïlande, où je suis actuellement, on mange pour 2,5€ et on trouve des hébergements à partir de 7€ la nuit.

Chaque voyage est différent, surtout chaque manière de voyager est unique. Si un tour du monde vous enthousiasme, demandez-vous quel serait le voyage idéal pour vous (durée, pays visités, type de transports utilisés…) et renseignez-vous. Ensuite, fixez-vous une somme maximum à ne pas dépasser et anticipez le plus possible le départ en mettant de côté tous les mois. Il y a également des solutions alternatives pour aider des locaux et travailler en voyageant avec des sites tels que : Wwoofing, Workaway ou Nomador.

ensemble d'éléments nécessaires pour voyager et tout quitter

Quitter son entreprise et se désengager de sa vie

Impatience

Dès que la date de départ était fixée, je ne pensais plus qu’à ça. Les mois qui me séparaient de l’aventure semblaient bien longs. J’ai appris la patience.

J’ai continué à travailler comme si de rien n’était. Je réfléchissais en parallèle à la meilleure solution pour quitter mon entreprise. J’y étais depuis moins de deux ans : je ne pouvais donc pas solliciter une année sabbatique. La démission m’effrayait car je souhaitais profiter du tour du monde pour opérer un changement professionnel à mon retour. Or changer de voie se prépare. Je me doutais qu’en rentrant de voyage avec un compte en banque plus léger, je n’aurais pas assez de temps, ni le luxe de pouvoir d’emblée me lancer. Alors pour éviter de retomber dans le piège, par facilité, de reprendre un travail équivalent à mon travail actuel, je me suis fixée un deuxième objectif après celui du budget : obtenir une rupture conventionnelle. Je pourrais ainsi bénéficier du chômage, si j’en ai besoin, de retour en France.

J’ai lu tout ce que je pouvais sur le sujet, demandé conseil à Charlotte sur le groupe privé et j’ai envisagé la manière qui m’apporterait le plus de succès et surtout … j’ai patienté.

Départ de mon entreprise

A l’approche d’un départ comme celui-ci, l’envie de tout arrêter quelques mois auparavant est forte. Je m’imaginais déjà profiter de Paris avant de m’en aller et savourer ce temps libre pour travailler à 100% sur le voyage mais aussi commencer à creuser mes intérêts pour le futur. Je ne l’ai pas fait et avec du recul, je ne le regrette pas.

Au contraire, j’ai travaillé dans mon entreprise jusqu’au dernier mois avant le départ, en demandant une réduction de préavis qui a été acceptée. J’ai donc quitté mon poste mi-décembre pour un départ en voyage mi-janvier, ce qui m’aura permis de toucher mon salaire quasiment jusqu’au bout.

Apprivoiser la liberté nouvelle

Avec un mois de préavis, la fin tant attendue est arrivée très rapidement. J’ai déménagé de Paris en parallèle pour retrouver l’Alsace l’espace de quelques semaines. Les fêtes de fin d’années sont arrivées et ont permis une belle transition avant de m’en aller. J’ai eu de très beaux moments en famille ; ils avaient une saveur bien plus spéciale que les années précédentes.

J’ai aussi connu quelques moments de désorientation. Soudainement, je n’habitais plus au même endroit, n’avais plus de chez moi. Je devais trier mes cartons pour préparer mon sac – que je souhaitais limiter à 9 kilos –  et n’emporter que l’essentiel. Je m’y suis reprise plusieurs fois avant d’avoir un contenu pratique et rassurant. J’ai croisé de nombreuses connaissances de mon enfance et adolescence. Au départ, on garde ses vieilles habitudes – Paris, commerciale, IT – et puis on assume : « j’ai tout quitté. »

J’ai ressenti des moments de vide, des journées qui s’écoulaient calmement. C’était nouveau et finalement pas si désagréable. Ma tête et mon corps se préparaient à la transition. Et puis le jour du départ est arrivé.

Pistes pour mon futur professionnel

Me familiariser avec l’écriture

En ce qui concerne mon futur professionnel, rien ne servait de me précipiter. J’ai une année devant moi pour faire mûrir les idées qui surgissent et donner vie à mes envies.

J’ai néanmoins posé les fondations pour la suite. L’écriture a toujours été mon plaisir.

J’écrivais beaucoup, pour moi.

J’ai alors décidé qu’avec le voyage, je prendrai mon courage à deux mains pour écrire. C’est chose faite. Nous avons lancé avec mon compagnon notre blog de voyage Contrées Lointaines que nous co-écrivons. J’anime l’instagram du même nom et surtout j’ai dépassé la peur de la page blanche sur le site Medium ou j’ai écrit mes deux premiers articles.

Aujourd’hui, j’écris depuis la terrasse d’une petite cabane dans le village de Pai et je me sens alignée. Je n’ai aucune peur ou aucun doute pour la suite contrairement à Paris ou j’étais submergée d’angoisses et les maux de tête étaient fréquents ! Je compte avancer doucement mais sûrement. C’est un vrai défi pour moi et contraste avec les dernières années ou je souhaitais aller toujours plus vite, avec des plans de vie à deux, trois ans et ma vie sur du papier millimétré. Je commence à entrevoir mes ressources et je me fais davantage confiance.

Prendre le temps de définir la suite

Je n’ai plus envie de trop me projeter et de dire que je ferai tel métier dans tant de temps. Beaucoup de sujets m’intéressent : la sophrologie, le reiki, l’hypnose, le coaching, la restauration de meubles anciens pour n’en citer que quelques-uns. Je ne souhaite pas me limiter. En revanche, j’ai conscience qu’il faudra faire des choix. À mon retour, je serais heureuse si j’ai été en mesure d’écrire, de rencontrer des personnalités toujours plus inspirantes et de découvrir des activités dans lesquelles je me réalise.

Je me souhaite de ne plus jamais rester statique dans une situation qui ne me convient pas. Le premier pas semble toujours difficile car il demande de sortir de sa zone de confort, de regarder autour de soi et de remettre de nombreuses croyances en question. Mais rien de plus beau que le moment ou les petits pas nous ont fait parcourir du chemin et qu’on en prend conscience. 


Si vous aussi, vous rêvez de partir voyager pendant un an, n’hésitez pas à aller jeter un coup d’œil à l’interview de Florent


 

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