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Témoignage : Du recrutement à l’entrepreneuriat au Mali

Néné a quitté son job en cabinet de recrutement pour rejoindre un incubateur au Mali. Une reconversion inspirante pour tous ceux qui sont attirés par l’entrepreneuriat, l’international et les causes qui ont du sens.

Bonjour Néné ! Raconte-nous ton parcours en toute transparence ?

Je viens de ZEP et j’ai fait Sciences Po Paris en master Ressources Humaines. J’ai travaillé en alternance en recrutement, mais j’ai choisi de reprendre des études ensuite à la Sorbonne en management international.

Mon premier CDI était dans un cabinet de conseil en conduite du changement : je n’ai pas accroché, je trouvais que je n’allais jamais au fond des sujets. J’avais l’impression de ne jamais voir l’impact de mon travail à long terme, ce qui me frustrait beaucoup.

Alors je suis revenue au recrutement dans un cabinet spécialisé dans les métiers du conseil, j’ai été chasseuse de têtes pendant plus d’un an et demi. Je travaillais pour de beaux clients, j’avais la possibilité de participer au développement du cabinet qui avait une forte culture entrepreneuriale. Mais au bout de quelques mois déjà, j’ai réalisé que je ne me voyais pas faire une longue carrière dans cette profession.

Je m’éclatais davantage dans mes engagements associatifs le weekend, j’étais passionnée par les questions d’éducation. Cela s’est imposé à moi petit à petit, j’avais le sentiment d’être à côté de qui j’étais vraiment. J’ai fait une sorte d’introspection de longue durée : j’ai décidé de laisser la chance à ce métier, en espérant qu’avec le temps j’allais trouver une connexion personnelle avec ce job, et en parallèle je profitais de ce temps pour creuser d’autres sujets qui m’intéressaient.

Je me suis d’abord intéressée à l’ESS car c’était le plus cohérent compte tenu de mes engagements associatifs. J’ai regardé du côté des incubateurs, notamment MakeSense, je me suis entourée de personnes dans ce milieu (networking, conférences…). Je cherchais l’inspiration, le déclic. Je voulais rencontrer des personnes qui me feraient penser : OK moi aussi je peux le faire !

Ensuite, je me suis tournée vers le Mali (j’en suis originaire) pour l’aspect international. Je me suis demandé : qu’est-ce que je peux apporter au Mali ? Dans quel domaine ? Quelles compétences je peux apporter ?

En parallèle de l’ESS, je me suis plongée dans l’environnement de l’innovation en Afrique : j’assistais à des conférences sur les opportunités de business en Afrique, j’ai rejoint une association, Initiative for Africa, qui accompagne des jeunes issus de la diaspora dans leur démarche entrepreneuriale, et enfin j’ai participé à un start-up weekend, car j’avais à l’époque un projet d’ouverture d’un coworking au Mali.

Je me suis dit : plutôt que de chercher le job qui te correspond, pourquoi ne pas créer ton job ?

Je suis donc partie au Mali rencontrer des dizaines d’acteurs différents : acteurs de l’ESS, entrepreneurs, chefs de PME, associations…

Concrètement, comment as-tu fait pour entrer en contact avec ces gens ?

J’ai utilisé mes compétences de chasseuse de tête ! C’est plus facile de rencontrer du monde quand on a un projet concret, c’est d’ailleurs cela qui freine ceux qui n’aiment pas le networking, ils n’ont rien de tangible dont ils peuvent discuter. Moi c’était mon projet de coworking. Je suis habituée à l’approche directe donc je n’ai pas eu peur de le faire, je sais que les gens acceptent de discuter. Je leur disais : “Voici mon projet, qu’en pensez-vous ? Comment pourriez-vous m’aider ?”

Pour identifier les bonnes personnes, j’ai fait des recherches LinkedIn par mots-clés, et par zone géographique. Mes mots-clés favoris : entrepreneuriat social, incubateur…

Je vois les profils qui ressortent, je les ajoute en envoyant un message expliquant mon projet, ma réflexion, et généralement le contact se fait. Ensuite, je conviens d’un rendez-vous, sans forcément organiser un skype auparavant. J’avais un mail-type finissant par : “Je serai à Bamako tel jour, seriez-vous disponible pour se rencontrer ?”

J’ai alors fait une première étude de marché, et j’ai fait une rencontre qui a abouti au job que j’ai aujourd’hui !

Comment ça s’est passé ?

Au départ, j’ai contacté cette personne pour lui demander de l’aide sur mon projet. Elle est revenue vers moi plusieurs mois après notre premier échange, car elle avait pensé à moi et avait quelque chose à me proposer ! J’avais semé les graines sans avoir ça en tête, et au final cette relation a apporté quelque chose au bout d’un an.

C’est donc elle qui m’a permis de trouver un job qui allie entrepreneuriat, développement international, tout en gardant un pied entre le Mali et la France.

Du coup, explique nous ton job plus en détail !

Je travaille pour une association qui lance un incubateur à destination de la diaspora malienne, qui retourne au Mali dans le cadre de projets innovants. L’objectif est de créer un dispositif qui ait une attache territoriale entre la France et le Mali, pour accompagner ces jeunes porteurs de projet en France, et de poursuivre l’accompagnement une fois implantés au Mali. Mon job à moi consiste à coordonner l’appel à projet en France dans un premier temps puis au Mali. Et à long terme, travailler au développement de l’incubateur.

Mais au fait, pourquoi n’as-tu pas lancé ton projet de coworking ?

Il a avorté pour des raisons stratégiques. Créer un espace demande une expertise que je n’avais pas forcément, donc je préférais d’abord travailler en interne, apprendre le métier, pour ensuite éventuellement en créer un.

Le bilan sur ce changement de cap ? Qu’as-tu ressenti ?

Ce sont plusieurs petits éléments déclencheurs et cette rencontre, qui m’ont apporté une opportunité imprévue. C’est un processus de plusieurs mois, ça ne s’est pas fait d’un coup. J’ai réalisé que je m’éclatais dans mes activités associatives le weekend et que c’était vraiment les sujets vers lesquels je voulais orienter mon parcours professionnel…! Réaliser cela m’a boostée pour oser quitter mon job. Et le fait d’avoir l’impression d’avoir trouvé ma voie a en quelque sorte précipité ma transition. J’ai vite éprouvé un sentiment de lassitude par rapport à mon job étant donné que j’étais tournée vers de nouveaux horizons.

J’ai trouvé hyper stimulant de pouvoir réécrire mon histoire professionnelle, comme si je repartais d’une feuille blanche. Je faisais un peu tout en même temps : ESS, Afrique… Parfois ce n’était pas logique, je papillonnais. Mais je me laissais le droit d’être perdue, de me poser des questions, alors plutôt que de mal le vivre, j’ai exploité ma curiosité.

Ca aide énormément de s’ouvrir à l’inconnu, et se d’entourer de personnes qui représentent ce que l’on veut devenir. J’ai ainsi pu vérifier à leur contact si le chemin que j’envisageais me plaisait réellement ou non.

Quelles difficultés as-tu rencontrées dans cette période de changement ?

Globalement ça s’est très bien passé ! Mais si on creuse, j’ai eu une grosse période de doute à un moment : Est-ce que je n’ai pas gâché mon diplôme ? Est-ce qu’en changeant de voie je vais vraiment valoriser ce que j’ai fait en école, est-ce que je ne suis pas en train de me déprécier ?

Ca m’a pris du temps de déconstruire l’image Sciences Po, la réussite selon les grandes écoles.

Petit à petit l’introspection m’a fait réfléchir à ma vision de la réussite. J’ai été aidée par une personne du cabinet de conseil où j’étais, elle est devenue coach en reconversion. J’ai eu la chance d’être “cobaye” de son programme, elle m’a aidée à mûrir ma réflexion, en utilisant des méthodes issues du développement personnel. Elle allait chercher dans ce qui m’anime, ce qui me motive, mes émotions… tout cela mis bout à bout, on construit quelque chose de solide. Elle m’a aidée à trouver une cohérence, de l’harmonie.

Un exercice qui t’a marquée ?

Elle m’avait demandé de dessiner mon parcours, avec ses étapes significatives, reliées à des émotions. Cela m’a permis de voir les expériences dans lesquelles j’étais épanouie. Petit à petit j’ai tissé la recette de mon épanouissement.

Par exemple, j’ai identifié un moment de flow en animant une formation, je ne m’en étais pas aperçue avant. Du coup, je pourrais créer un programme de formation interculturel pour transmettre les codes sociaux et professionnels du Mali. Ca me plairait bien, pour faire un lien avec ce que j’ai fait avant, mon stage, mon attrait pour l’international… Ca “fait sens” !

Comment t’es-tu renseignée sur les domaines qui t’intéressaient ?

J’allais à des événements comme des meet-up sur l’ESS. Je consultais souvent le site UP Campus qui rassemble la communauté ESS, il y a des événements liés. Je me suis abonnée à la newsletter d’Orientation Durable, un cabinet de recrutement spécialisé dans l’orientation durable. J’ai aussi rejoint des groupes Facebook.

Et ton salaire dans tout ça ?

Ca a été une vraie question, et je me suis rendu compte que lorsque l’on veut vraiment quelque chose, il faut parfois accepter des sacrifices, alors oui j’ai perdu en salaireSi j’étais restée en France, j’aurais aussi été prête à perdre en salaire, mais dans une proportion moindre.

Comment tu te prépares à ton nouveau job ? As-tu besoin de développer de nouvelles compétences ?

Pour m’y préparer, je rencontre beaucoup d’entrepreneurs et de personnes qui travaillent dans des incubateurs. Il faut s’informer auprès des personnes qui font le job qu’on convoite. Petit à petit, tu te fais une opinion sur le job et un regard plus concret sur le job. Je pense que j’aurai besoin de formation après, je ne connais pas encore mes lacunes.

Tes conseils à ceux qui veulent changer de job ?

Il faut se lancer, puis procéder par élimination. Tu vois si tu aimes ou pas, et en fonction tu changes. Plutôt que rester dans le flou, l’idéal est de se faire son idée en avançant. Le risque c’est de ne rien faire en attendant de trouver le moment parfait et d’être sûr à 200%… ce qui n’arrive certainement jamais !

Ensuite, il faut s’entourer de personnes dans la même situation, peu importe le secteur, mais des gens qui se posent la même question, qui sont dans une démarche de changement. Ca aide de savoir qu’on est pas seul, et on s’enrichit beaucoup en parlant avec des personnes dans cet état d’esprit.

 


Que retenir de l’expérience de Néné ? 

  • Plutôt que de tout plaquer du jour au lendemain, il est important de s’accorder un temps d’exploration, de découvrir un univers pour s’assurer qu’il nous correspond.
  • Plutôt que de vous demander ce dont le monde a besoin, il faut vous demander ce que vous pouvez apporter au monde. La réflexion est différente, beaucoup plus authentique.
  • Commencer par se rendre à des événements, rencontrer de nouvelles personnes… est le premier pas à franchir pour avancer
  • Il faut semer les graines : les opportunités peuvent mettre un peu de temps à se présenter mais elles dépendent uniquement des graines que vous semez. Alors, foncez !

 


Photo by Slava Bowman on Unsplash

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